Un gey­ser de 30 mètres de haut

On vint ad­mi­rer en masse, en 1882, les jaillis­se­ments de la source

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Vie Départementale - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

Dé­cou­verte par hasard à la fin du XIXe siècle au gré des fo­rages de la com­pa­gnie des mines, la source du Gey­ser, bien­tôt ré­pu­tée pour ses pro­prié­tés cu­ra­tives, a souf­fert de la concur­rence des bains de mer.

Vingt­trois sep­tembre 1881. Voi­là plus de deux ans que Fran­cis Laur, in­gé­nieur des mines, fouille le sol de Mon­trondles­Bains en quête de char­bon. Le gi­se­ment est là, c’est cer­tain, même si les son­dages n’ont jus­qu’ici dé­bou­ché que sur des nappes d’eau et des bancs d’ar­gile. Le tré­pan at­teint ce ma­tin­là 475 mètres. Ré­veille un gron­de­ment sourd dans les pro­fon­deurs. Une gerbe d’eau jaillit du trou, s’éle­vant à sept mètres de hau­teur. Le pre­mier cra­chat d’un im­pres­sion­nant gey­ser dont les jets culmi­ne­ront à 30 mètres le 9 mars 1882.

Le spec­tacle, bien qu’ef­frayant, at­tire les foules. Un ar­ticle du Mé­mo­rial rap­porte que « ja­mais le châ­teau de Mon­trond n’avait vu dans ses ruines de plus nom­breux vi­si­teurs, de femmes plus élé­gantes et de plus char­mants en­fants. L’as­sis­tance était en­thou­sias­mée et ap­plau­dis­sait comme au théâtre. »

Les ana­lyses sont pro­met­teuses : l’eau, com­pa­ rable à celle de Vi­chy, est riche en bi­car­bo­nate de soude et en acide car­bo­nique libre. « Ter­reil, chef des tra­vaux chi­miques du mu­séum d’his­toire na­tu­relle de Pa­ris, consi­dé­rait l’eau de Mon­trond “comme l’une des plus pures en son genre”, très ef­fi­cace dans le trai­te­ment des ma­la­dies de l’ap­pa­reil di­ges­tif et du mé­ta­bo­lisme telle que la goutte », rap­portent To­ny et Ja­nine Ko­cher dans leur ou­vrage Entre sources et châ­teau, Mon­trond­les­Bains.

On dé­laisse l’or noir pour ce nou­vel or bleu. Fran­cis Laur, sous le cou­vert d’une so­cié­té nou­vel­le­ment créée, de­mande l’au­to­ri­sa­tion d’ex­ploi­ter et ac­quiert 11 hec­tares de ter­rain pour y bâ­tir un puits cir­cu­laire, à la tête du son­dage, un éta­blis­se­ment ther­mal, une chambre d’em­bou­teillage, une pe­tite pis­cine et une vasque pour la bu­vette sur­mon­tée d’un kiosque.

L’in­té­rêt des cu­ristes al­lant crois­sant (ils sont 300 en 1896), l’éta­blis­se­ment est agran­di et do­té d’un parc de 4 hec­tares. Un mas­seur, flan­qué de deux ou trois aides, as­sure les soins en concer­ta­tion avec deux mé­de­cins de SaintGal­mier (bains, mas­sages, douches sous­ma­rines mais aus­si ab­sorp­tion d’eau quo­ti­dienne).

« En dé­pit de tous ces ef­forts, les ré­sul­tats ne confirment pas les es­pé­rances, constatent To­ny et Ja­nine Ko­cher. Ni le clas­se­ment de Mon­trond en 1935 comme sta­tion hy­dro­mi­né­rale, ni la vaste cam­pagne pu­bli­ci­taire de 1936, ni les ma­ni­fes­ta­tions du “mois de Mon­trond”, en août 1938 avec un grand tour­noi de tennis et l’illu­mi­na­tion du châ­teau, ni l’ou­ver­ture du ca­si­no n’en­rayent le dé­clin », les cu­ristes pré­fé­rant dé­sor­mais les bains de mer à la pe­tite com­mune li­gé­rienne.

« L’ac­ti­vi­té ther­male de­ve­nant dé­fi­ci­taire, la so­cié­té ex­ploi­tante dé­ci­da d’y mettre un terme en 1963. Pour évi­ter la fer­me­ture dé­fi­ni­tive et le dé­clas­se­ment de la com­mune comme sta­tion hy­dro­ther­male, avec pour consé­quence la dis­pa­ri­tion du ca­si­no, la mu­ni­ci­pa­li­té loua les ins­tal­la­tions et le parc et les af­fer­ma à un pri­vé, M. Du­creux, à par­tir de 1964. » Triste fin, heu­reu­se­ment tem­po­raire. ■

Un dé­clin ir­ré­ver­sible jus­qu’en 1963

AR­CHIVES. L’éta­blis­se­ment hy­dro­thé­ra­pique, en 1910.

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