Ils ne lais­se­ront pas mou­rir leur hô­pi­tal

Les syn­di­cats dur­cissent le ton au CH du Fo­rez alors que de nou­velles re­struc­tu­ra­tions se pro­filent

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Vie Départementale - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

Ex­ter­na­li­sa­tion de la sté­ri­li­sa­tion, pos­sible perte de la chi­mio­thé­ra­pie en am­bu­la­toire… Les dé­lé­gués du per­son­nel n’en souf­fri­ront pas da­van­tage.

ela fait trois ans qu’on est gen­til. C’est notre der­nier mois de gen­tillesse. » Les syn­di­cats haussent le ton au Centre hos­pi­ta­lier (CH) du Fo­rez. FO, CFDT, et CGT dé­noncent d’une voix com­mune un « rasle­bol gé­né­ra­li­sé ». Épui­sés au quo­ti­dien et in­quiets de l’ave­nir de leur éta­blis­se­ment. « Chaque fois que nous es­sayons de pro­po­ser quelque chose, ex­plique Her­vé Per­ret, on nous ren­voie l’ar­gu­ment du dé­fi­cit (il était en­core, au 31 dé­cembre 2016, de 3,2 mil­lions d’eu­ros, N.D.L.R.). La di­rec­tion opère des choix dras­tiques pour conduire au retour à l’équi­libre. Elle a fer­mé un ser­vice de chi­rur­gie à Feurs en 2014 et ré­duit la voi­lure dé­but 2017 à Mont­bri­son. En trois ans, les dé­ci­sions ont en­traî­né la fer­me­ture de 50 lits. Le bloc de Feurs ne fonc­tionne plus qu’un jour par se­maine. L’idée, en contre­par­tie, était de ré­cu­pé­rer des actes sur Mont­bri­son ce qui ne s’est pas tra­duit dans les faits. Au bout du compte, nous avons per­du de l’ac­ti­vi­té, per­du des re­ cettes et fi­na­le­ment des mé­de­cins. » Un cycle in­fer­nal que pour­rait en­core ag­gra­ver, au mois de sep­tembre, l’ex­ter­na­li­sa­tion de la sté­ri­li­sa­tion à SaintÉ­tienne. « C’est ca­tas­tro­phique, es­time Paul Bouil­hol. Per­sonne n’est en me­sure de nous dé­mon­trer le gain fi­nan­cier et le trans­fert im­pac­te­ra le fonc­tion­ne­ment de notre ac­ti­vi­té. » Prin­ci­pale vic­time an­non­cée : la chi­rur­gie d’ur­gence. « Si on prend le cas concret d’une pro­thèse de hanche, il nous faut trois heures, au­jourd’hui, pour sté­ri­li­ser le ma­té­riel entre deux in­ter­ven­tions. Avec une ex­ter­na­li­sa­tion, le dé­lai s’al­lon­ge­ra à six heures avec le risque d’un re­port de l’opé­ra­tion au len­de­main. Sept per­sonnes tra­vaillent dans le ser­vice. Et elles n’ont au­cune vi­si­bi­li­té sur leur ave­nir pro­fes­sion­nel. »

In­cer­ti­tude qui touche éga­le­ment l’ac­ti­vi­té de chi­mio­thé­ra­pie avec le dé­part an­non­cé d’un mé­de­cin à la fin de l’été, sans rem­pla­çant à ce jour. « Com­ment vou­lez­vous qu’on trouve des mé­de­cins dans ce contexte où tout se casse la fi­gure ? in­ ter­roge Anne­Ma­rie Vial. Tout a com­men­cé avec la fer­me­ture de la ma­ter­ni­té à Feurs. On re­pro­duit le même sché­ma, in­ces­sam­ment. »

Stop, dé­crètent les syn­di­cats, pes­tant contre « l’ab­sence to­tale de dia­logue avec la di­rec­tion ». « Il n’y a ja­mais d’échange, re­grette Her­vé Per­ret. Peu im­porte notre avis sur les pro­jets pré­sen­tés, ils sont me­nés à bout de toute fa­çon. » Les dé­lé­gués du per­son­nel ont re­mis lun­di un cour­rier à la di­rec­trice, avant de boy­cot­ter la réunion du jour. La mis­sive était por­teuse d’un ul­ti­ma­tum. Les syn­di­cats ne re­vien­dront pas à la table à moins de voir concré­ti­ser trois de leurs re­ven­di­ca­tions : le main­tien de tous les ser­vices exis­tants sur les sites de Feurs et Mont­bri­son, la ti­tu­la­ri­sa­tion des contrac­tuels qui consti­tuent au­jourd’hui 12 % de l’ef­fec­tif glo­bal (un chiffre qui at­teint 40 % en EH­PAD : « leurs contrats re­nou­ve­lés tous les trois mois sont par­ti­cu­liè­re­ment pré­caires, sans comp­ter la né­ces­si­té de for­mer sans cesse les nou­veaux ar­ri­vants qui consti­ tuent, au be­soin, une va­riable d’ajus­te­ment ») et une so­lu­tion pé­renne pour le rem­pla­ce­ment des ab­sences, au­jourd’hui trai­té avec le rap­pel des agents en congés.

L’in­ter­syn­di­cale se laisse quinze jours pour in­for­mer et mo­bi­li­ser soi­gnants et sa­la­riés avant de ta­per du poing (sans pré­ci­ser sous quelle forme). Reste que les pro­blèmes ren­con­trés par le CH du Fo­rez re­lèvent en fait d’une géo­po­li­tique bien plus vaste. Sou­mis de­puis quelques an­nées à la ta­ri­fi­ca­tion à l’ac­ti­vi­té, les éta­blis­se­ments de soins sont en­trés dans une lo­gique de concur­rence. Et les grou­pe­ments hos­pi­ta­liers de ter­ri­toire conçus pour fa­vo­ri­ser la coopération pour­raient au contraire exa­cer­ber les ten­sions. « On ne peut pas avoir un CHU hé­gé­mo­nique à Saint­Étienne sans pro­jet mé­di­cal pour le ter­ri­toire, es­time Paul Bouil­hol. Le CH du Fo­rez a as­sez don­né pour les autres. Il a un réel po­ten­tiel d’ac­ti­vi­té et de sa­voir­faire. Les pa­tients ont droit à la proxi­mi­té, à la ra­pi­di­té et à la qua­li­té des soins. » ■

« Peu im­porte notre avis, les pro­jets sont me­nés à bout »

IN­TER­SYN­DI­CALE. Her­vé Per­ret (CGT), Paul Bouil­hol (FO), An­neMa­rie Vial (FO), Émi­lie Joa­nin (CFDT) et Laurent Gra­ci (FO).

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