La ca­tas­trophe, ils s’y pré­parent…

Les sur­vi­va­listes pré­voient le pire pour en ti­rer le meilleur. Ren­contre dans la Loire

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Zapping - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

The Is­land, À l’état sau­vage, U4... Té­lé­réa­li­té et ro­mans po­pu­la­risent, ces der­nières an­nées, les ex­pé­riences de sur­vie. Dans la Loire, les ano­nymes sont nom­breux à se pré­pa­rer au pire.

Il a com­man­dé un si­rop. Ren­ver­sant tous nos pro­nos­tics. L’image de Ram­bo se dé­lite. Le bon­homme, as­sez peu spor­tif de son aveu, a le look de Kris­to­fer Hiv­ju (sau­va­geon en chef dans la sé­rie Game of thrones) : barbe noire four­nie et re­gard af­fable. L’hu­mour en prime. Voi­là donc le pa­tron ­ vir­tuel ­ des sur­vi­va­listes dans la Loire, ad­mi­nis­tra­teur de la page Fa­ce­book dé­diée au ré­seau fo­ré­zien. 1.048 abon­nés suivent ses post ano­nymes. Thibault se marre. Son cos­tume de “grand ya­ka” l’amuse, voire l’in­dif­fère lui si dis­cret au quo­ti­dien sur ses ac­ti­vi­tés ex­tra­pro­fes­sion­nelles.

Em­ployé dans un la­bo­ra­toire d’op­tique, cet adepte des jeux de rôle gran­deur na­ture s’est conver­ti il y a cinq ans. Vic­time de quatre agres­sions, dont deux au cou­teau, il a ju­gé op­por­tun de se mettre au self­dé­fense. « Un gars m’a par­lé du blog de Da­vid Ma­nise (ins­truc­teur de sur­vie ré­pu­té, N.D.L.R.). J’ai dé­vo­ré ses théo­ries, puis celles de Vol­west (pape de la sur­vie, N.D.L.R.). Tous deux posent la même ques­tion : quoi faire en cas de pé­pin ? » C’est­à­dire en cas d’ac­ci­dent de voi­ture, de frac­ture, d’éga­re­ment en fo­rêt et, plus grave, d’inon­da­tion ou de guerre nu­cléaire. « C’est as­sez chro­no­phage, confie Thibault. Il faut s’étu­dier soi­même. Sa­voir ce qu’on est ca­pable de faire ou d’en­du­rer. »

Quelques ki­los de cro­quettes en ré­serve

La prio­ri­té ? Sa­tis­faire ses be­soins ali­men­taires. Les sur­vi­va­listes, en consé­quence, en­grangent. « Vu la place dont je dis­pose dans mon ap­par­te­ment, j’ai un stock de nour­ri­ture d’un mois », ex­plique le tren­te­naire. Très utile pour faire face à une grève du sec­teur pé­tro­lier ou une pé­riode de chô­mage. Même le chien dis­pose de quelques ki­los de cro­quettes en ré­serve. Thibault as­sure les ro­ta­tions des den­rées pé­ris­sables ; fa­cile pour cet an­cien ca­riste. Mais sa ré­flexion est plus abou­tie. « Je m’in­té­resse aux mé­thodes de conser­va­tion. J’ai ré­cem­ment ap­pris à faire des sau­cis­sons. »

Lors­qu’il n’est pas chez lui, le Fo­ré­zien voyage en com­pa­gnie d’un EDC (pour eve­ry day car­ry). Le sac ne le quitte ja­mais (le jour de son ma­riage, il était à proxi­mi­té, dans la voi­ture d’un té­moin). Pour preuve, son conte­nu at­ter­rit sur la table. À l’in­té­rieur, un in­ven­taire très per­son­nel : un fou­lard, ap­pré­ciable en cas de bles­sure (il est for­mé aux pre­miers se­cours), un gar­rot, du scotch ul­tra­ré­sis­tant « qui a dé­jà ser­vi à ré­pa­rer un ta­lon », en l’oc­cur­rence ce­lui de sa femme, un sty­lo, des gants ni­triles, une cou­ver­ture, quelques mé­di­ca­ments, une cor­de­lette, un cou­teau, une clé USB et un peu de sucre. Et dans ses poches un sif­flet et une lampe torche.

Un mo­dèle XXL du né­ces­saire l’at­tend chez lui. Em­pa­que­té en pré­vi­sion d’une ca­tas­trophe, le ”bug out bag” offre trois jours d’au­to­no­mie aux sur­vi­va­listes, de quoi te­nir jus­qu’à re­joindre un “lieu d’ac­cueil tran­si­toire”. « Le mien ne fait que 26 litres, confie Thibault. Ce n’est certes pas un ar­ché­type mais notre point de re­pli se si­tue au do­mi­cile de mes pa­rents, en ville, à 20 mi­nutes à pied. Alors y in­té­grer un kit de pêche… »

Prag­ma­tique, le Fo­ré­zien n’a ja­mais ten­té d’al­lu­mer un feu par fric­tion. « Je ne sais pas faire… parce que j’ai un bri­quet ! C’est bien la tech­no­lo­gie aus­si. Cer­tains s’en­traînent à vivre dans la fo­rêt. Ils chassent, se nour­rissent avec ce qu’ils trouvent sur place, mais j’ai une femme que ça n’écla­te­rait pas spé­cia­le­ment de jouer à Ra­han. »

S’il aban­donne vo­lon­tiers les ca­banes dans les arbres aux ve­dettes hol­ly­woo­diennes (ne lui de­man­dez pas ce qu’il pense de l’émis­sion Seul face à la na­ture de Bear Grylls, il dé­teste), Thibault en re­vanche a mis le pa­quet sur l’orien­ta­tion. « J’ai ap­pris à lire une carte et j’ai un plan de Saint­Étienne à la mai­son sur le­quel j’ai re­cen­sé les phar­ma­cies, les points ali­men­taires, les sta­tions es­sences, les do­mi­ciles des amis et les mai­sons de re­traite dont les stocks de mé­di­ca­ments sont gé­né­ra­le­ment as­sez four­nis. C’est un phi­lo­sophe ja­po­nais qui di­sait : es­pé­rer le meilleur, pré­voir le pire. »

Thibault échange très ré­gu­liè­re­ment avec une soixan­taine de Li­gé­riens convain­cus. « C’est un mi­lieu très hé­té­ro­clite, sou­li­gnet­il. Où se croisent père de fa­mille mu­sul­man, an­cien punk anar­chiste de­ve­nu en­tre­pre­neur, ul­tra­ca­tho… Quelques désaxés aus­si. Le sur­vi­va­lisme a connu un gros boom après les at­ten­tats de 2015. Les gens ont pris peur. Cer­tains se sont ar­més par ce biais. Je leur pré­fère, per­son­nel­le­ment, ceux qui cherchent à re­con­qué­rir leur li­ber­té vis­à­vis de tous les sys­tèmes. » ■

« J’ai une femme que ça n’écla­te­rait pas spé­cia­le­ment de jouer à Ra­han »

PHO­TO D’ILLUS­TRA­TION

CONVAIN­CUS. Cer­tains Li­gé­riens s’en­traînent à vivre dans la na­ture. Thibault, lui, n’en voit pas l’uti­li­té.

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