Du Con­corde aux vi­gnobles de la Côte

L’an­cien pi­lote de ligne d’Air France s’est re­con­ver­ti en vi­gne­ron passionné

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Ma­rine Hen­que­net ma­rine.hen­que­net@cen­tre­france.com

« Il faut se for­mer tout au long de sa vie, il ne faut pas avoir peur d’af­fron­ter la sé­lec­tion », c’est ce que conseille Alain de Va­lence, pi­lote de ligne puis ex­pert en aé­ro­nau­tique, re­con­ver­ti vi­gne­ron en Côte Roan­naise.

Alain de Va­lence est né à Roanne, en 1947. « Je suis al­lé à l’école com­mu­nale de Saint­Haonle­Vieux, puis au ly­cée Jean­Puy à Roanne, avant de faire une pré­pa Maths sup’à SaintÉ­tienne. Je me sou­viens qu’à l’époque, mes profs me di­saient que j’étais in­apte à pour­suivre des études su­pé­rieures ! À 16 ans, je pas­sais mon temps sur la pla­te­forme de Roanne et la passion des avions m’a pous­sé à ac­cé­der à ces car­rières qui font rê­ver mais qui de­mandent un grand in­ves­tis­se­ment, de l’ab­né­ga­tion, de la constance et du men­tal. »

En 1969, Alain de Va­lence par­ti­cipe au pre­mier vol du Con­corde dans le cadre de sa for­ma­tion. « On avait sui­vi toutes les étapes de pré­pa­ra­tion de ce vol. On s’est re­trou­vé au bord de la piste avec des mil­liers de per­sonnes à contem­pler le dé­part et l’at­ter­ris­sage du Con­corde. C’était sur­pre­nant et très mar­quant. Je me sou­viens d’ailleurs que le pi­lote n’avait pas ren­tré le frein ! », sou­rit­il.

Alain de Va­lence réus­sit le concours d’en­trée à l’ENAC (école na­tio­nale de l’avia­tion ci­vile). Après son ser­vice mi­li­taire comme pi­lote mi­li­taire dans la ma­rine, il in­tègre la so­cié­té Air France et com­mence à vo­ler sur la my­thique Ca­ra­velle en 1971.

En 1978, il change de re­gistre en pas­sant du cô­té des long­scour­riers, le Boeing 707 : « J’ai eu la chance de dé­cou­vrir le monde et de voir évo­luer mon mé­tier. On n’ima­gine même pas com­ment les choses changent en 50 ans. Je suis al­lé à Ber­lin, à l’époque en Al­le­magne de l’Est, et pour ce­la il fal­lait em­prun­ter des cou­loirs aé­riens très pré­cis. Tous les vols étaient sur­veillés. Les Russes ne vou­laient pas que l’on voit ce qu’ils avaient dé­ployé en Al­le­magne de l’Est. »

En 1992, il s’oriente vers un do­maine qui « n’était pas une vo­ca­tion pre­mière » : l’ex­per­tise en aé­ro­nau­tique. Il sui­vra une ses­sion de six mois pour ap­prendre les pro­cé­dures afin de pou­voir être ins­crit sur la liste de la Cour d’Ap­pel. Le Roan­nais a ain­si été ex­pert ju­di­ciaire pour le crash du vol d’Air France RioPa­ris en 2009, puis ce­lui d’Air Al­gé­rie, au Ma­li, en 2014. « Ces af­faires sont ex­trê­me­ment longues à élu­ci­der. J’ai tra­vaillé sur l’af­faire Rio­Pa­ris, tous les jours du­rant trois ans. Elle de­vrait être d’ailleurs trai­tée l’an­née pro­chaine. Les cas sont à chaque fois ex­ces­si­ve­ment va­riés, ce qui oblige l’ex­pert a une grande hu­mi­li­té. »

Une re­traite dans les vignes

Du­rant ces nom­breuses an­nées, Alain de Va­lence a pu ob­ser­ver l’évo­lu­tion de son mé­tier en termes de des­ti­na­tions, de tech­niques, de so­cio­lo­gie des pas­sa­gers… « En terme de sé­cu­ri­té, nous fai­sons du proac­tif, nous in­ter­ve­nons avant. Glo­bal­le­ment, l’avion en lui­même est moins la cible des ter­ro­ristes qu’au­tre­fois. Do­ré­na­vant, ils s’at­taquent plus à l’aé­ro­port qu’à l’avion », ana­lyse­t­il.

En 2002, à l’âge de 55 ans, le pi­lote de ligne change de cap. Il dé­cide de re­don­ner de la vie à ses terres et de pro­duire du vin sur sa Côte roan­naise. « C’était un choix de rai­son pour va­lo­ri­ser et ren­ta­bi­li­ser cer­tains ter­rains. Je par­tais à l’aven­ture, mais elle était rai­son­née ! Pen­dant ma for­ma­tion vi­ti­cole, j’ai été ini­tié à l’édu­ca­tion au goût. Dé­bu­ter dans ce mi­lieu n’a pas été une crainte car j’ai été ac­com­pa­gné par de nom­breux vi­gne­rons. C’est un mi­lieu très so­li­daire. La vigne n’a pas chan­gé en 2.000 ans, c’est la connais­sance qui a chan­gé. On es­saie d’en­tre­te­nir un éco­sys­tème. C’est ce qui me pas­sionne et ce qui a don­né nais­sance au do­maine de La Chambre, à SaintHaon­le­Vieux. »

Cet ac­tif re­trai­té, père de quatre en­fants, dont trois fils, tous pi­lotes, par­tage son temps entre ses vignes, son gîte et l’avia­tion, qui reste très pré­sente dans sa vie. « Du­rant toutes ces an­nées, j’ai eu la chance de ne ja­mais tom­ber dans la rou­tine. C’est es­sen­tiel à mes yeux. » ■

« Do­ré­na­vant, les ter­ro­ristes s’at­taquent plus à l’aé­ro­port qu’à l’avion »

BI­JOU. Alain de Va­lence à bord de son Swift, un avion da­tant de 1946 qu’il s’est pro­cu­ré en 1995, aux États-Unis.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.