Pri­maires, ef­fets se­con­daires

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Zapping - Pierre-Oli­vier Vé­rot

Plus qu’aux juges, mieux qu’à la presse, en­core da­van­tage qu’aux son­deurs, c’est bien à eux-mêmes que les par­tis dits « tra­di­tion­nels » doivent leur hu­mi­lia­tion de di­manche soir. Le « double 21 avril », in­édit dans l’his­toire de la Cin­quième Ré­pu­blique, ils en conviennent eux-mêmes, ils l’ont bien cher­ché. Fillon ex­clu du duel fi­nal alors que son élec­tion s’ap­pa­ren­tait, cet hi­ver, à une douce pro­me­nade de san­té sur les bords de la Sarthe. Ha­mon, vain­queur sans ba­vure de son ma­no-à-ma­no avec Valls, re­lé­gué au rang de pre­mier « pe­tit can­di­dat ». Cette élec­tion, « im­per­dable » pour le pre­mier, abor­dée avec aplomb par le se­cond, s’est ré­vé­lée pour tous deux un champ de ruines. En cause, outre les af­faires, l’or­ga­ni­sa­tion de pri­maires qui ont dé­truit les par­tis et les es­poirs. À gauche, les pro­ta­go­nistes se sont mis en pièces, s’éloi­gnant tel­le­ment qu’il ne leur était plus pos­sible de se rap­pro­cher une fois le ga­gnant dé­si­gné. À droite, où l’on a da­van­tage la cul­ture du chef, la di­vi­sion a été moins pa­tente. Mais la lé­gi­ti­mi­té ain­si ac­cor­dée au vain­queur n’a pas per­mis de for­cer le can­di­dat, pris la main dans le pot de confi­ture, à lais­ser la place. Et les mi­li­tants et élus de droite se sont vus contraints - pas tous, la preuve - de dé­fendre, au dé­tri­ment de leur cré­di­bi­li­té et de leurs convic­tions, un homme dont ils ont pu consi­dé­rer qu’il les avait tra­his. Tous re­gar­de­ront s’op­po­ser, le 7 mai, un can­di­dat qui a créé son mou­ve­ment il y a moins d’un an et l’hé­ri­tière d’un parti. Le pire, c’est que les pri­maires les a tués, mais le foi­son­ne­ment des am­bi­tions condui­ra peut-être cer­tains, dans cinq ans, à se re­mettre en scène dans un pa­reil jeu de mas­sacre.

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