Dans la fa­mille, on a le don dans le sang

Une belle dis­tinc­tion, à quelques jours de la jour­née mon­diale du don du sang

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Au­ré­lie Mar­cha­dier au­re­lie.prud­homme@cen­tre­france.com

Un vi­sage par­mi tant d’autres, ou presque. Anne-Ma­rie, ha­bi­tant le Roan­nais, fait par­tie de ces 1,6 mil­lion de per­sonnes qui, chaque an­née, donnent leur sang. Un acte qu’elle a dé­jà ef­fec­tué plus d’une cen­taine de fois, en toute hu­mi­li­té, sui­vant les pas de ses aî­nés.

Ne cher­chez pas son di­plôme sur les murs du sa­lon. Anne­Ma­rie l’a ran­gé à l’abri des re­gards, dans sa chambre. Tout juste ac­cepte­t­elle d’ar­bo­rer sur sa veste l’in­signe of­fi­ciel or­né du pe­tit coeur rouge. La sexa­gé­naire n’est pas du genre à cher­cher les hon­neurs. Pour­tant, il y a quelques jours, elle a dû mettre sa mo­des­tie de cô­té, le temps d’une cé­ré­mo­nie.

« An­nie » comme on la sur­nomme à Saint­Ger­main­Les­pi­nasse où elle vit, a re­çu le di­plôme of­fi­ciel de don­neur de sang bé­né­vole, 6e ni­veau, sanc­tion­nant le cen­tième don pour les femmes. Un do­cu­ment ac­com­pa­gné du mé­daillon « 1 palme ». « Cer­tains hommes comp­ta­bi­lisent plus de 150 dons », s’em­presse­t­elle de re­pla­cer. « Moi, je n’en ai pas plus que d’autres ». Par 105 fois, elle a tou­te­fois lais­sé un peu d’el­le­même. « Don­ner mon sang, ça a tou­jours cou­lé de source », ra­conte An­nie en sou­riant. Dans sa fa­mille, on a le don dans le sang.

Ces aî­nés, sept frères et soeurs, ont même été dis­tin­gués col­lec­ti­ve­ment en 1965 pour leur gé­né­ro­si­té. « Avec An­drée, ma ca­dette, nous étions à l’époque trop jeunes ». Mais, dès l’âge re­quis, toutes deux ont bien pris la re­lève. « On l’a fait sans trop se po­ser de ques­tion. Ce­la nous a tou­jours sem­blé na­tu­rel ». La date de son pre­mier don, An­nie l’a en tête : « 1971 ». Ex­tir­pée d’un ti­roir de la com­mode, sa pre­mière carte, à la pho­to un peu jau­nie, en té­moigne. « Je les ai toutes conser­vées ». « Ce geste ci­toyen nous a tou­jours pa­ru évident, ra­joute sa soeur An­drée. Hor­mis quand on souffre de sou­cis de santé, c’est une chose que tout le monde peut faire, qui ne rap­porte rien mais ne coûte rien non plus. Et cha­cun peut avoir be­soin de sang, un jour ou l’autre ».

Le Doc­teur Al­bert Fro­get, chef de ser­vice à Éta­blis­se­ment fran­çais du sang (EFS) de Roanne, qui croise ré­gu­liè­re­ment les deux soeurs, confirme. « On voit as­sez sou­vent des don­neurs in­ves­tis de­puis des dé­cen­nies. Dans cer­taines fa­milles, il y a même comme un en­ga­ge­ment “cultu­rel”, entre gé­né­ra­tions, avec des des­cen­dants qui ne font pas que sim­ple­ment “obéir” à leurs aî­nés mais qui portent une vraie mo­ti­va­tion. Par­fois aus­si, des fa­milles ont ren­con­tré un pro­blème de santé lors d’ac­cou­che­ment, de ma­la­dies, né­ces­si­tant des trans­fu­sions qui se sont avé­rées vi­tales. Les don­neurs ont alors été “éclai­rés” à ce mo­ment­là, comme une prise de conscience de l’ex­trême uti­li­té de leur geste ».

Quitte à faire fi de la dou­leur des pi­qûres ? « Je n’ai ja­mais eu d’ap­pré­hen­sion », note An­nie. Pas du genre à se faire du mau­vais sang, An­drée, ac­quiesce. « On ne craint pas les ai­guilles », ra­joute­elle, re­mon­tant sa man­ che qui dé­voile une lé­gère ci­ca­trice au creux du bras, comme un stig­mate. Une fois, An­nie est bien « tom­bée dans les pommes ». « Tout s’est mis à tour­ner. À l’époque, on nous di­sait de ve­nir à jeun. Les choses ont chan­gé ». Une évo­lu­tion que la sexa­gé­naire a pu suivre de près, de l’autre cô­té de la se­ringue. Du­rant des an­nées, elle a en ef­fet in­té­gré l’as­so­cia­tion locale des don­neurs de sang, dis­pa­rue avec la ré­or­ga­ni­sa­tion des col­lectes.

Casse-croûte et soupe aux choux

« On s’était équi­pé avec des lits, des pa­ra­vents. On payait le casse­croûte, la soupe aux choux. Et le sau­cis­son mar­chait bien. Si au­jourd’hui, il faut boire beau­coup de l’eau, il y avait même des bois­sons al­coo­li­sées. Les gens n’étaient pas pres­sés de re­par­tir ! », se re­mé­morent d’une même voix An­nie et Gé­rard Au­cagne, l’an­cien pré­sident. Au­jourd’hui, les bé­né­voles du Centre com­mu­nal d’ac­tion so­ciale ont pris la suite et ac­com­pagnent l’EFS lors des col­lectes.

À 69 ans, An­nie, elle, reste mo­bi­li­sée. Pou­vant par­ti­ci­per jus­qu’à la veille de ses 71 ans, elle compte bien pour­suivre les pré­lè­ve­ments. « Tant que la santé me le per­met ! Mais ce n’est pas un chal­lenge ou un con­cours. Je le fais parce que je peux ». Un geste al­truiste qu’elle a trans­mis à ses en­fants. Dans la fa­mille, bon sang ne sau­rait mentir. ■

« Une chose que tout le monde peut faire, qui ne rap­porte rien, mais ne coûte rien non plus »

A.M.

O+. En­semble, ces soeurs, ha­bi­tant la Côte roan­naise, comp­ta­bi­lisent plus de 200 dons. 105 pour An­nie (ici au pre­mier plan, te­nant sa pre­mière carte de don­neuse), et 96 pour An­drée. De groupe O, elles peuvent don­ner leurs glo­bules rouges aux re­ce­veurs de tous les groupes.

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