Ils sont la mé­moire de l’an­cien hô­pi­tal

L’an­cien hô­pi­tal de Mont­bri­son a vu naître et soi­gné des gé­né­ra­tions de Fo­ré­ziens. Sou­ve­nirs

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

MONT­BRI­SON. L’hô­tel­Dieu a fer­mé ses portes le 30 sep­tembre 1975 après sept siècles en bor­dure du Vi­zé­zy. In­fir­mières, aides­soi­gnantes, se­cré­taires se sou­viennent.

MA­TER­NI­TÉ. Un très grand nombre de Fo­ré­ziens ont vu le jour rue Mar­gue­rite­Four­nier, du temps où les soins étaient en­core di­ri­gés par les soeurs Au­gus­tines.

Une am­biance à nulle autre pa­reille

La vie -et la mort- ont dé­ser­té les étages du bâ­ti­ment Guy IV au soir du 30 sep­tembre 1975. Après sept siècles de luttes achar­nées. Fuyant les cou­loirs car­re­lés et les im­menses salles de soin pour le confort de Beau­re­gard. Les an­ciens n’ont rien ou­blié. Ils té­moignent avec plai­sir de ce pan d’his­toire que beau­coup ont connu et re­gret­té.

Lorsque Mo­nique Place fait son en­trée à l’hô­teldieu, au 1er avril 1959, la ges­tion du bâ­ti­ment in­combe aux re­li­gieuses. Se­mi­cloî­trées, une tren­taine d’Au­gus­tines en ad­mi­nistrent toutes les com­po­santes de­puis 1654. Ori­gi­naire de Ro­mans, la jeune fille est em­bau­chée comme « ser­vante » à la ma­ter­ni­té, char­gée de l’en­tre­tien. Le seul poste ou­vert aux ci­vils à l’ex­cep­tion de quelques em­plois dans l’ad­mi­nis­tra­tion. Mère Mar­gue­rite est à la di­rec­tion, soeur Saint­Charles à la cui­sine, soeur Saint­An­dré à l’ac­cueil, soeur Sainte­Mo­nique à la dé­pense. Et toutes les in­fir­mières, sans ex­cep­tion, portent le voile. « La de­moi­selle Si­mon a été la pre­mière ci­vile à les re­joindre, après le concile Va­ti­can II, se sou­vient An­drée­Xa­vier Bes­son, ex­se­cré­taire mé­di­cale. Elle n’est pas res­tée long­temps… Il faut dire que ça ne de­vait pas être fa­cile pour les soeurs qui n’avaient pas d’ho­raires… Puis est ve­nue Mme Peyre. » Sau­vée, confie les an­ciens, par son fort ca­rac­tère.

Un bout de sau­cis­son pour égayer l’or­di­naire

Le per­son­nel, de ma­nière gé­né­rale, est dur à la besogne. « On tra­vaillait 48 heures par se­maine, avec un seul jour de re­pos, ra­conte Mo­nique. L’em­ploi du temps chan­geait tous les trente jours : un mois de mé­nage, un mois de lit, un mois de pou­pon­nière, un mois de bou­che­trou. Les veilleuses de nuit pre­naient leur poste à 19 heures. Elles de­vaient ra­mas­ser les cou­verts, com­men­cer la vais­selle, s’ar­rê­ter le temps de ra­mas­ser les bouillottes (le seul moyen de ré­chauf­fer les pa­tients en hi­ver, N.D.L.R.). Il y avait les bi­be­rons à don­ner et, en cas de temps de libre, des com­presses à plier pour en faire des ser­viettes hy­gié­niques. Après on ra­mas­sait les vases de fleurs dont il fal­lait chan­ger l’eau, puis les bas­sins. À mi­nuit, on pas­sait au la­vage de la consul­ta­tion, du hall et à la pous­sière. Avant de re­tour­ner aux bi­be­rons et aux langes vers 4 heures. » « On tra­vaillait plus que main­te­nant, je crois, glisse une de ses an­ciennes col­lègues, Mar­celle Maisse. La mère Mar­gue­rite, c’est sûr, n’a pas rui­né l’hô­pi­tal ! »

Sans par­tage strict des tâches, la po­ly­va­lence est de ri­gueur. « On fai­sait tout, ra­conte Mar­tine Cha­zal, em­bau­chée en 1973 comme auxi­liaire pué­ri­cul­trice en pé­dia­trie. Comme des­cendre le linge sale dans de gros ba­rils en plas­tique par le vieil as­cen­seur à la grille noire. C’était la cor­vée ma­ti­nale. Les res­pon­sa­bi­li­tés étaient par­ta­gées : net­toyer le fri­go, sté­ri­li­ser les se­ringues en verre… On tra­vaillait en équipe avec un unique ob­jec­tif : soi­gner les gens. »

Le sys­tème se suf­fit à lui­même. Les re­pas, cui­si­nés sur place, ma­rient lé­gumes du po­ta­ger et viande de la ferme (lire par

ailleurs). Ils cir­culent dans deux énormes mar­mites avec, de temps à autre, un pe­tit bout de sau­cis­son pour égayer l’or­di­naire. Jouets et vê­te­ments, en pé­dia­trie, sont four­nis par les sa­la­riés. Les soeurs pré­parent 90 % des mé­di­ca­ments au rez­de­chaus­sée, leurs recettes pré­cieu­se­ment an­no­tées dans quatre car­nets cal­li­gra­phiés (mê­lant po­tion contre le ho­quet per­sis­tant, élixir de longue vie, em­plâtre an­ti­hys­té­rique, ci­rage ul­traé­co­no­mique, bon­bons au miel et confi­ture de prunes).

Res­pec­tées pour leurs connais­sances (la plu­part sont di­plô­mées), les re­li­gieuses ins­pirent de la crainte. « Un écart, une bê­tise et tout était rap­por­té au pro­fes­seur Col­lard (l’au­to­ri­té mé­di­cale et le grand pa­tron de fait, N.D.L.R.), sou­rit Mar­tine Cha­zal. Lorsque le doc­teur Lan­gin, le pé­diatre, nous don­nait une pe­tite pièce de dix francs pour ache­ter une brioche à la pâ­tis­se­rie The­ve­neaud le ma­tin, il fal­lait prendre garde à ne pas at­ti­rer le re­gard de la soeur à l’en­trée. Nous n’étions pas cen­sées nous éloi­gner ! »

« Ce­la étant dit, re­la­ti­vise An­drée Bes­son, je n’ai ja­mais vu quel­qu’un mou­rir seul du temps de l’hô­teldieu. Il y avait tou­jours une soeur âgée pour venir prier au che­vet des ma­lades. »

L’am­biance, de l’aveu gé­né­ral, est sans pa­reille. Très fa­mi­liale. On y cé­lèbre les ca­the­ri­nettes, les ma­riages, les naissances. « Ma­rie­Ch­ris­tine Doré (chef de ser­vice, N.D.L.R.)

était notre ma­man de pé­dia­trie, af­firme Mar­tine Cha­zal. Toutes les filles re­ce­vaient une co­cotte en cho­co­lat pour Pâques et une fleur pour la fête des mères. » L’in­té­res­sée a gar­dé des liens avec ses an­ciennes col­lègues mais aus­si avec de nom­breux pa­tients. « On pre­nait le temps, alors, de dis­cu­ter. »

Un état d’es­prit en­vo­lé avec les nou­veaux im­pé­ra­tifs de ren­ta­bi­li­té. Aban­don­né dans les étages, rue Mar­gue­rite­Four­nier.

PHO­TOS DR.

RE­TROU­VAILLES. Les an­ciens em­ployés de l’hô­pi­tal se sont re­trou­vés, ven­dre­di 31 mars, pour une pho­to de groupe aux abords des bâ­ti­ments Guy IV, par­tiel­le­ment dé­ser­tés de­puis 1975. L’oc­ca­sion de se re­mé­mo­rer les sou­ve­nirs d’an­tan, no­tam­ment les séances de lange à la ma­ter­ni­té. Ci-des­sus, la pou­pon­nière en 1935 avec soeur Sainte-Cé­cile, soeur Saint-Paul, soeur Sainte-Ma­de­leine, soeur Sainte-Blan­dine et soeur Saint-Gé­rard, pas­sée au ser­vice des hommes en fin de car­rière.

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