Che­ne­reilles vent de­bout contre le Taf­ta

Le vil­lage de 500 âmes af­fiche son op­po­si­tion au pro­jet de trai­té de libre­échange avec les USA

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Vie départementale L'actu - Jean-Fran­çois Ver­net jean-fran­cois.ver­net@cen­tre­france.com

Le pe­tit vil­lage de Che­ne­reilles fait de la ré­sis­tance. Conscient des con­sé­quences pour ses agri­cul­teurs et pour l’éco­no­mie lo­cale, il s’est of­fi­ciel­le­ment op­po­sé au pro­jet d’ac­cord de li­breé­change trans­at­lan­tique entre l’Eu­rope et les ÉtatsU­nis, plus connu sous l’acro­nyme de « Taf­ta ».

Le pan­neau d’en­trée de vil­lage an­nonce la cou­leur. Che­ne­reilles est une « com­mune hors Taf­ta ».

Ces pan­cartes ont été ins­tal­lées en 2016, suite à un con­seil municipal au cours du­quel les élus du vil­lage ont vo­té à l’una­ni­mi­té le re­fus « de toute ten­ta­tive d’af­fai­blir le cadre ré­gle­men­taire na­tio­nal ou eu­ro­péen en ma­tière de san­té, d’environnement et de pro­tec­tion des tra­vailleurs et des consom­ma­teurs. Les élus ont aus­si de­man­dé aux ins­tances fran­çaises char­gées de ra­ti­fier le trai­té de s’y op­po­ser s’il « ne de­vait pas être pro­tec­ teur des ci­toyens eu­ro­péens ».

Che­ne­reilles, pe­tit vil­lage de 500 âmes, ne veut pas en­tendre par­ler de ce pro­jet d’ac­cord trans­at­lan­tique entre l’Eu­rope et les États­Unis. Et il le clame haut et fort. Suf­fi­sant pour faire trem­bler le pays de l’oncle Sam et obli­ger les res­pon­sables des puis­sances mon­diales à faire ma­chine ar­rière ? Évi­dem­ment pas. Mais c’est bien l’ad­di­tion de ces pe­tites ini­tia­tives qui ont frei­né la dé­marche. « Une pé­ti­tion contre le Taf­ta a réuni plus de deux mil­lions de si­gna­tures au ni­veau eu­ro­péen », as­sure Serge Vray, le maire de Che­ne­reilles.

Une concur­rence dé­loyale pour les agri­cul­teurs

C’est Da­mien Fal­gon, un agri­cul­teur du vil­lage éga­le­ment conseiller municipal, qui a in­ter­pel­lé les autres élus, dé­but 2016. Le maire ra­conte : « Il y a eu des fuites as­sez in­quié­tantes sur le conte­nu de ce trai­té, qui fa­vo­ri­se­rait la do­mi­na­tion des mul­ti­na­tio­nales eu­ro­péennes et amé­ri­caines au dé­tri­ment des ci­toyens. On a ra­pi­de­ment or­ga­ni­sé une soi­rée dé­bat avec les ha­bi­tants du vil­lage, en pré­sence du porte­pa­role de la Con­fé­dé­ra­tion pay­sanne Laurent Pi­na­tel et de membres d’At­tac (As­so­cia­tion pour la taxa­tion des tran­sac­tions fi­nan­cières et pour l’ac­tion ci­toyenne). Ce­la nous a per­mis de dé­battre des con­sé­quences au ni­veau in­ter­na­tio­nal, na­tio­nal, mais aus­si lo­cal », sou­ligne l’édile.

Et les craintes, réelles, étaient nom­breuses en cas de si­gna­ture de ce trai­té qui semble, à ce jour, avoir du plomb dans l’aile.

« Le Taf­ta, c’est la baisse des droits de douane, ce qui met­trait nos agri­cul­teurs dans une si­tua­tion de concur­rence en­core plus dé­loyale, face à un pays qui n’ap­plique pas les mêmes normes. L’ou­ver­ture du mar­ché eu­ro­péen en­traî­ne­rait l’en­trée de pro­duits à bas coûts de l’agro bu­si­ness états­unien : boeuf aux hor­mones, vo­lailles la­vées au chlore, OGM, ani­maux nour­ris aux fa­rines ani­males… »

La ques­tion de la tra­ça­bi­li­té de la viande, obli­ga­toire en Eu­rope, se­rait re­mise en cause. Serge Vray évoque aus­si la pro­bable dis­pa­ri­tion des AOC et des AOP en cas de si­gna­ture du trai­té. « Dans le Fo­rez, nous avons la fourme de Mont­bri­son et les Côtes du Fo­rez. Deux pro­duits phares qui font vivre un cer­tain nombre d’agri­cul­teurs et de vi­gne­rons », rap­pelle­t­il.

Che­ne­reilles fait par­tie de la di­zaine de com­munes dans la Loire, avec Lu­riecq no­tam­ment, à s’être of­fi­ciel­le­ment po­si­tion­nées en dé­fa­veur de ce trai­té de libre­échange trans­at­lan­tique, même si la dé­marche reste sym­bo­lique. « Cette dé­li­bé­ra­tion vo­tée en avril 2016 a au moins per­mis d’ins­tal­ler le dé­bat avec les ha­bi­tants du vil­lage et des com­munes voi­sines. Et puis, de temps en temps, les pas­sants nous de­mandent ce que si­gni­fie le pan­neau en en­trée de vil­lage », sou­rit le maire. C’est dé­jà une pe­tite vic­toire…

Une dé­marche suf­fi­sante pour faire trem­bler le pays de l’oncle Sam ?

EN­GA­GÉS. Serge Vray et les élus du vil­lage ont clai­re­ment af­fi­ché leur hos­ti­li­té à la ra­ti­fi­ca­tion du trai­té de libre-échange

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