Sous les meilleurs hos­pices

Les en­fants étaient tous bap­ti­sés à leur sortie de l’hô­pi­tal

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Dossier - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

Au­tre­fois des­ti­née au culte des Au­gus­tines et aux bap­têmes des nou­veaux nés, la cha­pelle Sainte-Anne est au­jourd’hui fer­mée au pu­blic. Dans l’at­tente d’une res­tau­ra­tion.

Les portes sont closes. Mo­men­ta­né­ment condam­nées. Le temps, pour la mu­ni­ci­pa­li­té, d’ef­fec­tuer des tra­vaux de chauf­fage et de mise aux normes élec­triques. Les vi­traux luisent faiblement ; ré­cits ima­gés des gué­ri­sons mi­ra­cu­leuses du Ch­rist. Sainte­Anne s’offre un temps de mé­di­ta­tion. « Cette cha­pelle a une mé­moire, glisse soeur Ma­riePierre, an­cienne in­fir­mière à l’hô­tel­dieu. Elle a vu pas­ser des gé­né­ra­tions de Mont­bri­son­nais. »

Une crèche vi­vante et mo­nu­men­tale

Ses fonts bap­tis­maux, jusque dans les an­nées soixante­dix, s’ouvrent à tous les nou­veau­nés. « Les en­fants ne sor­taient pas de la ma­ter­ni­té sans être bap­ti­sés. Le di­manche après­mi­di, on pas­sait notre temps à les des­cendre à la cha­pelle. » Lo­gé dans la cour de l’hô­pi­tal, le père Merle, en sa qualité d’au­mô­nier, rend le sa­cre­ment à la chaîne. « Il y avait des avan­tages in­dé­niables, sou­rit Ray­monde Ba­rou, sage­femme en poste de 1967 à 1975 (puis jus­qu’en 1999 à Beau­re­gard). C’était sur place et ça ne coû­tait pas cher. Les robes étaient four­nies par l’hô­pi­tal, de vraies splen­deurs avec des bro­de­ries, de la den­telle… »

Construite au troi­sième étage de l’hô­tel­dieu en 1926 avec vue sur le Vi­zé­zy et do­tée d’une qua­ran­taine de lits, la ma­ter­ni­té est « très vaste, ma­gni­fique pour l’époque » mais ne se prête pas à l’in­ti­mi­té. Les femmes y ac­couchent en com­mu­nau­té (on dé­nombre jus­qu’à six lits par chambre), as­sis­tées du doc­teur Jean Vial. « Une vraie per­son­na­li­té, confie Ray­monde Ba­rou. Il a fi­ni sa vie à l’hô­tel­dieu dans l’un des pe­tits boxes du rez­de­chaus­sée, au mi­lieu des ma­lades. Son fils a pris la suite. »

Les ma­mans, à l’époque, ne peuvent su­bir de cé­sa­rienne ; l’ins­ti­tu­tion n’est pas équi­pée pour (en cas de pro­blème, il faut trans­fé­rer les pa­tientes en ur­gence dans l’une des cli­niques pri­vées du Mont­bri­son­nais). Elles de­meurent plu­sieurs jours en couche, avec in­ter­dic­tion stricte de se le­ver. Les ré­cal­ci­trantes, prises sur le fait, écopent d’une jour­ née sup­plé­men­taire. « La nais­sance était un évé­ne­ment im­por­tant », glisse Ray­monde Ba­rou. Et une cu­rio­si­té à l’ap­proche de Noël.

Mi­dé­cembre, chaque an­née, les Au­gus­tines se lancent dans la confec­tion d’une crèche mo­nu­men­tale. « On fai­sait un im­mense dé­cor avec du pa­pier ro­cher dans le hall, se sou­vient Ray­monde Ba­rou. Et on y met­tait un bé­bé. Il était dans une man­geoire avec de la paille qui dé­pas­sait de par­tout et un pe­tit oreiller quand même, pour plus de confort… On chan­geait l’en­fant trois fois par jour. Les ma­mans étaient tel­le­ment fières ! Et tout Mont­bri­son dé­fi­lait. Plus qu’un évé­ne­ment re­li­gieux, c’était un ren­dez­vous cultu­rel. » ■

CHA­PELLE. La cha­pelle Sainte-Anne, un temps louée aux pro­tes­tants, a fer­mé ses portes au pu­blic. Les soeurs Au­gus­tines, au­tre­fois en­ter­rées sous l’édi­fice, ont été trans­fé­rées au ci­me­tière.

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