Agnès Bars­ki, me­neuse d’hommes

De­puis près de 20 ans, la Ta­ra­rienne est à la ba­guette dans le monde très mas­cu­lin du bâ­ti­ment D’abord in­fir­mière li­bé­rale, Agnès Bars­ki a to­ta­le­ment chan­gé de vo­ca­tion pour in­té­grer le monde du bâ­ti­ment, où elle a fait de sa condi­tion fé­mi­nine une force

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Fa­bien Gau­vin fa­bien.gau­vin@cen­tre­france.com

Réunion de chan­tier comme tant d’autres pour Agnès Bars­ki, qui aime à sou­li­gner sa pré­sence fré­quente sur le ter­rain. « Au mi­lieu des hommes », elle est in­ter­pel­lée par un ar­chi­tecte. “Qu’est­ce que vous faites là ? Vous se­riez mieux dans votre bu­reau !”, lui lance­t­il. Loin d’être dé­con­te­nan­cée, la quin­qua­gé­naire à l’al­lure soi­gnée lui ré­pond alors sur le fond et af­firme sa lé­gi­ti­mi­té. « Je lui ai mon­tré que je maî­tri­sais mon su­jet », ex­plique­t­elle sim­ple­ment au­jourd’hui. Il n’em­pêche que la scène, sans être ré­cur­rente, de­meure symp­to­ma­tique d’une cer­taine vi­sion de la pa­ri­té dans le monde tou­jours très mas­cu­lin du bâ­ti­ment.

« C’était un chal­lenge, mais je sa­vais que je pou­vais ap­por­ter quelque chose »

Ce­la n’a pour­tant pas em­pê­ché Agnès Bars­ki de quit­ter son poste d’in­fir­mière li­bé­rale, qu’elle exer­çait de­puis une dé­cen­nie, pour re­joindre son ma­ri à la di­rec­tion des Toi­tures Bars­ki, à Pont­char­ra­sur­Tur­dine. Sept ans après que ce com­pa­gnon du de­voir a créé son en­tre­prise, il cherche quel­qu’un pour le se­con­der. « C’était un chal­lenge, mais je sa­vais que je pou­vais ap­por­ter quelque chose », ra­conte­t­elle avec as­su­rance. Il est vrai que l’ave­nir lui don­ne­ra rai­son. D’em­blée, Agnès Bars­ki se sai­sit de sa tâche avec convic­tion et am­bi­tion. Étran­gère à ce mi­lieu du bâ­ti­ment et aux contraintes ad­mi­nis­tra­tives qui l’en­tourent, elle se forme à grande vi­tesse tout en fai­sant évo­luer l’en­tre­prise. Elle en in­for­ma­tise la ges­tion, re­prend la com­mu­ni­ca­tion, crée un site in­ter­net… « Tout ce qu’un ar­ti­san n’a pas for­cé­ment le temps de faire, plon­gé dans ses chan­tiers », dé­ taille­t­elle.

La for­mule est vi­si­ble­ment ga­gnante puisque sous l’im­pul­sion du couple, la struc­ture se dé­ve­loppe pro­gres­si­ve­ment, pas­sant no­tam­ment de quatre em­ployés en 1998 à 14 au­jourd’hui. Char­pente, cou­ver­ture, zin­gue­rie ou mai­son os­sa­ture bois, la firme est équi­pée pour tous les types de chan­tier, des par­ti­cu­liers à ceux plus im­po­sants comme le Nin­ka­si à Ta­rare, la mai­rie de Villefranche­surSaône ou en­core quelques châ­teaux et églises des en­vi­rons. Avec 1,5 M€ de chiffre d’af­faires an­nuel et un car­net de com­mandes bien rem­pli, l’en­tre­prise des Toi­tures Bars­ki semble avoir trou­vé la bonne for­mule. « Rien n’est ac­quis, il faut être en per­pé­tuel mou­ve­ment », pré­ vient tou­te­fois cette ma­man de trois en­fants.

« Les femmes ont toute leur place dans le bâ­ti­ment »

La réus­site de l’en­tre­prise et son la­beur lui ont en tout cas per­mis d’as­seoir dé­fi­ni­ti­ve­ment sa lé­gi­ti­mi­té, en même temps que les mentalités évo­luaient (très) pro­gres­si­ve­ment quant à la pré­sence fé­mi­nine, qu’elle soit dans le monde du bâ­ti­ment ou même de la di­rec­tion d’en­tre­prise. « Je pense que les femmes ont toute leur place dans le bâ­ti­ment. Il y a une évo­lu­tion, mais il reste en­core beau­coup à faire », té­moigne­t­elle. D’où sa vo­lon­té de dé­mon­trer au plus grand nombre tout l’in­té­rêt de sa pré­sence, et plus lar­ge­ment celle d’autres femmes au sein de mi­lieux éti­que­tés mas­cu­lins. « La mixi­té dans une en­tre­prise, c’est une vraie force pour la réus­site. On amène un dy­na­misme, un op­ti­misme, as­sure la na­tive de Joux. Je suis très pré­sente au­près des sa­la­riés, ça per­met de faire pas­ser des mes­sages en dou­ceur, de désa­mor­cer les éven­tuels conflits », note dans un sou­rire celle qui joue tou­jours un rôle in­for­mel d’in­fir­mière au­près de ses em­ployés.

En­core de nou­veaux chan­tiers à dé­ve­lop­per

En per­pé­tuelle re­cherche de pro­grès au sein d’un mé­tier qui « évo­lue beau­coup » et où « on ne s’en­nuie ja­mais », Agnès Bars­ki a lo­gi­que­ment in­té­gré le groupe de femmes de l’or­ga­ni­sa­tion pro­fes­sion­nelle du BTP du Rhône, un sou­tien qui s’est avé­ré pré­cieux pour celle qui était no­vice. À rai­son d’une fois par mois, elle échange avec ses congé­nères sur dif­fé­rents thèmes, qu’ils soient tech­niques ou ad­mi­nis­tra­tifs. « C’est très en­ri­chis­sant, on se rend compte que l’on n’est pas seule dans notre quo­ti­dien », confie­t­elle à ce su­jet. Elle abor­de­ra pro­ba­ble­ment avec elles les fu­turs chan­tiers aux­quels elle compte s’at­te­ler afin de pour­suivre le dé­ve­lop­pe­ment des Toi­tures Bars­ki. Si la vo­lon­té n’est plus de faire gros­sir l’en­tre­prise ­ « Ça de­vient com­pli­qué, il y a beau­coup de contraintes ad­mi­nis­tra­tives et ré­gle­men­taires » ­, la dy­na­mique co­gé­rante en­tend bien ne pas se re­po­ser sur ses lau­riers. Pho­to­vol­taïque en au­to­con­som­ma­tion et trai­te­ment ef­fi­cace des dé­chets sont en ef­fet, dé­jà, les pro­chains des­seins d’Agnès Bars­ki. « J’ai tou­jours été une me­neuse, de­puis toute pe­tite », af­firme­t­elle. Ils sont quelques­uns à l’avoir dé­cou­vert de­puis. ■

PHO­TO FA­BIEN GAU­VIN

CHAN­TIERS. Dé­ve­lop­per le pho­to­vol­taïque et faire la chasse au gas­pillage et aux dé­chets de l’en­tre­prise : telles sont les deux pro­chaines prio­ri­tés d’Agnès Bars­ki pour conti­nuer à me­ner les Toi­tures Bars­ki vers l’ex­cel­lence.

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