La carte du 1er tour dans le Fo­rez

Ma­rine Le Pen est ar­ri­vée en tête du pre­mier tour di­manche 23 avril dans la Loire

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

PRÉ­SI­DEN­TIELLE. Les élec­teurs fo­ré­ziens ont pla­cé Ma­rine Le Pen en tête du pre­mier tour di­manche 23 avril. Dé­cou­vrez la carte du scru­tin dans la Loire.

COU­LISSES. Re­por­tage dans ces pe­tits vil­lages du Pays d’As­trée qui ont bas­cu­lé aux ex­trêmes, entre vote sanc­tion et vote d’adhé­sion.

La main­mise du Front na­tio­nal sur le monde ru­ral se confirme. Alors que les grandes com­munes de la plaine du Fo­rez ont choi­si le centre d’Em­ma­nuel Ma­cron di­manche der­nier, un très grand nombre de vil­lages ont bas­cu­lé en fa­veur de Ma­rine Le Pen. Re­por­tage.

Une poule sur la route. Mar­chant d’un pas in­do­lent. Quelques ha­bi­ta­tions ber­cées par le chant des grillons, les cou­cous se ré­pon­dant à flanc de col­line. Voi­là Dé­batsRi­vière­d’Or­pra, vil­lage de 160 âmes du Pays d’As­trée, 112 ins­crits sur les listes élec­to­rales et 41,1 % de vo­tants pour le Front Na­tio­nal. Le bourg, si­tué à 800 mètres de la dé­par­te­men­tale 1.089, blot­ti en fond de vallée, n’a pas grand­chose pour lui, ex­cep­té les très belles chutes du Li­geay, sur le ruis­seau du Dar­da­net, fré­quen­tées des ca­nyo­neurs, priés de se faire dis­crets. Pas d’église, pas de com­merce, pas de Poste, en­core moins de tré­so­re­rie. Mais un arbre de la laï­ci­té, plan­té sous le fron­ton de la mai­rie, et une pe­tite école as­su­rant les cours… jus­qu’au CE1.

Un élé­ment de ré­ponse au vote FN ? C’est le point de vue de So­phie Ro­bert, se­cré­taire dé­par­te­men­tale du parti fron­tiste ar­ri­vé en tête, di­manche 23 avril dans la Loire avec 24,08 % des suf­frages. « Il n’y a plus rien pour les Fran­çais dans les cam­pagnes, as­sène­t­elle. Les ser­vices pu­blics ferment. Les agri­cul­teurs se contentent de 350 € de re­ve­nus men­suels. Et ce sont 80 % des Fran­çais qui vivent là, en souf­france. »

En al­lant s’ins­tal­ler tous les ven­dre­dis ces der­nières se­maines dans les pe­tits ha­meaux de la plaine et des monts du Fo­rez, les par­ti­sans de Ma­rine Le Pen ont fait mouche. Porte à porte, mar­chés, échanges au­tour d’un ca­fé, leurs idées ont pris ra­cine. De quoi leur don­ner le sou­rire au soir du pre­mier tour. Et une morgue in­so­lente. « On s’ha­bi­tue à la vic­toire (pour mé­moire, le FN avait trus­té 30,37 % des suf­frages lors du pre­mier tour des élec­tions dé­par­te­men­tales et 28,48 % des voix au pre­mier tour des ré­gio­nales en 2015, N.D.L.R). Les Li­gé­riens ont su faire la dif­fé­ rence et trou­ver le vote utile. »

An­dré Bar­thé­lé­my, maire des Dé­bats, penche sur­tout pour un vote de contes­ta­tion. « Je ne suis pas dans le se­cret des dieux mais il me semble que leurs élec­teurs sont d’abord des dé­çus de la po­li­tique. No­tam­ment des gens qui vo­taient his­to­ri­que­ment à droite et que la cam­pagne a dé­tour­nés de Fran­çois Fillon. » Pas d’adhé­sion dans le Fo­rez ? Pas si sûr…

Un doux so­leil baigne le mar­ché d’Ar­thun où se re­trouvent chaque lun­di ha­bi­tants et fo­rains. Un pe­tit vin blanc tourne dans les verres ; on fête ce soir un an­ni­ver­saire. Ici, tout le monde se connaît. Tout le monde s’ap­pré­cie. Même si les opi­nions di­vergent. Le ré­sul­tat, di­manche, n’a sur­pris per­sonne. Cer­tains l’as­sument. « Les Chi­nois ra­chètent nos vignes. Les étran­gers, au mar­ché de gros, nous font la nique. Leur mes­sage est clair : « ils vont tous nous bouf­fer ». Ma fille a été agres­sée, elle a su­bi 10.000 eu­ros de dom­mages sur sa voi­ture. Les cou­pables n’ont pas été in­quié­tés. Alors non je n’étais pas ra­ciste, mais je le suis de­ve­nue. Et le 7 mai, je glis­se­rai le même bul­le­tin dans l’urne. »

« Je com­prends, confie un voi­sin d’étal. Mais le FN, ce n’est pas ma cré­me­rie. Ma­cron, ce qu’il a de bien, c’est qu’il est jeune. On en a marre des gens qui s’ac­crochent au pou­voir. Et je pense qu’il peut être ferme. Le pro­blème c’est que rien n’est joué. Nous ne sommes plus en 2002. Ma­rine est plus po­sée que son père… »

In­quiète, Jo­siane Bal­di­ni l’est plus que tout autre. Ses ad­mi­nis­trés, le 23 avril, ont vo­té mas­si­ve­ment en fa­veur du FN. 35 % des Ar­thu­nois ont don­né leur voix à Ma­rine Le Pen. Et 18,5 % à JeanLuc Mé­len­chon. Pla­çant les deux ex­trêmes en tête. Loin de­vant Em­ma­nuel Ma­cron (16 %) et Fran­çois Fillon (14,8 %). « Je n’ar­rive pas à me l’ex­pli­quer, res­sasse le maire. Nous n’avons pas d’im­mi­gra­tion, pas de dé­lin­quance. Notre vil­lage est re­la­ti­ve­ment pai­sible, peu tou­ché par le chô­mage. C’est sur­pre­nant mais ce n’est pas la pre­mière fois. Et comme beau­coup de conseillers, ce­la me cause beau­coup de sou­ci. Vous ima­gi­nez en temps de guerre ? Les dé­la­tions… Beau­coup de jeunes ins­crits ont vo­té di­manche… Je ne suis pas per­sua­dée que la si­tua­tion s’in­ver­se­ra le 7 mai. Il y a un ma­laise, le constat est là. Mais de là à pas­ser aux ex­trêmes… »

In­com­pré­hen­sible et peut-être ir­ré­ver­sible

Sous les au­vents où l’on vient cher­cher pain, fourme, huiles es­sen­tielles et to­mates, ori­gi­naires de France, le ton se fait ba­din. La vic­toire des fron­tistes, per­sonne n’y croit vrai­ment. Alors on plai­sante sur la fu­ture pre­mière dame. 24 ans de plus que son cher et tendre. Pas le genre à pous­ser la chan­son­nette. D’une autre classe ? Les avis sont par­ta­gés. Le soir tombe sur la place. Pre­mier jour de l’en­tre­deux­tours. Der­nière lam­pée de pe­tit blanc. ■

« Je n’étais pas ra­ciste, je le suis de­ve­nue »

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