Na­dège Le­clerc ose et ça lui sou­rit

Quand le ré­seau des Femmes chefs d’en­tre­prises Loire­Nord­Forez va­lo­rise l’au­dace d’en­tre­prendre

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Au­ré­lie Mar­cha­dier au­re­lie.prud­homme@cen­tre­france.com

Jeune chef d’en­tre­prise dé­com­plexée, fon­ceuse et in­ves­tie, Na­dège Le­clerc vient de se voir dé­cer­ner le prix « Elle ose 2017 ». Dans sa so­cié­té dé­diée à l’ac­cueil comme dans son centre de for­ma­tion consa­cré à la sé­cu­ri­té, la Roan­naise fait feu de tout bois.

C’est « le ren­dez­vous qu’il ne fal­lait pas lou­per ». Il y a quelques jours, Roanne ac­cueillait le match de bar­rage de Fed Cup op­po­sant la France à l’Es­pagne. La crème du ten­nis fé­mi­nin et les ca­mé­ras du monde en­tier bra­quées sur la Halle Va­che­resse. « Tout de­vait être car­ré », ra­conte Na­dège Le­clerc. À la tête de la so­cié­té A2H ­ Ac­cueil, Hôtes & Hô­tesses ­, la jeune femme a été mis­sion­née pour as­su­rer, avec ses équipes, la ré­cep­tion du pu­blic lors de cet évé­ne­ment spor­tif d’am­pleur in­ter­na­tio­nale.

Pas le droit à l’ap­proxi­ma­tion. Zone « VIP », pla­ce­ment en tri­bune pré­si­den­tielle… Si l’ac­cueil consti­tue le coeur de son mé­tier, le monde du ten­nis a, lui, été « une to­tale dé­cou­verte » pour cette pro­fes­sion­nelle. Pas de quoi ef­frayer tou­te­fois la Roan­naise qui n’a pas hé­si­té un ins­tant à re­le­ver le dé­fi. Pour cet évé­ne­ment, elle a mo­bi­li­sé 28 col­la­bo­ra­teurs. « Ça nous a de­man­dé un gros tra­vail de pré­pa­ra­tion. Ça a été in­tense, mais la Fé­dé­ra­tion fran­çaise a été ra­vie », re­trace au­jourd’hui Na­dège Le­clerc, avec fier­té.

Nom­breuses cas­quettes

Il faut dire que la res­pon­sable, du haut de ses 28 ans, n’est pas du genre à trem­bler. Plu­tôt à fon­cer. « C’est une com­bat­tante qui ne le lâche ja­mais rien », confirme Éric Le­clerc, son pa­pa. « Elle est éner­gique et s’in­ves­tit à fond dans ce qu’elle fait. Peu­têtre trop par­fois... », sou­ligne en sou­riant ce­lui qui est aus­si son col­lègue. De­puis 2009, la jeune femme a en ef­fet in­té­gré l’en­tre­prise fa­mi­liale AIS, spé­cia­li­sée dans le pla­ce­ment de per­son­nel de sé­cu­ri­té. Une so­cié­té de­ve­nue au­jourd’hui une hol­ding em­ployant une cen­taine de per­sonnes à tra­vers plu­sieurs fi­liales. Em­bau­chée comme as­sis­tante de ges­tion comp­table, Na­dège est ra­pi­de­ment de­ve­nue res­pon­sable qua­li­té d’AIS. « En 2011, un de nos gros clients dans l’évé­ne­men­tiel nous a alors ma­ni­fes­té son be­soin, outre de pres­ta­tions en ma­tière de sé­cu­ri­té, de ser­vice d’ac­cueil. Très vite, l’idée a ger­mé d’élar­gir nos com­pé­tences », re­trace la jeune femme, qui ne manque pas d’in­tui­tion. A2H voit alors le jour.

Son ob­jec­tif : mettre à dis­po­si­tion un per­son­nel qua­li­fié pour di­vers sa­lons, lors de sé­mi­naires, pour des ani­ma­tions en centres com­mer­ciaux… Un nou­veau mé­tier dont s’em­pare avec fougue la di­ri­geante. Ha­bi­tuée à tra­vailler avec des agents de sé­cu­ri­té, Na­dège doit ce­pen­dant com­po­ser avec des équipes ma­jo­ri­tai­re­ment fé­mi­nines. « Il a fal­lu me re­mettre en ques­tion. On ne briefe pas les hommes comme les filles. J’ai ten­dance à al­ler droit au but, à tra­cer, ce qui peut par­fois sur­prendre. Au­jourd’hui, à chaque en­tre­tien d’em­bauche, j’ex­plique mon fonc­tion­ne­ment, en di­sant à mes col­la­bo­ra­teurs qu’ils ne doivent pas en prendre om­brage. Mais je re­con­nais que ça met un coup de boost !, glisse la res­pon­sable. Dans nos mé­ tiers, on a un ti­ming ser­ré à te­nir, une prestance à of­frir. Mais j’ai beau­coup évo­lué en ma­tière de ma­na­ge­ment », re­con­naît la chef d’en­tre­prise, quitte à de­voir se re­mettre en ques­tion en s’ou­vrant à de nou­veaux ho­ri­zons…

Flai­rant le po­ten­tiel à mu­tua­li­ser les deux ac­ti­vi­tés his­to­riques du groupe, la sé­cu­ri­té et l’ac­cueil, Na­dège Le­clerc a mon­té son propre or­ga­nisme de for­ma­tion dans le do­maine de la sé­cu­ri­té (Nel For­ma­tion). La ma­na­ger se fait dé­sor­mais pé­da­gogue. Ré­cem­ment, elle a même ajou­té une ligne à un CV dé­jà bien rem­pli en de­ve­nant « pré­ven­tion­niste ». De quoi conseiller col­lec­ti­vi­tés et par­te­naires re­ce­vant du pu­blic, en ma­tière d’ana­lyse des risques. « Me­ner plu­sieurs choses à la fois ne me fait pas peur. Au contraire, ça mo­tive ! », ré­sume la jeune femme, qui ne compte pas ses heures.

L’art de culti­ver son ré­seau

Pour tra­cer sa route, Na­dège Le­clerc peut s’ap­puyer sur un so­lide ré­per­toire, for­gé dans les clubs d’af­faires ou lors des for­ma­tions pro­po­sées par la Chambre de com­merce et d’in­dus­trie, entre autres. « Je mets un point d’hon­neur à tis­ser mon ré­seau ! On ap­prend tel­le­ment des autres, des per­sonnes qui la­bourent le ter­rain chaque jour. Les échanges sont tou­jours très construc­tifs ». Pas éton­nant de la voir re­joindre la dé­lé­ga­tion Loire­Nord­Forez des Femmes chefs d’en­tre­prises (FCE). Membre du bu­reau, Na­dège trouve ici « un vrai sou­tien ». « C’est très sti­mu­lant de pou­voir échan­ger avec d’autres femmes en res­pon­sa­bi­li­tés et qui sont aus­si mères de fa­mille. On ren­contre les mêmes sou­cis, on par­tage. Bon nombre des adhé­rentes sont des mo­dèles pour moi. ». Et de sou­rire à l’évo­ca­tion de cette anec­dote : « Quand j’ai in­té­gré ce ré­seau en 2015, je me suis pré­sen­tée, un peu par au­to­ma­tisme, comme la “fille de”. Ce à quoi on m’a ré­pon­du d’em­blée : ce n’est pas la “fille de” qu’on ac­cueille, mais toi, Na­dège, chef d’en­tre­prise ».

Une belle re­con­nais­sance qui s’est concré­ti­sée, il y a quelques se­maines, par une distinction : la Roan­naise s’est vu dé­cer­ner le prix « Elle ose 2017 » de sa dé­lé­ga­tion. « Une énorme sur­prise. Je ne m’y at­ten­dais pas. Je m’in­ves­tis car j’aime sim­ple­ment ce que je fais ». Un en­thou­siasme à l’évi­dence com­mu­ni­ca­tif.

Évo­quant une per­sonne « mo­ti­vée et im­pli­quée, au ni­veau de notre groupe, de la col­lec­ti­vi­té, comme dans sa pro­fes­sion », Vé­ro­nique Poi­rot, pré­si­dente de la dé­lé­ga­tion FCE, sa­lue une jeune femme qui « n’hé­site pas à se re­mettre en cause pour avan­cer. Il est im­por­tant de dis­tin­guer les per­sonnes comme elles. Bien sou­vent, les femmes hé­sitent à fran­chir le pas de l’en­tre­pre­neu­riat : elles ne le font que quand elles sont sûres à 130 %. Les hommes, eux, foncent sans se po­ser au­tant de ques­tions ». Né à Roanne en 2016, le prix « Elle ose » a don­né de­puis des idées à d’autres groupes FCE tri­co­lores.

« Quand on veut se lan­cer, il ne faut pas hé­si­ter », ré­sume Na­dège Le­clerc, qui at­tend avec im­pa­tience le pro­chain ren­dez­vous men­suel de ce ré­seau fé­mi­nin. La thé­ma­tique : le pou­voir et le lea­der­ship ! ■

« Elle est éner­gique et s’in­ves­tit à fond dans ce qu’elle fait. Peut­être trop par­fois... »

A.M.

PRIX. Le 19 mai, à Pa­ris, Na­dège Le­clerc se­ra sur le de­vant de la scène lors du « FCE Day », par­mi d’autres pro­fes­sion­nelles tri­co­lores du ré­seau des Femmes chefs d’en­tre­prises, dis­tin­guées pour leur in­ves­tis­se­ment et leur au­dace en­tre­pre­neu­riale.

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