Jean-Marc Gal­ley a pas­sé la main

Laurent Car­din adou­bé di­rec­teur gé­né­ral du groupe France dis­tri­bu­tion ges­tion (FDG)

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Pays D'astrée - Ro­dolphe Mon­ta­gnier ro­dolphe.mon­ta­gnier@cen­tre­france.com

Trente ans après son ar­ri­vée dans une pe­tite en­tre­prise en dif­fi­cul­tés fi­nan­cières, Jean-Marc Gal­ley a trans­mis le pou­voir dans un groupe de­ve­nu « un des lea­ders eu­ro­péens spé­cia­li­sés dans la créa­tion et la com­mer­cia­li­sa­tion de gammes non ali­men­taires en grande dis­tri­bu­tion ». France dis­tri­bu­tion ges­tion (FDG) re­ven­dique « plus de 65 mil­lions d’ar­ticles ven­dus chaque an­née en France » et compte 750 col­la­bo­ra­teurs dont une cin­quan­taine sur le site lo­gis­tique de Feurs.

C’était la soi­rée qu’il ne fal­lait pas man­quer, à Feurs, la se­maine der­nière. Celle où il fal­lait d’abord être in­vi­té pour pré­tendre faire par­tie des Fo­ré­ziens qui comptent et se mon­trer en­suite, pas os­ten­si­ble­ment mais dis­crè­te­ment au contraire, de pré­fé­rence dans une te­nue clas­sique mais élé­gante. À l’image de l’hôte de ce ven­dre­di 9 juin, im­pec­cable dans son cos­tume bleu nuit et sa che­mise bleu ciel mal­gré une cha­leur étouf­fante, pré­ve­nant et at­ten­tif avec cha­cun de ses quelque trois cents in­vi­tés dès le por­tail d’en­trée de son en­tre­prise de la zone in­dus­trielle du Fo­rum II…

Une re­struc­tu­ra­tion sal­va­trice

Trois dé­cen­nies après son ar­ri­vée chez Des­places, gros­siste fo­ré­zien en mer­ce­rie, tex­tile et chaus­sures, Jean­Marc Gal­ley a trans­mis les rênes de France dis­tri­bu­tion ges­tion (FDG) à son suc­ces­seur, Laurent Car­din, qua­dra­gé­naire is­su de la fi­nance. Le pre­mier était un mo­deste comp­table qui avait tra­vaillé au sein des Forges sté­pha­noises et chez Schlum­ber­ger quand il a été sol­li­ci­té, en 1986, pour ve­nir mettre de l’ordre au sein d’une en­tre­prise en dif­fi­cul­tés fi­nan­cières.

« Un peu sur un coup de tête, j’ai quit­té mon confort pour re­le­ver ce chal­lenge, a ex­pli­qué Jean­Marc Gal­ley à ses in­vi­tés. Les dé­buts n’ont pas été simples. Les lo­caux de la rue de Brosses étaient vé­tustes, exi­gus et il a fal­lu gé­rer en ser­rant très fort les bou­lons. » Quelques an­nées plus tard, ce­lui qui n’est « que » comp­table dé­cide de re­prendre la so­cié­té Des­places et de l’orien­ter vers la grande dis­tri­bu­tion ; une stra­té­gie qui a fait le suc­cès de la PME fo­ré­zienne de­ve­nue un vrai groupe, em­ployant quelque 750 col­la­bo­ra­teurs, ven­dant 65 mil­lions d’ar­ticles par an et af­fi­chant 125 mil­lions d’eu­ros de chiffre d’af­faires (lire ci­des­sous).

L’ins­pi­ra­tion de Jean­Marc Gal­ley a été de com­prendre que l’en­tre­prise fa­mi­liale qu’il avait in­té­grée n’avait d’ave­nir qu’en in­ves­tis­sant et en se mo­der­ni­sant. Le re­pre­neur es­time qu’il faut s’ap­puyer sur FDG, un grou­pe­ment mis en place par quatre dis­tri­bu­teurs au­quel a adhé­ré l’en­tre­prise Des­places, qui per­met de ser­vir une grande dis­tri­bu­tion ayant dé­jà pris beau­coup de poids dans l’éco­no­mie hexa­go­nale.

Jean­Marc Gal­ley crée FDG 42. Après une com­mer­cia­li­sa­tion plus ra­tio­na­li­sée (il fe­ra no­tam­ment une croix sur les pro­duits ne pos­sé­dant pas une forte va­leur ajou­tée comme les pulls, les pan­toufles…) dans les dé­par­te­ments li­mi­trophes (Hau­teLoire, Puy­de­Dôme, Saône­etLoire, Al­lier…), il part « à la conquête de l’Ouest » et ra­chète un confrère, à Li­moges. L’en­tre­prise fo­ré­zienne double sa taille et dé­mé­nage rue de Ran­dan, tou­jours à Feurs. Cinq ans plus tard, nou­veau ra­chat, à Mont­pel­lier cette fois­ci, avant que FDG 42 ne se dé­ve­loppe à l’Est, en 2001, à Gre­noble et Lyon.

Crois­sance ex­terne et LBO

Il des­sert alors des en­seignes dans une ving­taine de dé­par­te­ments mais l’en­tre­pre­neur ne veut pas s’ar­rê­ter en si bon che­min. En 2004, il dé­cide faire construire un nou­vel en­tre­pôt de 4.000 m², ZI du Fo­rum II, aus­si bien pour as­seoir le déve­ lop­pe­ment de son en­tre­prise que pour pé­ren­ni­ser l’im­plan­ta­tion fo­ré­zienne d’une so­cié­té qui a dé­sor­mais une am­bi­tion na­tio­nale. Une ex­ten­sion de 1.600 m² a été édi­fiée en 2016 moyen­nant un in­ves­tis­se­ment de 800.000 €. La crois­sance ex­terne n’a pas ces­sé, à l’image du ra­chat de Del­sol en 2003 (en­tre­prise de Chas­se­neuil­du­Poi­tou, dans la Vienne, spé­cia­li­sée dans l’or­ne­ment de coif­fure et plus spé­cia­le­ment dans la fa­bri­ca­tion de mon­tures mé­tal­liques pour bar­rette) ou d’Har­mo­ny, fa­bri­cant de jouets de Sainte­Si­go­lène ra­che­té en 2013 alors qu’il était en pro­cé­dure de sau­ve­garde ju­di­ciaire. Entre­temps, en 2010 exac­te­ment, un fonds d’in­ves­tis­se­ment al­le­mand, Deutsche Be­tei­li­gungs AG (DBAG), a ra­che­té 80 % de FDG via un LBO (le­ve­rage buy­out, un mon­tage ju­ri­di­co­fi­nan­cier de ra­chat d’en­tre­prise par ef­fet de le­vier, c’est­à­dire par re­cours à un fort en­det­te­ment ban­caire).

Voi­là com­ment Laurent Car­din, en­tré chez FDG en 2012, se re­trouve dé­sor­mais di­rec­teur gé­né­ral d’un « ac­teur ma­jeur de l’uni­vers non ali­men­taire de la grande dis­tri­bu­tion ». FDG as­sure la concep­tion, le dé­ve­lop­pe­ment et la com­mer­cia­li­sa­tion de gammes de pro­duits dits « de niche », com­pre­nez très ci­blés et très spé­ci­fiques, pour les grandes et moyennes sur­faces.

Du temps pour la So­cié­té hip­pique de la Loire

De­ve­nu un ex­pert du sour­cing, c’est­à­dire de la re­cherche de four­nis­seurs (es­sen­tiel­le­ment en Asie), jus­qu’à la ges­tion com­plète du li­néaire dans le lieu de vente, le groupe s’est spé­cia­li­sé dans ce que les pro­fes­sion­nels ap­pellent « les achats d’im­pul­sion », des pro­duits com­mer­cia­li­sés au prix de quelques eu­ros, pro­duits qui doivent être vus grâce à leur pa­cka­ging et leur em­pla­ce­ment.

Gé­rer quelque 12.000 ré­fé­rences dans une quin­zaine de gammes al­lant du tex­tile (mer­ce­rie, se­melles, la­cets, col­lants…) à l’hy­giène et la beau­té (ac­ces­soires coif­fure, ma­quillage, pa­ra­phar­ma­cie) en pas­sant par le ba­zar (ac­ces­soires de cui­sine, bros­se­rie, bri­co­lage, four­ni­tures sco­laires, al­bums et images Pa­ni­ni…) et le jouet est un sa­voir­faire que maî­trise le « bé­bé » de Jean­Marc Gal­ley. Qui a presque cou­pé le cor­don om­bi­li­cal. L’homme va sié­ger au conseil de sur­veillance du groupe mais il au­ra beau­coup plus de temps à consa­crer à la So­cié­té hip­pique de la Loire dont il est le tré­so­rier. ■

Tout a com­men­cé en 1989 avec la re­prise de l’en­tre­prise Des­places, à Feurs

Une clien­tèle d’en­seignes de la grande dis­tri­bu­tion

SOU­VE­NIR. Jean-Pierre Taite et Jean-Marc Gal­ley (de gauche à droite) se sont prê­tés au jeu du pho­to call, his­toire d’im­mor­ta­li­ser le mo­ment.

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