Un pia­niste amé­ri­cain à l’air roan­nais

Pierre­Ni­co­las Co­lom­bat re­trouve Roanne dans le cadre du Prin­temps mu­si­cal en Pays roan­nais

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Pas­cal Jac­quet pas­cal.jac­quet@cen­tre­france.com

Le jeune homme fran­coa­mé­ri­cain, qui ré­side à Boston, aux États-Unis, aime se re­mé­mo­rer les sou­ve­nirs de son en­fance pas­sée dans le Roan­nais. Jeu­di 18 mai à 20 h 30, il se­ra sur la scène du théâtre mu­ni­ci­pal de Roanne.

C om­bien de pia­nistes, amé­ri­cains, qui ont l’ha­bi­tude de se pro­duire sur les scènes au­tant amé­ri­caines qu’ita­liennes ou fran­çaises, peuvent se tar­guer de connaître Saint­Al­ban­les­Eaux, La Mi­ran­dole à Ville­rest ou en­core le fau­bourg Cler­mont de Roanne ? Un au moins.

Pierre­Ni­co­las Co­lom­bat, jeune homme de 25 ans, est né à Bal­ti­more et ré­side à Boston, États­Unis, où il en­seigne et étu­die au New En­gland Con­ser­va­to­ry (NEC). Au­jourd’hui, il com­mis­sionne et joue des oeuvres de com­po­si­teurs contem­po­rains. Lors de ces concerts, il cherche à mettre en place un lien ac­tif avec le public de fa­çon à pro­mou­voir une ex­pres­sion ar­tis­tique plus di­recte et plus in­time. Mais il n’a rien ou­blié de sa prime jeu­nesse, où du­rant l’été, il ve­nait pas­ser quelques se­maines dans la fa­mille de son père, Roan­nais d’ori­gine.

Ce n’est pas sans émo­tion qu’il se pro­dui­ra, jeu­di 18 mai à 20 h 30, sur la scène du théâtre roan­nais. L’image de sa grandmère pa­ter­nelle et quelques par­fums par­ti­cu­liers de son en­fance, gra­vés dans sa mé­moire, flot­te­ront au­tour de lui et ac­com­pa­gne­ront sans doute ses notes dis­til­lées au pia­no.

Né à Saint­Just­en­Che­va­let, le père de Pierre­Ni­co­las, An­dré Co­lom­bat, a fré­quen­té le ly­cée Jean Puy de Roanne. Ce n’est qu’en 1958, après des études à Lyon, qu’il dé­cide de quit­ter sa terre na­tale. Après avoir en­sei­gné le Fran­çais au Hon­du­ras, il s’en­vole pour les États­Unis pour suivre des études de lit­té­ra­ture fran­çaise et de phi­lo­so­phie. Sur les bancs de l’uni­ver­si­té, il ren­con­tre­ra celle qui de­vien­dra son épouse. « Jus­qu’à l’âge de mes 10 ans, nous ve­nions deux mois en France pen­dant l’été. Ma grand­mère pa­ter­nelle avait un ma­ga­sin de vê­te­ments pour femme dans le fau­bourg Cler­mont. Elle ha­bi­tait un ap­par­te­ment au­des­sus du commerce avant de dé­mé­na­ger à La Mi­ran­dole à Ville­rest. Je me sou­viens de jeux in­ces­sants au mi­lieu des robes avec mes cou­sines », se re­mé­more Pierre­Ni­co­las Co­lom­bat.

Lui re­vient aus­si en mé­moire les re­pas de son en­fance. « Ma grand­mère cui­si­nait tous les jours une soupe de poi­reaux et pommes de terre. Au­jourd’hui en­core, même quand je suis à Boston, dès que je mange une soupe, je re­pense alors à ces mo­ments. »

Mais ce n’est pas dans ce Roan­nais cher à son coeur qu’il a ren­con­tré la mu­sique. « Dans ma fa­mille, c’est plu­tôt du cô­té de ma mère que l’on est mu­si­cien », ad­met­il. À l’âge de cinq ans, Pierre­Ni­co­las dé­bute l’ap­pren­tis­sage du pia­no. Mais jus­qu’à l’ado­les­cence, la pas­sion pour l’ins­tru­ment et la mu­sique n’est pas en­core dé­vo­rante. Les 45 mi­nutes de le­çons quo­ti­diennes peuvent lui pa­raître par­fois pe­santes. « J’avais at­teint un ni­veau que je qua­li­fie­rais d’in­ter­mé­diaire. Pas en­core as­sez bon pour vrai­ment jouer de la mu­sique, mais dé­jà as­sez dif­fi­cile. Et puis j’ai dé­cou­vert le Rag Time, et j’ai vrai­ment com­men­cé à prendre du plai­sir en jouant sur cette mu­sique de sa­loon amu­sante. » Chez sa tante, l’été, à Saint­Al­ban­les­Eaux, les re­pas fa­mi­liaux sont fes­tifs et le jeune Pierre­Ni­co­las ré­gale tout le monde as­sis der­rière le pia­no.

L’amour pour la mu­sique clas­sique ne sur­gi­ra qu’après. Pierre­Ni­co­las Co­lom­bat s’ins­crit dans la di­vi­sion pré­pa­ra­toire du con­ser­va­toire de Pea­bo­dy à Bal­ti­more dans le Ma­ri­land. Un lieu his­to­rique pour les Amé­ri­cains, qui pro­pose à toutes les tranches so­ciales de dé­cou­vrir et ap­prendre la mu­sique clas­sique. « C’est à ce mo­ment que j’ai été ac­cro­ché. J’ai dé­cou­vert La danse ma­cabre de Ca­mille Saint­Saëns et j’ai vou­lu pro­lon­ger l’ex­pé­rience. »

Un par­cours dé­jà élo­quent

De­puis, le jeune homme a étu­dié à Chi­ca­go à l’école de mu­sique de De Paul Uni­ver­si­ty (Ba­che­lor of Mu­sic en 2014) et a tra­vaillé comme pro­fes­seur pour le Me­rit School of Mu­sic. Tou­jours à Chi­ca­go, Pierre­Ni­co­las Co­lom­bat a di­ri­gé la Ber­ry Me­tho­dist Church et rem­por­té le Grand Prix inau­gu­ral du Klein­man Pia­no Com­pe­ti­tion. Au­jourd’hui, il pu­blie des cri­tiques mu­si­cales en pod­casts et aime à organiser des concerts mê­lant langue et mu­sique fran­çaise pour pia­no et vio­lon du dé­but du XXe siècle. Il est égale­ ment l’au­teur de di­vers es­sais.

Jeu­di soir, au mo­ment de mon­ter sur scène, pour la pre­mière fois à Roanne, Pierre­Ni­co­las Co­lom­bat re­vi­vra quelques ins­tants son en­fance. Re­gret­tant que sa grand­mère ne soit plus là pour le voir. « Je n’ai ache­té qu’une par­ti­tion à Roanne, en 2008, à Or­phée mu­sique. C’était Rhap­so­dy in Blue de George Ger­sh­win. Et je vais la jouer jeu­di à Roanne... C’est comme si j’étais rat­tra­pé par mon des­tin… » ■

« Jouer à Roanne, c’est comme si j’étais rat­tra­pé par mon des­tin… »

PAS­CAL JAC­QUET

SOU­VE­NIRS. Chez sa tante à Saint-Al­ban-les-Eaux, Pierre-Ni­co­las Co­lom­bat re­trouve un pia­no et l’émo­tion de son en­fance avant sa pres­ta­tion au théâtre de Roanne jeu­di soir, où il par­ta­ge­ra l’af­fiche avec la so­pra­no So­phie Boyer et le qua­tuor Adé­lys.

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