Re­naud Pfef­fer : l’Hy­per­loop à la loupe

Le vice­pré­sident du Conseil dé­par­te­men­tal du Rhône plaide pour une al­ter­na­tive mo­derne à l’A45

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Vie Départementale - Ludovic Daim

Le maire de Mor­nant, qui ne veut pas voir dé­fi­gu­rer les Monts du Lyon­nais par une se­conde au­to­route entre Saint-Étienne et Lyon, mo­bi­lise les pou­voirs publics au­tour du moyen de trans­port ul­tra-ra­pide in­ven­té par Elon Musk.

Bien sûr. On a tous d’em­blée la même ré­ac­tion. Faire Saint­Étienne/Lyon en 8 mi­nutes à bord d’une cap­sule lan­cée à plu­sieurs cen­taines de ki­lo­mètres/heure dans un tube nous ren­voie à un cer­tain scep­ti­cisme science­fic­tion­nel.

Saint-Étienne/Lyon en huit mi­nutes

« Oui, au dé­part, on est for­cé­ment scep­tiques, concède Ch­ris­tian Brod­hag, di­rec­teur de re­cherches à l’École des mines de Saint­Étienne qui a lan­cé « une étude ex­plo­ra­toire » sur le su­jet avec quelques uns de ses élèves, il y a deux ans. « Mais quand on voit les al­liances in­dus­trielles, les consor­tiums qui se mettent en place par­tout dans le monde, on l’est tout de suite moins. »

L’Hy­per­loop, ce moyen de trans­port fu­tu­riste supersonique est une idée du mil­liar­daire US Elon Musk, dé­jà à l’ori­gine de Pay Pal, de Tes­la et de Space X. La so­cié­té amé­ri­caine Hy­per­loop Tran­spor­ta­tion Tech­no­lo­gies va faire as­sem­bler sa pre­mière cap­sule à Tou­louse et la SNCF a pris des parts dans sa concur­rente ca­li­for­nienne Hy­per­loop One qui va ef­fec­tuer des es­sais cet été dans le dé­sert du Ne­va­da. « Je pense que je vais al­ler voir ça », dit Re­naud Pfef­fer, vice­pré­sident Les Ré­pu­bli­cains du Conseil dé­par­te­men­tal du Rhône, qui veut mo­bi­li­ser pour faire avan­cer l’idée d’une liai­son Saint­Étienne/ Lyon. « Les élus n’ont pas vo­ca­tion à ap­pli­quer des sché­mas vieux de 40 ou 50 ans. Ils ont aus­si à es­quis­ser des sché­mas d’ave­nir », dit le jeune maire de Mor­nant, qui a été l’un des pre­miers en France à mettre en place une mu­tuelle com­mu­nale et un achat grou­pé d’éner­gie pour ses ad­mi­nis­trés. Re­naud Pfef­fer voit dans l’Hy­per­loop « une ré­ponse à l’en­jeu du trans­port des per­sonnes qui exige des so­lu­tions ra­pides alors que les grandes in­fra­struc­tures clas­siques prennent un temps fou, une ré­ponse qui res­pecte l’en­vi­ron­ne­ment et les po­pu­la­tions. »

« L’A45, trop chère, in­utile, dé­pas­sée »

Dans le vi­seur de l’élu des Monts du Lyon­nais évi­dem­ment, la fu­ture au­to­route A45 entre Saint­Étienne et Lyon « qui va bouf­fer 500 hec­tares de terres dans les Monts du Lyon­nais en flin­guant un sec­teur agri­cole très dy­na­mique ain­si que des vil­lages. Réa­li­ser une au­to­route payante à cô­té d’une au­to­route gra­tuite (l’A47. N.D.L.R.) pour ar­ri­ver dans un cul­de­sac à Pierre­Bé­nite ne ré­gle­ra pas le pro­blème des flux entre les deux villes. Quand un pro­jet est trop cher, in­utile et dé­pas­sé, on doit ré­flé­chir à des al­ter­na­tives. » M. Pfef­fer s’ac­tive ain­si pour que les pou­voirs publics, Ré­gion Au­vergne Rhô­neAlpes, mé­tro­pole lyon­naise, dé­par­te­ments du Rhône et de la Loire se sai­sissent du pro­jet Hy­per­loop. « Chaque ré­vo­lu­tion tech­no­lo­gique a ame­né de l’an­xié­té. L’Hy­per­loop est fai­sable, fiable, sûr. Il faut que la po­pu­la­tion se l’ap­pro­prie. » « Les tech­no­lo­gies uti­li­sées par l’Hy­per­loop qui com­binent la sus­ten­ta­tion ma­gné­tique et la sus­ten­ta­tion sur cous­sins d’air avec un mo­teur li­néaire im­pul­sant l’ac­cé­lé­ra­tion sont maî­tri­sées », confirme Ch­ris­tian Brod­hag qui voit « dif­fi­ci­le­ment l’Hy­per­loop se sub­sti­tuer à l’A45 à moins d’une amé­lio­ra­tion im­por­tante de l’A47 no­tam­ment dans la tra­ver­sée du Rhône ».

« L’A45 va bouf­fer 500 hec­tares de terres dans les Monts du Lyon­nais »

À l’ho­ri­zon 2025

« L’in­té­rêt de l’Hy­per­loop entre Saint­Étienne et Lyon consiste à voir com­ment les com­pé­tences pré­sentes sur notre ter­ri­toire peuvent en­trer dans le pro­ces­sus outre la ligne elle­même. Celle­ci pour­rait trans­por­ter 10.000 per­sonnes par jour dans des cap­sules de 28 places cir­cu­lant à 400­450 km/h avec des dé­parts toutes les deux mi­nutes dans les deux sens. C’est un flux de voya­geurs très im­por­tant et donc une ligne à forte ren­ta­bi­li­té qui in­té­resse for­cé­ment les opé­ra­teurs », in­dique M. Brod­hag pour le­quel la réa­li­sa­tion n’in­ter­vien­dra pas avant 2025. Une date condi­tion­née par la mise en ser­vice des pre­mières lignes in­ter­na­tio­nales qui de­vraient être San Fran­cis­co/Los An­geles (30 mi­nutes) et Du­baï/ Abu Dha­bi (12 mi­nutes). Le coût de la liai­son Saint­Étienne/ Lyon est éva­lué à quelque 800 M€ alors que l’A45 en coû­te­ra 1,5 Md€, soit près du double. ■

NA­VETTE. L’Hy­per­loop uti­lise la sus­ten­ta­tion ma­gné­tique et sur cous­sins d’air.

PHO­TO LUDOVIC DAIM

CONVAIN­CU. Re­naud Pfef­fer est l’un des pre­miers pro­mo­teurs po­li­tiques de la liai­son Saint-Étienne/Lyon par Hy­per­loop.

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