Le ma­ré­chal­fer­rant Ben­ja­min Laurent fa­brique ses fers à che­val à l’an­cienne

À 35 ans, Ben­ja­min Laurent pra­tique le mé­tier de ma­ré­chal­fer­rant comme dans les an­nées 40

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Jean-Fran­çois Vernet jean-francois.vernet@cen­tre­france.com

Il fait par­tie de la pe­tite fa­mille des ma­ré­chaux­fer­rants du XXIe siècle. Ben­ja­min Laurent ferre les che­vaux de­puis 2003 et fa­brique ses fers de A à Z, avec pra­ti­que­ment les mêmes ou­tils qu’uti­li­saient ses pré­dé­ces­seurs, dans les an­nées 40.

Prendre ce pe­tit che­min sur la droite au lieu­dit les Col­le­rets, au dé­but de la dé­par­te­men­tale 8, une fois sor­ti de Su­ry­le­Comtal, c’est faire un bond de presque 80 ans en ar­rière. La ferme de Ben­ja­min Laurent pour­rait avoir exis­té en l’état dans les an­nées 40. Ma­ré­chal­fer­rant de pro­fes­sion, le jeune tren­te­naire a dé­ci­dé de for­ger les fers des équi­dés en uti­li­sant les pra­tiques ancestrales.

Chez lui, un im­mense souf­flet de forge d’époque vient at­ti­ser le feu de la che­mi­née. Ses ou­tils, ré­cu­pé­rés « à droite à gauche » et no­tam­ment chez Louis Che­va­leyre, un an­cien ma­ré­chal­fer­rant de Cha­zelles­sur­La­vieu sur­nom­mé « Jean Pou­let », datent du mi­lieu du XXe siècle.

Pas­sion­né par les che­vaux de­puis sa plus tendre en­fance, Ben­ja­min Laurent a tou­jours vou­lu faire de son amour pour les équi­dés sa pro­fes­sion. « C’est in­né chez moi. En­fant, j’avais des cou­sins qui pos­sé­daient des che­vaux dans la ré­gion lyon­naise. En un re­gard, je pou­vais leur dire s’ils avaient les “pieds trop longs” et ce qu’il fal­ lait faire pour que le che­val trotte cor­rec­te­ment », se sou­vient­il.

La ma­ré­cha­le­rie à des­ti­na­tion des par­ti­cu­liers re­pré­sente l’es­sen­tiel de l’ac­ti­vi­té de ce for­ge­ron li­gé­rien qui a dé­bu­té en 2003 à Veauche, avant de prendre la di­rec­tion de Saint­Georges­Haute­Ville puis de Gu­mières et d’at­ter­rir, en 2013, à Su­ryle­Comtal dans cette ferme éloi­gnée de tout. Une condi­tion in­dis­pen­sable, vu le bruit des coups de mar­teau sur l’en­clume.

« Je tra­vaille très peu avec les écu­ries. C’est un choix per­son­nel qui me laisse plus de li­ber­té, as­sure Ben­ja­min Laurent. Le par­ti­cu­lier n’a pas la même ap­proche de l’ani­mal. » Lui a adop­té la ma­ré­cha­le­rie tra­di­tion­nelle, où il réa­lise le fer à che­val de A à Z, afin de pou­voir pro­po­ser du sur­me­sure. « Chaque che­val pos­sède des pieds dif­fé­rents. Cer­tains souffrent de pa­tho­lo­gie. On doit pou­voir pro­po­ser le fer qui ira le mieux », ré­sume ce­lui qui a op­té pour la tech­nique an­glaise de la forge. « C’est une mé­thode très ryth­mée, phy­si­que­ment usante. C’est tel­le­ment dur… On sait pour­quoi on dort le soir », té­moigne le ma­ré­chal­fer­rant. Les coups sont ra­pides et pré­cis. La fa­brique de deux fers de­mande une ving­taine de mi­nutes. Re­fou­ler la pince, épon­ger le fer, tour­ner la branche, faire la rai­nure, pas­ser à étam­page, dé­bou­cher le fer et ti­rer le pin­çon. Toutes ces étapes doivent être réa­li­sées le plus ra­pi­de­ment pos­sible. « On doit être ren­table, car le but, c’est quand même d’en vivre. C’est dif­fi­cile, mais il y a un dic­ton bien connu qui dit que c’est en for­geant qu’on de­vient for­ge­ron », sou­rit Ben­ja­min Laurent, l’un des 2.500 ma­ré­chaux­fer­rants de France.

Amou­reux des che­vaux, Ben­ja­min Laurent n’en est pas pour au­tant ca­va­lier. « De­puis que je suis pas­sé des­sous, je ne monte plus. Je pré­fère res­ter dans ma forge pour être le plus per­for­mant pos­sible. »

En pa­ral­lèle de son ac­ti­vi­té, Ben­ja­min Laurent ouvre son ate­lier aux vi­si­teurs pour qu’ils puissent dé­cou­vrir son mu­sée de la ma­ré­cha­le­rie qui pré­sente une ex­po­si­tion d’ou­tils tra­di­tion­nels, de fer­rures ancestrales et toute une col­lec­tion de sa­bots de che­vaux fer­rés, se­lon les tech­niques de di­zaines de pays. Une vraie cu­rio­si­té qui, à elle seule, vaut le dé­tour… ■

« Chaque che­val a des pieds dif­fé­rents ; on doit pro­po­ser le fer qui ira le mieux »

À L’AN­CIENNE. Le ma­ré­chal-fer­rant Ben­ja­min Laurent pré­pare ses fers à che­val comme dans les an­nées 40.

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