160 ans d’hip­pisme dans le Fo­rez

Feurs va pro­fi­ter de la fête de l’hip­po­drome pour cé­lé­brer 160 ans d’hip­pisme, sa­me­di 24 juin

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Forez Est - Jean-Fran­çois Ver­net jean-fran­cois.ver­net@cen­tre­france.com

La So­cié­té hip­pique de la Loire a vu le jour en sep­tembre 1857, à l’ini­tia­tive d’Emmanuel de Pon­cins et Fran­cisque Ba­laÿ. Re­tour sur 160 ans d’hip­pisme dans le Fo­rez, de Ci­vens à Feurs, d’Emmanuel de Pon­cins à Gé­rard Va­cher…

Le Fo­rez et les che­vaux, c’est une longue his­toire. La So­cié­té hip­pique de la Loire cé­lèbre cette an­née son 160e an­ni­ver­saire. Une belle lon­gé­vi­té pour une as­so­cia­tion ja­dis ap­pe­lée « So­cié­té d’en­cou­ra­ge­ment pour la pro­duc­tion et l’éle­vage de che­vaux dans la Loire » qui a vu le jour grâce à la per­sé­vé­rance de deux pas­sion­nés d’équi­dés, le mar­quis Emmanuel de Pon­cins et Fran­cisque Ba­laÿ, mal­gré les ré­ti­cences du pré­fet de l’époque, per­sua­dé que le Fo­rez n’était pas une terre où on pou­vait éle­ver des che­vaux.

L’idée était de don­ner en­vie aux agri­cul­teurs lo­caux les plus ai­sés de s’in­té­res­ser à l’éle­vage de che­vaux et d’en pos­sé­der eux­mêmes. Les deux pré­cur­seurs, riches Fo­ré­ziens et pro­prié­taires de nom­breuses terres, ont bé­né­fi­cié de l’ap­pui du duc de Per­si­gny, un Li­gé­rien membre du conseil pri­vé de l’em­pe­reur Na­po­léon III, pour or­ga­ni­ser la toute pre­mière réunion hip­pique, le 13 sep­tembre 1858. À cette époque, la ville de Feurs est plé­bis­ci­tée pour sa cen­tra­li­té dans le dé­par­te­ment. Le tout pre­mier hip­po­drome voit le jour à la sor­tie Nord de Feurs, sur une pro­prié­té de la fa­mille de Vi­vens. Une piste en ga­zon de 1.800 mètres est dans un pre­mier temps construite. Puis des tri­bunes sont pro­gres­si­ve­ment ajou­tées. L’hip­po­drome de Ci­vens est né.

Mal­gré la réus­site de cette pre­mière réunion, l’ad­mi­nis­tra­tion n’est pas convain­cue par le choix d’im­plan­ter des réunions à Feurs. En 1859, elle im­pose un concours à Roanne, au­quel ne par­ti­cipent qu’une ving­taine de che­vaux, contre soixante­dix dans les courses or­ga­ni­sées à Feurs. Un cré­dit ren­for­cé par la créa­tion d’une école de dres­sage, à l’ini­ta­tive du mar­quis de Pon­cins en 1864. Il fait ap­pel à un en­traî­neur an­glais en poste à Chan­tilly. Des concours de dres­sage sont mis en place alors qu’un ma­ré­chal­fer­rant pa­ri­sien vient en­sei­gner son mé­tier dans le ha­ras du mar­quis, à Saint­Cyrles­Vignes. Trop oné­reuse, l’école ferme ses portes en 1868.

Les courses de 1870 sont an­nu­lées en rai­son de la guerre fran­co­prus­sienne. Elles ne re­prennent qu’en 1871, après la dé­faite fran­çaise. Les sub­ven­tions ont lar­ge­ment di­mi­nué et les co­ti­sants de la so­cié­té ont été ré­duits de moi­tié. Las, le mar­quis de Pon­cins dé­mis­sionne en 1872 et cède sa place à Jo­seph Pal­luat de Besset.

Dans les an­nées 1880­90, deux sources d’ar­gent per­mettent à la so­cié­té hip­pique li­gé­rienne de s’étof­fer : la part que doivent re­ver­ser les grandes so­cié­tés hip­piques pa­ri­siennes à celles de pro­ vince et sur­tout le pa­ri mu­tuel, an­cêtre du PMU, qui prend de plus en plus d’im­por­tance. Bien sou­te­nue par la Ville et les do­na­teurs lo­caux ­ par­mi les­quels Geof­froy Gui­chard, épi­cier fo­ré­zien qui créa Ca­si­no et Mon­sieur Go­léo, grand­père de Ray­mond Go­léo, pré­sident de la so­cié­té hip­pique jus­qu’à sa dis­pa­ri­tion en 2015 ­ la so­cié­té hip­pique mul­ti­plie les dates au cours de l’an­née. Mais elle est frei­née par la Pre­mière guerre mon­diale et les courses pré­vues les 13 et 14 sep­tembre 1914 sont an­nu­lées. L’ac­ti­vi­té re­prend en sep­tembre 1919, de­vant plus de 3.000 per­sonnes. Les membres de la so­cié­té s’aper­çoivent que les in­fra­struc­tures sont dé­pas­sées et trop pe­tites.

Un nou­vel hip­po­drome si­tué au coeur de la ville

La mai­rie de Feurs, di­ri­gée par An­toine Dri­vet, pro­pose alors de construire un nou­vel hip­po­drome en plein coeur de la ville, sur le parc de l’an­cien couvent des Mi­nimes qui ap­par­te­nait à la mar­quise de Vi­vens, dis­pa­rue en 1905.

Le pro­jet d’une piste de 1.325 mètres en herbe prend forme. Les 6 et 7 sep­tembre 1925, le nou­vel hip­po­drome est inau­gu­ré. Son al­lure très mo­derne et la hausse ful­gu­rante de sa fré­quen­ta­tion font par­ler jus­qu’à Pa­ris. Dans le mi­lieu hip­pique, on lui at­tri­bue le sur­nom de « Chan­tilly du Fo­rez ». Dès 1927, une troi­sième jour­née de réunion hip­pique s’ajoute au ca­len­drier, puis une cin­quième en 1933. L’entre­deux­guerres semble avoir été l’âge d’or des courses hip­piques. Lors de la réunion du pre­mier di­man­ che de sep­tembre 1933, plus de 10.000 per­sonnes sont pré­sentes dans les tra­vées de l’hip­po­drome.

En 1950, la piste de­vient cir­cu­laire, les courses d’obs­tacles ayant été aban­don­nées. Au fil des ans, les courses de trot et de ga­lop s’en­chaînent. Les re­touches ré­gu­lières per­mettent d’en­tre­te­nir l’al­lure du « Chan­tilly du Fo­rez ». Mais il faut at­tendre 1989 pour que l’hip­po­drome prenne l’al­lure qu’on lui connaît.

Claude Bar­bot, vice­pré­sident de la So­cié­té hip­pique de la Loire était alors conseiller mu­ni­ci­pal sous la man­da­ture d’An­dré De­lorme. Il ra­conte : « Le maire avait de­man­dé à quelques élus d’in­té­grer la so­cié­té pour vé­ri­fier que les in­ves­tis­se­ments de la com­mune étaient bien uti­li­sés. De­puis, je n’ai plus quit­té la so­cié­té hip­pique. » Un bâ­ti­ment re­grou­pant les ba­lances, le res­tau­rant pa­no­ra­mique, les ves­tiaires et une tri­bune de 900 places voit le jour. Au dé­but des an­nées 90, la piste en herbe laisse place à une piste en sable, plus ra­pide et spé­ci­fique au trot.

Sous la pré­si­dence de Ray­mond Go­léo, l’hip­po­drome s’équipe de stalles et de boxes et se voit clas­sé en pre­mière ca­té­go­rie. En 2006, il or­ga­nise un pre­mier Quin­té PMU et se dote de la salle Équi­fo­rum en 2010. Si la si­tua­tion n’est plus aus­si flo­ris­sante au­jourd’hui, avec la ra­ré­fac­tion du nombre de pa­rieurs, l’hip­po­drome de Feurs peut comp­ter sur la vo­lon­té des bé­né­voles de la So­cié­té hip­pique pour conti­nuer à écrire son his­toire sans craindre le pire. Après tout, en 1857, per­sonne n’au­rait pa­rié un sou sur une telle aven­ture… ■

Dans le mi­lieu hip­pique, on lui donne le sur­nom de « Chan­tilly du Fo­rez »

PH. SO­CIÉ­TÉ HIP­PIQUE DE LA LOIRE

SUR­NOM. Construit en 1925, l’hip­po­drome de Feurs fut ra­pi­de­ment sur­nom­mé le « Chan­tilly du Fo­rez ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.