Le crash de Noi­ré­table a mar­qué les es­prits

Le vol 696 de­vait re­lier Lyon à Cler­mont­Fer­rand. Il n’est ja­mais ar­ri­vé…

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Jean-Fran­çois Ver­net jean-fran­cois.ver­net@cen­tre­france.com

CA­TAS­TROPHE. Le 27 oc­tobre 1972, un avion d’Air In­ter vient s’écra­ser près de Noi­ré­table, fai­sant 60 morts.

RE­TOUR. 45 ans après ce triste épi­sode, les sou­ve­nirs res­tent gra­vés dans les mé­moires de tous les Né­tra­blais.

Le 27 oc­tobre 1972, un avion d’Air In­ter vient per­cu­ter le mont Pi­cot, entre Noi­ré­table et Vis­com­tat. Le bi­lan est ex­trê­me­ment lourd. 60 des 68 pas­sa­gers perdent la vie dans ce crash qui a mar­qué toute une ré­gion…

Il est 18 h 35, ce ven­dre­di 27 oc­tobre, lorsque le vol 696 dé­colle de l’aé­ro­port de Lyon­Bron en di­rec­tion de Cler­montFer­rand­Aulnat. Soixan­te­trois pas­sa­gers et cinq membres d’équi­page prennent part à l’em­bar­que­ment dans le Vi­ckers Vis­count, mal­gré des condi­tions mé­téo­ro­lo­giques exé­crables. Des tem­pêtes de neige mê­lées aux éclairs dé­ferlent ce soir à Noi­ré­table.

Un culti­va­teur de Noi­ré­table a aler­té les gen­darmes

À 19 h 18, vingt mi­nutes avant l’at­ter­ris­sage pré­vu, la tour de contrôle de Cler­mont­Fer­rand perd la liai­son ra­dio avec l’ap­pa­reil. L’avion, vo­lant à trop basse al­ti­tude, est ve­nu per­cu­ter le mont Pi­cot, qui culmine à 1.100 mètres, avant de ter­mi­ner sa course ma­cabre dans les bois de la Faye.

Le bruit, as­sour­dis­sant, est en par­tie mas­qué par le ton­nerre qui gronde dans le ciel des monts du Fo­rez. Les se­cours sont tou­te­fois aver­tis par la tour de contrôle, an­non­çant la dis­pa­ri­tion d’un avion entre Lyon et Cler­mont­Fer­rand. Une in­for­ma­tion re­layée par les ondes de France In­ter.

Dès lors, pom­piers et gen­darmes s’en vont ins­pec­ter les lieux, al­lant même du cô­té de SaintBon­net­le­Cour­reau, où cer­tains ha­bi­tants ont cru en­tendre l’ex­plo­sion à proxi­mi­té.

Ma­thieu Cro­com­bette, culti­va­teur à La Rue, près de Noi­ré­table, re­gagne son domicile aux alen­tours de 22 heures, al­lume la ra­dio et en­tend par­ler de la dis­pa­ri­tion d’un avion. Il se sou­vient que, presque trois heures plus tôt, il a vu un avion vo­ler à très basse al­ti­tude et qu’il lui a sem­blé en­tendre un bruit anor­mal. Il se di­rige alors vers la gendarmerie. Con­nais­sant par­fai­te­ment les bois, il se pro­pose comme guide avec deux autres ha­bi­tants du coin, MM. Re­jo­ny et Ar­thaud.

Les condi­tions cli­ma­tiques, tou­jours aus­si mau­vaises, rendent la mon­tée et les re­cherches en­core plus dif­fi­ciles. Mais la pré­sence de pa­piers, puis l’odeur du ké­ro­sène per­suadent les se­cours qu’ils sont proches du lieu de l’ac­ci­dent. Il est 1 h 30 du ma­tin en­vi­ron lors­qu’ils dé­couvrent la scène d’hor­reur. Des di­zaines de corps in­ani­més par­mi les dé­bris de l’avion. « Les pom­piers de Noi­ré­table sont ar­ri­vés les pre­miers sur place, ac­com­pa­gnés de deux gen­darmes et un guide, se sou­vient Ray­mond Chas­sain, alors sa­peur­pom­pier vo­lon­taire. J’étais en charge de la ra­dio, à la ca­serne et j’ai re­çu ce mes­sage : “On a re­trou­vé l’épave et il y a des sur­vi­vants” ».

Une ra­dio s’est al­lu­mée, li­vrant des in­for­ma­tions aux sur­vi­vants

Le res­pon­sable du Sa­mu de Grenoble, dont le fils est à bord et les doc­teurs Claude Bour­delle, de Noi­ré­table et Guy Poi­rieux re­joignent à leur tour les lieux du crash pour pro­di­ guer les pre­miers soins aux mi­ra­cu­lés, tous ins­tal­lés à l’ar­rière de l’ap­pa­reil, qui s’est dé­ta­ché dans le choc et s’est re­trou­vé à 200 mètres de la car­lingue. Par­mi eux, Mar­cel Del­croix, la cin­quan­taine. Il ex­plique quelques ins­tants après le drame, le vi­sage en­san­glan­té, s’être oc­cu­pé des plus jeunes en at­ten­dant les se­cours. « Je sa­vais qu’on nous cher­chait, car un tran­sis­tor s’est mis en route dans une va­lise. On écou­tait France In­ter et on sa­vait toutes les heures ce qui se pas­sait dans la ré­gion. Ça nous a ra­gaillar­dis. »

Le len­de­main, sa­me­di, vers 5 heures du ma­tin, tous les bles­sés ont été re­di­ri­gés vers les hô­pi­taux de Cler­mont­Fer­rand et Thiers. L’un d’eux suc­com­be­ra à ses bles­sures. Les ca­davres des 59 autres vic­times sont bran­car­dés jus­qu’à la croix du Gât, à un ki­lo­mètre du mont Pi­cot, où les se­cours ont éta­bli leur poste de com­man­de­ment, avant de re­joindre le ré­fec­toire du col­lège de Noi­ré­table, qui fait of­fice de cha­pelle ar­dente…

PHO­TO : LA GA­ZETTE

Les dé­bris de l’avion re­trou­vés dans les bois de La Faye.

PHO­TO D’AR­CHIVE LA GA­ZETTE

CRASH. L’avion a ter­mi­né sa course après avoir per­cu­té le mont Pi­cot.

SE­COURS. Les pom­piers de Noi­ré­table sont ar­ri­vés vers une heure du ma­tin, soit près de six heures après le drame.

PHO­TO INA

MI­RA­CU­LÉ. Mar­cel Del­croix, l’un des huit res­ca­pés.

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