Ni­co­las Dou­cet, cow-boy by choice

A Saint­Just­d’Avray, une vie entre che­vaux, bé­tail, épe­rons, bottes et las­sos

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Lu­do­vic Daim

Le dres­seur, adepte de la phi­lo­so­phie de Tom Dor­rance, dé­bourre 60 pou­lains par an dans la tra­di­tion des ran­chers amé­ri­cains, qui de­viennent d’ex­cel­lents che­vaux de ran­don­née.

O n est à 25 mi­nutes d’Amplepuis, 20 de Ta­rare. Dans la Haute Val­lée d’Azergues. Quand au col de la Croix de l’Orme, on quitte la route dé­par­te­men­tale 54 pour s’en­fon­cer dans les bois vers La Joa­nas, on se dit qu’on pour­rait bien être dans l’Ore­gon, le Wyo­ming ou le Mon­ta­na. Rien ne dé­note. Les dou­glas, les che­vaux dans les pad­docks, les vaches He­re­ford dans les prés, le grand cor­ral pour trier le bé­tail, les pick­ups dans la cour, le grand barn en bois qui abrite box, sel­le­rie, rond de tra­vail et club­house. La pous­sière même que le vent ba­laie. Et puis Ni­co­las Dou­cet, son cha­peau, sa che­mise, ses chaps, ses boots, ses épe­rons. « Le barn, on l’a construit avec des co­pains avec des arbres abat­tus par la tem­pête de 99. On a mis deux ans », ex­plique le pa­tron du Top Hill Ranch à Saint­Justd’Avray. Quand Monte Snook, le pro­prié­taire du Ka­ra Creek Ranch à Sun­dance (Wyo­ming), où Ni­co­las Dou­cet em­mène ré­gu­liè­re­ment des sta­giaires, l’a vu, il lui a dit qu’il n’y avait plus guère de construc­tions dans cet es­prit dans les grandes ex­ploi­ta­tions amé­ri­caines. L’es­prit. C’est tout ce qui anime Ni­co­las Dou­cet. L’es­prit cow­boy. Mais at­ten­tion pas de « cow­boye­rie » comme chez Dis­ney ou à Wa­li­bi.

Une re­cherche d’ab­so­lu, d’au­then­ti­ci­té

Il y a une re­cherche d’ab­so­lu, d’au­then­ti­ci­té, jusque dans la rus­ti­ci­té, la sim­pli­ci­té, le rap­port à l’autre, à l’ani­mal, à la na­ture. Ni­co­las Dou­cet est fi­na­le­ment ve­nu as­sez tard à l’équitation. D’abord clas­sique, dans un centre équestre, à SaintP­riest, près de Lyon, à l’âge de 14 ans. « Calme, en avant et droit », se­lon la doc­trine du Gé­né­ral L’Hotte et la tra­di­tion du Cadre noir de Sau­mur, Ni­co­las Dou­cet ira jus­qu’au Ga­lop 7. Mais ses en­vies d’ailleurs se heur­te­ront vite au clas­si­cisme de l’équitation cor­se­tée pro­fes­sée de­puis le XVIIIe et La Gué­ri­nière. Avec son jeune frère, ils partent, ado­les­cents, à che­val sur les che­mins noirs que n’avait pas en­core dé­crit Syl­vain Tes­son, de­puis la mai­son de cam­pagne fa­mi­liale de SaintJust­d’Avray d’où leur mère est ori­gi­naire. Avec deux che­vaux de selle et un de bât, ils ran­donnent en au­to­no­mie com­plète pen­dant des se­maines, des ki­lo­mètres, à tra­vers tout le Sud­Est de la France à la fa­veur des va­cances sco­laires. « On uti­li­sait beau­coup de ma­té­riel western pour le cô­té pra­tique mais le dres­sage de nos che­vaux ne conve­nait pas », se sou­vient Ni­co­las Dou­cet qui entre en contact avec Yon­nel Es­ti­val, pion­nier de l’équitation et du dres­sage western en France, ins­tal­lé alors à Cha­lain­le­Com­tal, près de Mon­trond­les­Bains. Il en­chaîne les stages, les heures à che­val, à la lampe fron­tale même les soirs d’hi­ver quand le jour tombe tôt et que son ac­ti­vi­té de ma­ré­cha­le­rie l’amène à fi­nir tard. « J’ai fait des études d’agri­cul­ture parce que je suis pas­sion­né par l’éle­vage mais je ne voyais pas bien com­ment je pour­rais en vivre avec les che­vaux. » Une visite chez un ma­ré­chal­fer­rant à Ville­franche­surSaône le dé­cide à pré­pa­rer un CAP. Il s’ins­tal­le­ra à son compte en 1989 fai­sant en même temps de la ré­si­dence se­con­daire de La Joa­nas sa mai­son. « Je chan­geais beau­coup de che­val. C’est là que j’ai ap­pris à ap­pré­cier le tra­vail avec les jeunes che­vaux. » Ni­co­las Dou­cet en dé­bourre ain­si une soixan­taine par an. Des che­vaux d’ori­gine amé­ri­caine, des Quar­ter Horses, des Ap­pa­loo­sas, des Paint, dont les prix ont flam­bé en même temps que l’en­goue­ment pour l’équitation western mais aus­si des che­vaux plus com­muns qui font par­fois d’aus­si bons che­vaux de ranch. Parce qu’es­prit oblige, Ni­co­las Dou­cet se garde de l’ex­plo­sion com­mer­ciale qui a ac­com­pa­gné la reconnaissance du rei­ning (dres­sage) comme dis­ci­pline olym­pique.

Le tri du bé­tail pour ap­prendre au che­val à maî­tri­ser sa peur

« Nos clients sont des gens qui veulent dis­po­ser d’un che­val bien dans sa tête, qui ne sur­saute pas au moindre bruit de trac­teur, qui ne fasse pas d’écart au moindre en­vol de pa­pillon, avec le­quel ils n’ont pas be­soin de se battre pour se mettre en selle. Le dé­bour­rage­dres­sage dure trois mois avec im­pli­ca­tion du ca­va­lier­pro­prié­taire qui vient mon­ter son che­val une fois par se­maine. Ce­la lui per­met de trou­ver les codes et à moi d’adap­ter mon tra­vail. Nous met­tons le che­val au tri du bé­tail. Les vaches sont un sup­port. Elles per­mettent d’ap­prendre au che­val à maî­tri­ser sa peur de fa­çon lu­dique. » Ni­co­las Dou­cet ma­ni­pule son propre trou­peau de He­re­ford, dont il com­mer­cia­lise la viande en vente di­recte, en­tiè­re­ment à che­val. Chaque au­tomne, il em­barque mon­tures et ca­va­liers ex­pé­ri­men­tés pour le Haut Fo­rez afin de ren­trer et trier les 300 bo­vins de l’es­tive Gar­nier (800 hec­tares). Les grands es­paces, la li­ber­té. Dans l’es­prit cow­boy. Par choix. ■

GA­LOP. Le Top Hill Ranch di­ri­gé par Ni­co­las Dou­cet s’étend sur 25 hec­tares dans la Haute Val­lée d’Azergues.

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