Les thermes ont re­trou­vé leur to­ni­ci­té

La com­mune, ces trente der­nières an­nées, a tout mi­sé sur les sources chaudes

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

MON­TROND-LES-BAINS. L’unique sta­tion ther­male de la Loire a connu des hauts et des bas. Confiée en gé­rance à Opa­lia en 2012, elle a trou­vé son point d’équi­libre.

HIS­TO­RIQUE. Dé­cou­verte en 1881 à la fa­veur d’une pros­pec­tion mi­nière, la source est tom­bée dans l’ou­bli dans les an­nées 60 avant de re­naître en 1989.

On vient à Mon­trond soi­gner ses rhu­ma­tismes ou son obé­si­té. L’eau, pui­sée dans les pro­fon­deurs, pro­digue ses bien­faits aux cu­ristes de­puis la fin du XIXe siècle. Si l’ac­ti­vi­té a connu des hauts et des bas, elle re­trouve au­jourd’hui le som­met de la vague.

Bien­ve­nue à Mon­trond­les­Bains, ville ther­male. La seule, l’unique de la Loire. Le sous­sol a fait sa ri­chesse. Mais sur le tard. Dé­cou­vertes fin XIXe, ex­ploi­tées cin­quante an­nées sans ja­mais at­teindre des re­cords de fré­quen­ta­tion puis je­tées aux or­ties (lire par ailleurs), les eaux chaudes car­bo­ga­zeuses n’ont dû leur ré­sur­gence qu’à une forte vo­lon­té mu­ni­ci­pale, dans les an­nées 1980.

Des bâ­ti­ments his­to­riques, rien n’a été conser­vé ou presque lors­qu’en 1989 un nou­vel éta­blis­se­ment sort de terre pour ac­cueillir… 36 cu­ristes à l’an­née. « J’étais dé­jà dans l’équipe à l’époque, se sou­vient le maire Claude Gi­raud. Si la mu­ni­ci­pa­li­té n’avait pas in­ves­ti, tout se­rait ter­mi­né au­jourd’hui. » Dans la li­gnée de son pré­dé­ces­seur, Claude Gi­raud dé­pense de grosses, grosses sommes d’ar­gent pour bâ­tir une sta­tion digne de ce nom. Près de 10 mil­lions d’eu­ros sur ses 24 an­nées de man­dat, soit un dixième du bud­get com­mu­nal. Dont huit pour le seul centre ther­mo­lu­dique des Iléades, ache­vé en 2009.

La SAEM Le parc ther­mal (so­cié­té ano­nyme d’économie mixte), pro­prié­taire du site, a­t­elle eu les yeux plus gros que le ventre ? En 2011, c’est la pro­cé­dure de sau­ve­garde. Le dé­lé­ga­taire, Val­vi­tal, est re­mer­cié et la ges­tion re­prise en di­rect. Une bonne nou­velle tout de même : après huit an­nées de lob­bying in­tense, et le concours du pro­fes­seur Pa­trice Que­neau, membre de l’Aca­dé­mie de mé­de­cine, ad­joint à la ville entre 2001 et 2008, Mon­trond a fi­na­le­ment dé­cro­ché l’agré­ment rhu­ma­to­lo­gie.

De quoi don­ner un coup de fouet à l’ac­ti­vi­té, can­ton­née, jus­qu’alors, au trai­te­ment des troubles di­ges­tifs et de l’obé­si­té. « La rhu­ma­to­lo­gie re­pré­sente 78 % du chiffre d’af­faires ther­mal en France. C’est dire à quel point cet agré­ment nous était ca­pi­tal sur le plan éco­no­mique », glisse Claude Gi­raud.

Mais avec 2.800 cu­ristes an­nuels, la SAEM en­re­gistre tou­jours, en 2012, 700.000 € de pertes an­nuelles. Une mise en lo­ca­tion­gé­rance sauve les thermes de la noyade. La so­cié­té Opa­lia prend les com­mandes du na­vire. « L’agré­ment rhu­ma­to­lo­gie nous a per­mis de sor­tir de l’or­nière certes, ana­lyse Luc Thie­bault, di­rec­teur d’ex­ploi­ta­tion. Mais nous avons aus­si re­struc­tu­ré les es­paces, l’amé­na­ge­ment des plan­nings, la ges­tion des équipes… »

Le loyer ver­sé à la com­mune per­met de cou­vrir dé­sor­mais les an­nui­tés des em­prunts. Et les thermes ont re­trou­vé un poids de forme. « Nos ré­sul­tats étaient en­core dé­fi­ci­taires sur les deux pre­mières an­nées d’exer­cice, confie Luc Thie­bault. Mais nous sommes re­mon­tés dans le vert en 2015 et 2016. »

3.600 per­sonnes en­filent les pei­gnoirs bleus de cir­cons­tance en bor­dure des bas­sins mon­tron­dais. Des Li­gé­riens, pour la plu­part. La di­rec­tion s’en ac­com­mode. « Il n’y a pas de vo­lon­té de dé­ve­lop­per outre me­sure la fré­quen­ta­tion. D’au­tant que nous ne pou­vons pas re­ce­voir plus de 350 cu­ristes à l’heure. »

Une image de marque

Constat par­ta­gé du cô­té des Iléades dont l’étude de mar­ché avait es­ti­mé le seuil de ren­ta­bi­li­té à 100.000 vi­si­teurs an­nuels. « Nous at­tei­gnons les 120.000 et le chiffre d’af­ faires a fait un bond de 15 % de­puis notre ar­ri­vée. Il y a clai­re­ment un en­goue­ment pour le centre même si nous n’ac­cueillons pas du tout la même clien­tèle. Au dé­part, Les Iléades avaient été pen­sées pour pro­po­ser une offre de loi­sir com­plé­men­taire aux cu­ristes comme ce­la se pratique par ailleurs. Mais à Mon­trond, les pa­tients ne ré­sident pas di­rec­te­ment sur la sta­tion. Ils viennent re­ce­voir leurs soins puis re­ tournent chez eux. »

Ki­né­si­thé­ra­peute, in­fir­mière et agents hy­dro­thé­ra­peutes for­més en in­terne concourent, neuf mois sur douze, à la re­nom­mée de la sta­tion li­gé­rienne. L’em­ployeur, par­mi les prin­ci­paux de la com­mune, veille à la qua­li­té du re­la­tion­nel.

De­hors, les amé­na­ge­ments se pour­suivent. Après la construc­tion des Fo­ré­ziales et le dé­mé­na­ge­ment du ca­si­no, la mu­ni­ci­pa­li­té s’est at­ta­quée au parc. In­ci­tant, comme par le pas­sé, à la flâ­ne­rie et à la contem­pla­tion, kiosque, bu­vette, che­mi­ne­ments par­achèvent l’oeuvre d’une vie. Ne manque que l’hé­ber­ge­ment.

Le nombre de cu­ristes mul­ti­plié par 100

« Il fal­lait être un peu in­cons­cient »

D’ici quelques mois, l’IME, ins­tal­lé dans l’an­cien et cé­lèbre grand hô­tel du Gey­ser, de l’autre cô­té de la dé­par­te­men­tale, dé­mé­na­ge­ra dans la zone des Ber­gères. De quoi don­ner quelques idées à la mu­ni­ci­pa­li­té ? Un hô­tel de luxe à proxi­mi­té des sources ? Claude Gi­raud, en che­ville avec quelques in­ves­tis­seurs pri­vés, n’y se­rait pas in­sen­sible. Lui qui a tant rê­vé, et tant ris­qué, dé­jà, pour sa com­mune. « « Les thermes nous confèrent une image de marque. Mon­trond se­rait­elle la même sans eux ? Au­rions­nous un éta­blis­se­ment de jeux ? C’est un tout. Et pour­tant, en 1983, nous étions bien peu à y croire. Il fal­lait être un peu in­cons­cient… » ■

PHO­TO LA MON­TAGNE

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