Ils vont dé­fer­ler sur Mon­trond

Les Amis du châ­teau or­ga­nisent leur fête mé­dié­vale, sa­me­di 5 et di­manche 6 août

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

MON­TROND-LES-BAINS. 500 ar­tistes in­ves­tissent le châ­teau de Mon­trond à l’oc­ca­sion de la grande fête mé­dié­vale, sa­me­di 5 et di­manche 6 août.

POR­TRAIT. Che­ville ou­vrière de la fête et pré­sident de l’Ost du phé­nix, Jean­Pierre Du­chet veille au moindre dé­tail de­puis des mois.

Ai­dé d’une tren­taine de bé­né­voles, Jean-Pierre Du­chet or­chestre, tous les deux ans, la fête mé­dié­vale à Mon­trond-les-Bains. Il est éga­le­ment connu pour di­ri­ger l’Ost du phé­nix, une troupe mi­li­taire fon­dée en 2007 et dé­sor­mais cé­lèbre dans tout l’Hexa­gone. Por­trait.

Der­niers pré­pa­ra­tifs avant le jour J. S’il est an­xieux, JeanPierre Du­chet n’en montre rien. Un large sou­rire ajoute à son aplomb. Adou­bé pré­sident de Mon­trond­le­Fort en 2013, le Mon­tron­dais se­ra sa­me­di sur le champ de foire en com­pa­gnie de quelque 500 ar­tistes.

Une troupe mi­li­taire, jusque dans son fonc­tion­ne­ment

C’est en ac­com­pa­gnant son fils Ber­trand à la com­pa­gnie franche du Fo­rez qu’il a fait ses pre­miers pas dans l’uni­vers mé­dié­val. Conver­ti dès 2006, il se forge une concep­tion ri­go­riste de la “re­cons­ti­tu­tion” (un terme qu’il boude par prin­cipe, re­gret­tant son usage gal­vau­dé et ses dé­rives folk­lo­riques). Et se jette à corps per­du dans cette nou­velle et dé­vo­rante dis­trac­tion.

« Nous avons créé l’Ost du Phé­nix avec Fa­bienne

(sa femme, N.D.L.R. )un pe­tit ma­tin à cinq heures sur la ter­rasse », confie­til. Trois membres se joignent à leur duo : leur fils et deux « co­pains ». Les pre­miers d’une longue liste. 30 hommes en arme ont de­puis ral­lié leur ban­nière. « Ce n’est pas la quan­ti­té mais la qua­li­té qui compte », sou­ligne Jean­Pierre Du­chet.

In­té­grer l’Ost est sy­no­nyme de gros in­ves­tis­se­ment. Fi­nan­cier d’abord puis­qu’une te­nue ci­vile et mi­li­taire est de­man­dée à chaque com­bat­tant (il faut par­fois comp­ter 300 € pour une seule paire de gan­te­lets). Per­son­nel en­suite tant la dis­po­ni­bi­li­té re­quise est consé­quente. Spec­tacles, en­traî­ne­ments, ate­lier cou­ture, tra­vail du bois pour confectionner coffre et mo­bi­lier animent le quo­ti­dien des adhé­rents, y com­pris en hi­ver. Beau­coup traquent avec achar­ne­ment les sources his­to­riques en quête de dé­tails sus­cep­tibles d’ajou­ter de la cré­di­bi­li­té à leurs mises en scènes (co­dex, bibles et banques pho­to­gra­phiques des ca­thé­drales où re­posent nombre de gi­sants). « La re­mise en ques­tion est per­pé­tuelle, pré­cise JeanPierre Du­chet. Je suis très à che­val sur l’har­mo­nie. Tout le monde, ici, marche du même pas. »

Le pa­tron aime à se faire obéir, il ne s’en cache pas. « Je passe mon temps à vo­ci­fé­rer. J’ai très mau­vais ca­rac­tère, sou­rit­il. Heu­reu­se­ment qu’on me tem­père. Mais il faut s’y plier. Ca passe ou ça casse. » Nulle sur­prise à croi­ser dans ses rangs de nom­breux gen­darmes, po­li­ciers et mi­li­taires, adeptes des struc­tures très py­ra­mi­dales. Leur co­hé­sion et leur so­li­da­ri­té n’en font pas moins l’ad­mi­ra­tion des autres troupes.

« On n’est pas payé pour s’amu­ser »

La ré­pu­ta­tion de l’Ost, en dix an­nées, a pas­sé les fron­tières. Sol­li­ci­tée de tous cô­tés, l’as­so­cia­tion se dé­place à Vienne, Avi­gnon, Ta­ras­con, Beau­caire et Ter­ra del Sole (Ita­lie). « Je ne sol­li­cite per­sonne, glisse Jean­Pierre Du­chet. On vient nous cher­cher. » Pas un seul de ses « rou­tiers » ne touche d’in­dem­ni­tés. « On n’est pas payé pour s’amu­ser », lâche le pré­sident qui ré­in­ves­tit la to­ta­li­té des ca­chets dans le ma­té­riel de groupe.

Com­mer­cial spé­cia­li­sé dans la four­ni­ture de bu­reau, na­vi­guant sur 35 dé­par­te­ments, Jean­Pierre Du­chet a ca­pi­ta­li­sé à titre in­dé­pen­dant sur son ex­pé­rience. Il a créé une struc­ture de conseil en évé­ne­men­tiel et une bou­tique en ligne dis­tri­buant plu­sieurs marques spé­cia­li­sées dans le mé­dié­val (*) (casques, har­nois...). « Au dé­part, je tra­vaillais avec des Pa­kis­ta­nais et des In­diens mais ils n’avaient pas l’ex­per­tise né­ces­saire. Les pro­duits ve­nus des pays de l’Est sont de bien meilleure qua­li­té. »

Ce week­end, les spec­ta­teurs le ver­ront af­fai­ré en cou­lisse mais pas seule­ment. Dra­pé dans ses atours de sei­gneur, il gal­va­ni­se­ra les hommes mon­tant à l’as­saut des mu­railles sous le com­man­de­ment de son fils, nom­mé ca­pi­taine des ar­mées. Le Li­gé­rien ne re­chigne pas, d’or­di­naire, à re­vê­tir l’ha­bit de sol­dat. « Le cos­tume de sei­gneur, c’est pour quand je suis fa­ti­gué, plai­sante­t­il. Le reste du temps, je suis en rou­tier, en tard­ve­nu ou en chevalier hos­pi­ta­lier. Et je vais au char­bon, comme tous les autres. »

Le scé­na­rio de la fête est écrit. Et il n’a pas été ré­di­gé à la gloire de l’Ost du Phé­nix. Ce week­end les Mon­tron­dais tom­be­ront au champ de ba­taille. On s’en étonne. Jean­Pierre Du­chet se marre : « C’est un spec­tacle et rien d’autre. Tout ça n’a qu’un ob­jec­tif : di­ver­tir le pu­blic. Peu im­porte de fi­nir cou­ché dans l’herbe. L’es­sen­tiel reste de faire pé­tiller les yeux des ga­mins. »

(*) Site www.ber­liosz­ar­mou­ry.com

« Je vais au char­bon, comme tous les autres ». JEAN-PIERRE DU­CHET. Pré­sident de l’Ost du Phé­nix, et or­ga­ni­sa­teur de la fête mé­dié­vale.

PHO­TO VA­LÉ­RIE PON­CET

B­TIS­SEUR. Jean-Pierre Du­chet, de­puis la créa­tion de l’Ost du Phé­nix et la re­prise de la fête mé­dié­vale, en 2013, pour le compte de l’as­so­cia­tion des amis du châ­teau, s’in­ves­tit corps et âme dans le mé­dié­val.

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