« Faire sen­tir que la sé­cu­ri­té pro­gresse »

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Zapping -

Voi­ci un an que Ré­mi Ré­cio a en­dos­sé le cos­tume de sous-pré­fet de l’ar­ron­dis­se­ment de Mont­bri­son. L’heure pour cet an­cien ma­gis­trat de dres­ser un pre­mier bi­lan de­puis son ar­ri­vée dans le Fo­rez, le 11 juillet 2016. ■ Jean-François Ver­net jean-francois.ver­net@cen­tre­france.com Quel bi­lan ti­rez-vous de votre pre­mière an­née ?

Je n’ai pas vou­lu ar­ri­ver en di­sant : “moi je sais. Vous avez vé­cu jus­qu’alors dans les té­nèbres et je vous em­mène la lu­mière”. C’est l’écueil ab­so­lu, tout ce qu’il ne faut pas faire. La sa­gesse du ter­ri­toire est dé­te­nue par ceux qui le peuplent et qui le font vivre. La réa­li­té vient du ter­rain. Mon pro­jet, dès le dé­but, a été de com­prendre ce ter­ri­toire en al­lant au contact de ceux qui le com­posent. Et l’ar­ron­dis­se­ment de Mont­bri­son est ex­tra­or­di­naire de ce point de vue. Il compte 136 com­munes, plus de 190.000 ha­bi­tants et des zones to­ta­le­ment contras­tées. En bon agri­cul­teur, il faut donc la­bou­rer le ter­rain. J’ai vi­si­té plus de 80 com­munes de­puis mon ar­ri­vée. « En bon agri­cul­teur, il faut la­bou­rer le ter­rain » Ren­con­trer le maire, c’est très fa­cile, mais il est aus­si in­té­res­sant de ren­con­trer ses conseillers mu­ni­ci­paux, la se­cré­taire, les ser­vices tech­niques. Je vi­site éga­le­ment les en­tre­prises. Après cette phase de com­pré­hen­sion, il y a celle de l’ac­tion. Il faut ima­gi­ner un pe­tit pi­gnon ­ le sous­pré­fet ­ et un énorme pi­gnon qui est l’État et entre les deux, le ter­ri­toire. Il y a une double cour­roie : on fait re­des­cendre les in­for­ma­tions, car on est là pour faire ap­pli­quer les po­li­tiques pu­bliques, mais on fait aus­si re­mon­ter ce qu’on voit sur le ter­rain. Les po­li­tiques pu­bliques, à l’échelle d’un ar­ron­dis­se­ment, peuvent gé­né­rer des pro­blèmes, des dif­fi­cul­tés d’adaptation et c’est à nous d’en faire part à Paris pour ré­adap­ter ou cor­ri­ger.

L’État a deux rôles : pro­té­ger et ac­com­pa­gner. Il y a l’as­pect sé­cu­ri­té ci­vile, en col­la­bo­ra­tion avec les as­so­cia­tions comme la Croix rouge ou les pom­piers. En juin par exemple, on a dé­plo­ré un in­cen­die mor­tel à Mont­bri­son. Le sous­pré­fet doit co­or­don­ner les moyens de l’État. Mon rôle est aus­si de veiller à la sé­cu­ri­té pu­blique, avec la pré­ven­tion de la dé­lin­quance et d’as­su­rer la sé­cu­ri­té rou­tière, qui est une autre forme de dé­lin­quance… ■

Le Fo­rez vient d’ailleurs de vivre une se­maine très sombre, avec trois décès sur les routes…

Oui, très noire et sur­tout mar­quée du seau de la lé­gè­re­té com­por­te­men­tale. On a par­fois des ac­ci­dents qu’on pour­rait lar­ge­ment évi­ter. Un ga­min qui tombe d’une voi­ture, c’est dif­fi­ci­le­ment ac­cep­table. On peut mettre en oeuvre toutes les po­li­tiques qu’on veut, il y a un mo­ment où on se heurte au com­por­te­ment des gens. J’ai tou­jours été très clair à ce su­jet, je l’étais en tant que ma­gis­trat, je le suis en tant que sous­pré­fet. Ce­la re­pose sur deux jambes : il faut faire de la pré­ven­tion et sa­voir ré­pri­mer. Je ne peux pas to­lé­rer de perdre des ga­mins d’une ving­taine d’an­nées dans des ac­ci­dents de la route. Je n’ac­cepte pas, alors que tout le monde sait qu’il est in­ter­dit de boire ou de fu­mer du can­na­bis avant de prendre le vo­lant ou d’uti­li­ser son té­lé­phone en condui­sant, qu’à chaque fois qu’on fait des contrôles, on trouve des contre­ve­nants. Je ne com­prends pas. Je signe toutes les se­maines des sus­pen­sions de per­mis. Je sais la dif­fi­cul­té dans la­quelle ça plonge les gens qui les su­bissent, mais je res­te­rai ferme là­des­sus. Il faut qu’on ar­rive à dé­ga­ger une in­tel­li­gence col­lec­tive au­tour de ça. ■ Com­ment évo­lue la dé­lin­quance dans l’ar­ron­dis­se­ment ?

On a beau­coup de le­viers d’ac­tions. Je re­çois qua­si­ment tous les quinze jours le com­man­dant de la com­pa­gnie de Mont­bri­son. On ba­laie dans un cli­mat de confiance les chiffres, mais aus­si l’as­pect opé­ra­tion­nel. L’axe d’ef­fort qui a été le nôtre de­puis le dé­but de l’an­née concerne les cam­brio­lages. Sur l’ar­ron­dis­se­ment, de­puis jan­vier, je constate une baisse de 20 % par rap­port à l’an pas­sé. Le but, c’est de faire sen­tir aux gens que leur sé­cu­ri­té pro­gresse. Ce­la passe aus­si par le dis­po­si­tif de par­ti­ci­pa­tion ci­toyenne. L’at­taque du jeune homme au ly­cée Beau­re­gard en dé­cembre, c’est une phase de crise pour la­quelle le sous­pré­fet co­or­donne les moyens de l’État. Mais ça, c’est le « grand évé­ne­ment ». L’évé­ne­ment, au quo­ti­dien pour les gens qui ha­bitent l’ar­ron­dis­se­ment, ce sont les cam­brio­lages, les dé­gra­da­tions, l’in­ci­vi­li­té… Quand vous ha­bi­tez un pe­tit vil­lage où il ne se passe pas de grands actes de dé­lin­quance et que vous su­bis­sez un cam­brio­lage, c’est vé­cu comme un évé­ne­ment trau­ma­ti­sant, alors qu’en mi­lieu ur­bain, par exemple, ça ne fe­rait même pas une ligne dans un rap­port quo­ti­dien. ■ Com­ment se tra­duit l’état d’ur­gence concrè­te­ment ?

Dans le contexte très par­ti­cu­lier que notre pays tra­verse de­puis plus d’un an, on in­siste sur la sé­cu­ri­té lors des grands ras­sem­ble­ments. J’ai conduit plus de 50 réunions de pré­pa­ra­tion à des grands ras­sem­ble­ments, où l’on dé­nombre plus de 2.000 per­sonnes. Ça donne une idée de l’ac­ti­vi­té de l’ar­ron­dis­se­ment en termes de vi­ta­li­té as­so­cia­tive et de vie, tout court. La fête de la fourme, le co­mice de Feurs, la foire de Sainte­Agathe, le Scoop mu­sic tour… Tous ces évé­ne­ments re­pré­sentent un tra­vail énorme en amont de la part des or­ga­ni­sa­teurs, des mai­ries, du con­seil dé­par­te­men­tal et des ser­vices de l’État.

Le sous­pré­fet n’est fi­na­le­ment que le chef d’or­chestre de toutes ces par­ti­tions dif­fé­rentes. Pour nous, l’échec se­rait de dire « il ne faut pas faire », car c’est ce que sou­haitent ceux qui ont com­mis les at­ten­tats. Il est cru­cial de pou­voir main­te­nir cette res­pi­ra­tion, cette vie so­ciale. ■ La sous-pré­fec­ture est de­ve­nue mai­son de l’État en sep­tembre. Qu’est-ce que ce­la change ?

Elle ac­cueille, de­puis le mois de sep­tembre, une uni­té de la Di­rec­tion dé­par­te­men­tale des ter­ri­toires au deuxième étage. C’est un signe fort qu’en­voie l’État. Le pré­fet de Ré­gion et le pré­fet de la Loire Evence Ri­chard m’ont de­man­dé de conduire une po­li­tique de dé­ve­lop­pe­ment de cette mai­son.

On pour­rait ima­gi­ner par exemple de créer un pôle en­vi­ron­ne­ment, en ac­cueillant l’One­ma (Of­fice na­tio­nal de l’eau et des mi­lieux aqua­tiques) et l’of­fice de la chasse et de la faune sau­vage. ■ ■ C’est-à-dire ? « La per­ma­nence de la sous­pré­fec­ture à Mont­bri­son est in­dis­cu­table » Dans le même temps, la sous­pré­fec­ture a connu le chan­tier du plan « Pré­fec­tures nou­velle gé­né­ra­tion », c’est­à­dire l’aban­don pro­gres­sif des gui­chets au pro­fit d’autres mis­sions plus re­cen­trées sur l’in­gé­nie­rie ter­ri­to­riale et l’ap­pui aux col­lec­ti­vi­tés. Le pré­fet de la Loire a sou­hai­té confier des mis­sions dé­par­te­men­tales aux sous­pré­fec­tures. Quelles mis­sions sont pi­lo­tées de­puis Mont­bri­son ?

Concrè­te­ment, c’est ici que sont gé­rés tous les dos­siers du dé­par­te­ment en lien avec la ru­ra­li­té (MSAP, le contrat de ru­ra­li­té si­gné avec Loi­reFo­rez ag­glo­mé­ra­tion…). L’autre mis­sion concerne l’or­ga­ni­sa­tion des évé­ne­ments spor­tifs. Tout l’as­pect ré­gle­men­taire sou­mis à au­to­ri­sa­tion est ad­mi­nis­tré ici, de­puis avril pour l’ar­ron­dis­se­ment de Saint­Étienne et le se­ra à par­tir de no­vembre pour Roanne. À titre de com­pa­rai­son, en 2016, on a gé­ré 250 dos­siers pour le seul ar­ron­dis­se­ment de Mont­bri­son. De­puis le dé­but de l’an­née, on a dé­jà dé­pas­sé ce chiffre. La per­ma­nence de la sous­pré­fec­ture de Mont­bri­son est donc in­dis­cu­table. ■

Quel re­gard por­tez-vous sur les élus de Noi­ré­table qui ne siègent pas à Loire Fo­rez ?

Je pense que Noi­ré­table va ré­gu­la­ri­ser la no­mi­na­tion de dé­lé­gués com­mu­nau­taires. C’est son in­té­rêt. L’État ne s’in­gère pas dans les dé­ci­sions po­li­tiques. Mais si le maire de Noi­ré­table ­ et il l’a dé­jà fait ­ ex­prime sa vo­lon­té de quit­ter cet es­pace, le dos­sier se­ra étu­dié de près. À titre per­son­nel, je pense que l’in­té­rêt de Noi­ré­table est de res­ter Fo­ré­zien. Il est de la res­pon­sa­bi­li­té des élus de Noi­ré­table de don­ner la pa­role aux ha­bi­tants de la com­mune au sein de l’ins­tance com­mu­nau­taire. Mais il est im­por­tant d’as­su­rer la pé­ren­ni­té de ce qui a été créé et vou­lu. Main­te­nant qu’on a créé Loire Fo­rez ag­glo­mé­ra­tion et Fo­rez Est, qui marchent très bien, il faut qu’elles vivent. Il faut of­frir de la du­rée à ces struc­tures. ■

Le dos­sier des mi­grants, à Boën et pro­chai­ne­ment à Saint-Thu­rin, va cer­tai­ne­ment oc­cu­per votre em­ploi du temps à la ren­trée ?

À Boën, le Ca­da (Centre d’ac­cueil pour de­man­deurs d’asile) est opé­ra­tion­nel. Les gens sont par­fai­te­ment in­té­grés. Ils vivent et consomment lo­cal. J’ai dé­jà consa­cré deux réunions à la créa­tion d’une autre struc­ture avec la mai­rie de Saint­Thu­rin pour as­su­rer de ma­nière har­mo­nieuse cette mon­tée en puis­sance. À terme, nous au­rons un axe entre Boën et Saint­Thu­rin où il y au­ra une forme d’équi­libre à trou­ver. Ce que je sou­haite évi­ter, c’est le trans­fert d’une cen­taine de per­sonnes dans une lo­ca­li­té peu dense en po­pu­la­tion. Il faut que cette ar­ri­vée soit so­cia­le­ment mixée, c’est­à­dire qu’il n’y ait pas que des cé­li­ba­taires, qu’il y ait des en­fants. On a plus d’un an de­vant nous. Tout ce­la de­vra se faire dans la trans­pa­rence vis­à­vis de la po­pu­la­tion. Il faut réus­sir à Saint­Thu­rin ce qui a été par­fai­te­ment réus­si à Boën. ■

PAS­SION.

Ori­gi­naire de Car­cas­sonne, Ré­mi Ré­cio est un pas­sion­né de rug­by, « une école de la vie où la so­li­da­ri­té est très pré­sente ». S’il a dé­jà ren­du vi­site au club de Feurs, cet an­cien pi­lier a aus­si as­sis­té à des ren­contres de bas­ket à Mont­bri­son. Se­lon lui, « si un en­fant pra­tique un sport, quel qu’il soit, c’est dé­jà une vic­toire. »

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