On a tes­té pour vous la fa­bri­ca­tion de boîtes pour chat

Créée en 1982, ra­che­tée par Nest­lé en 1998, l’usine veau­choise Purina pro­duit des ali­ments pour chat

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

Que cachent l’im­po­sante fa­çade verte et l’im­mense che­mi­née de Purina à Veauche ? Dix consom­ma­teurs ti­rés au sort ont eu la chance, les 18 et 19 mai, de pé­né­trer les cou­lisses de l’usine dans le cadre de l’opé­ra­tion C’est moi qui fa­brique. Le Pays en était. Re­por­tage.

n vous a mon­tré les lignes de pro­duc­tion ce ma­tin ? » hurle notre guide. Fil­trée par les bou­chons d’oreille, la ques­tion se perd dans l’in­fer­nal va­carme. Un signe du men­ton le convainc de pour­suivre. Au sol, les lignes de vie tra­cées au mar­queur jaune ne to­lèrent au­cun écart. On ne plai­sante pas avec la sé­cu­ri­té chez Nest­lé. Im­pos­sible de pé­né­trer le saint des saints sans la te­nue ré­gle­men­taire : blouse à manches longues, chaus­sures de sé­cu­ri­té mon­tantes, lu­nettes de pro­tec­tion, char­lotte et casque. Je n’ai en­fi­lé mes gants qu’après m’être soi­gneu­se­ment la­vé les mains aux portes de l’ate­lier. Et je paie à pré­sent mon étour­de­rie : une veste conser­vée sous l’ha­bit de cos­mo­naute. La cha­leur en­vi­ron­nante est ac­ca­blante. « Per­son­nel­le­ment, ça me rap­pelle mes va­cances aux Mal­dives, plai­sante un cadre. L’été, on voyage plu­tôt en Cen­tra­frique. »

Mais le pire, ici, est de l’ordre ol­fac­tif. Une écoeu­rante, pour ne pas dire in­fecte, odeur de foie flotte dans l’air. Le parfum de cuis­son des co­pro­duits, (com­pre­nez abats, coeurs, peaux des bêtes dé­lais­sés par l’in­dus­trie tra­di­tion­nelle) que n’adou­cissent en rien les ca­rottes du jour. « Ce n’est pas exac­te­ment l’Os­so bu­co du di­manche avait pré­ve­nu Loïc Ci­rou, di­rec­teur de l’usine. Mais c’est ce qui plaît aux chats. »

Une porte s’ouvre sur un pe­tit univers vi­tré et feu­tré. Au poste de mixeur, Da­vid di­rige toutes les cui­sines. Mé­lange des in­gré­dients, ajout de la sau­ ce… D’un doigt, il re­trace le par­cours des pré­pa­ra­tions à l’écran. À Veauche, tout est mé­ca­ni­sé. Les au­to­mates broient, touillent, en­fournent, sou­pèsent. Ils em­plissent, scellent, sté­ri­lisent, emballent. Im­pres­sion­nant ma­nège où ta­pis rou­lants et bras ro­bo­ti­sés ont rem­pla­cé l’in­ter­ven­tion hu­maine.

« Au­jourd’hui, l’es­sen­tiel du tra­vail consiste en du contrôle qua­li­té », sou­ligne Lu­do­vic Ci­rou. Da­vid su­per­vise. Dif­fi­cile, pour le néo­phyte, de cer­ner l’éten­due de ses com­pé­tences et at­tri­bu­tions. « Il connaît le sys­tème dans ses moindres dé­tails, glisse notre guide, en apar­té. Si la ma­chine se dé­règle, il sait, d’ins­tinct, où se trouve le pro­blème et connaît par coeur des di­zaines de re­cettes (l’usine pro­duit 350 ré­fé­rences des marques Gourmet©, Fe­lix©, Pro plan© et Fan­cy feast©, N.D.L.R.). Il faut beau­coup de temps pour par­ve­nir à ce ni­veau de maî­trise. » Une fois toutes les heures, Da­vid quitte son poste pour je­ter un pe­tit ob­jet en fer­raille dans le mixeur. Il s’as­sure ain­si que le dé­tec­teur de mé­taux pla­cé en sor­tie n’est pas dé­fec­ tueux. « La ma­tière pre­mière ne vient pas de chez nous, on ne sait pas ce qu’elle pour­rait conte­nir », ex­plique­t­il.

Un contrôle par­mi les 82.988 vé­ri­fi­ca­tions ef­fec­tuées chaque jour en quête d’une éven­tuelle dé­viance du sys­tème. Il ne suf­fit pas de beau­coup. Une tem­pé­ra­ture un peu trop éle­vée, une sauce trop li­quide… Le bon d’ex­pé­di­tion, lui, est dé­li­vré chaque ma­tin, di­manche et jours fé­riés com­pris, sur le coup des 10 h 30 au terme d’une ins­pec­tion ri­tuelle et mil­li­mé­trée.

Res­pon­sable li­bé­ra­tion des pro­duits, San­dra La Mo­ni­ca gère le “pa­nel” au sein du la­bo­ra­toire cli­ma­ti­sé. Po­chons et boîtes mé­tal­liques pa­tientent sur une im­mense table d’exa­men, clas­sés par lettre et par re­cette. Son bou­lot ­ et le nôtre au­jourd’hui : dé­mou­ler les pré­pa­ra­tions, plus com­plexe qu’il n’y pa­raît. La moitié des fi­let­tines dé­gou­line sur les doigts. « Vous pro­cé­dez comme avec un tube de den­ti­frice, sou­rit San­dra. Ce­la ne marche pas. Il faut pin­cer le sa­chet des deux cô­tés et créer une ou­ver­ture. » Son truc avec les boîtes ? Les ta­po­ter sur un cô­té.

Mé­daillons et ra­goûts plient sous les coups de four­chette. Tout est ca­li­bré, sou­pe­sé. Pré­sence de lé­gumes (au moins cinq mor­ceaux par po­chon), consis­tance de la viande, cou­leurs, odeurs, tex­ture… L’ex­perte, sou­le­vant les mousses à deux doigts pour vé­ri­fier leur te­nue, dé­tecte au pre­mier coup d’oeil d’éven­tuelles fai­blesses. Trop de ge­lée ? Le pro­duit reste com­mer­cia­li­sable mais il fau­dra cor­ri­ger la “dé­viance”. Le groupe ne to­lère au­cune in­car­tade. Une né­ces­si­té pour res­ter lea­der du mar­ché. L’usine de Veauche écoule 130.000 tonnes de pro­duits à l’an­née, dont 75 % partent à l’ex­port condi­tion­nés en sa­chets fraî­cheur et boîtes de 85 grammes.

« Les gens ont l’air heu­reux de tra­vailler ici », constatent les consom­ma­teurs en vi­site dans le cadre de l’opé­ra­tion C’est moi qui fa­brique. Heu­reux et fiers : le se­cret d’une dis­crète réus­site. ■

82.988 contrôles ef­fec­tués chaque jour

PA­NEL. La pro­duc­tion de la veille est pas­sée au crible, chaque ma­tin, par une ving­taine de pa­né­listes dont San­dra La Mo­ni­ca (ici à gauche en com­pa­gnie d’une cliente in­vi­tée).

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