No­vembre 1982, black-out dans la Loire

Le dé­par­te­ment n’a ja­mais plus connu pa­reille tem­pête de neige. En­glou­ti dans la nuit du 26 au 27 no­vembre 1982, le Fo­rez, pri­vé d’élec­tri­ci­té et de pain, a souf­fert pen­dant des jours du « cau­che­mar blanc ». Ré­cit.

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Lae­ti­tia Co­hen­det avec Ja­nine Tis­sot

Dix­huit congé­la­teurs au ha­meau des Mas­sons

Le blitz­krieg blanc nous a fait en une nuit re­mon­ter des siècles.

Les ser­vices Mé­téo se sont trom­pés. Il ne pleut pas, il neige. À gros flo­cons. Il est 17 heures, ce ven­dre­di 26 no­vembre, lorsque la tem­pête s’abat sur le Fo­rez. D’une am­pleur in­at­ten­due, la tor­nade blanche frappe aux portes de la nuit. Les ser­vices de trans­port sont les pre­miers tou­chés. 1.000 vé­hi­cules res­tent blo­qués dans le col de la Ré­pu­blique, 500, dont de nom­breux poids lourds, sont aban­don­nés sur l’A47. Et le chaos s’ins­talle à me­sure qu’enfle l’éton­nant du­vet bleu­té.

Dé­clen­che­ment du plan Or­sec

Au pe­tit jour, un de­mi mil­lion de mètres cubes est tom­bé sur la seule ville de Saint­Étienne. Le dé­par­te­ment, titre Loire Ma

tin, est « en état de siège », plon­gé dans le noir et tran­si de froid. Car des cen­taines de lignes EDF haute et moyenne ten­sion gisent au sol, af­fais­sées sous le poids d’une neige lourde et mouillée. Faute d’élec­tri­ci­té, les pompes ali­men­tant le châ­teau d’eau de Cha­zelles­surLyon sont ré­duites à l’im­puis­sance. Les ha­bi­tants bé­né­fi­ciant de la haute pres­sion n’ont plus d’eau, les pen­sion­naires de l’hô­pi­tal lo­cal non plus. Hors d’usage, aus­si, les ca­fe­tières, les lignes té­lé­pho­niques, les si­los à grains, les trayeuses à vache, les laite­ ries ef­fec­tuant la col­lecte. Les scènes de dé­tresse se mul­ti­plient si bien que les au­to­ri­tés dé­clenchent le plan Or­sec (pro­gramme d’or­ga­ni­sa­tion des se­cours à l’éche­lon dé­par­te­men­tal). Re­te­nu à Vienne, le pré­fet Jean Do­mi­né en ap­pelle à la na­tion pour trou­ver une cin­quan­taine de groupes élec­tro­gènes. « Toute en­tre­prise pos­sé­dant un groupe est priée de le mettre à la dis­po­si­tion des pou­voirs pu­blics avant que des vies ne soient en dan­ger. »

En­core faut­il pou­voir les ache­mi­ner jus­qu’aux vic­times les plus fra­giles, ré­si­dents des mai­sons de re­traite no­tam­ment, par­ti­cu­liè­re­ment sen­sibles au froid. 120 hommes de l’uni­té mi­li­taire de la Sé­cu­ri­té ci­vile de Bri­gnoles ar­rivent en ren­fort dans la jour­née du sa­me­di mais leurs deux hé­li­co­ptères et le Pu­ma de l’ar­mée ne peuvent dé­col­ler faute de vi­si­bi­li­té. Une chance que le con­seil gé­né­ral de Haute­Sa­voie ait lui aus­si en­voyé des en­gins de dé­nei­ge­ment.

Seul le pont de Veau­chette des­sert en­core la plaine du Fo­rez (toutes les autres voies ont été cou­pées à la circulation). Le doc­teur Poi­rieux, maire de Mont­bri­son, fait mettre trente lits à dis­po­si­tion des per­sonnes iso­lées pri­vées de chauf­fage à la Mai­son de re­traite et au foyer des jeunes tra­vailleurs. Il ins­talle aus­si un groupe élec­tro­gène dans l’an­cien com­mis­sa­riat pour per­mettre à la po­pu­la­tion de ré­fri­gé­rer les den­rées pé­ris­sables.

On s’or­ga­nise tant bien que mal dans les cam­pagnes. Dis­po­sant d’une mi­cro­cen­trale au ha­meau des Mas­sons, Jean­Yves Pey­ron ac­cueille chez lui dix­huit congé­la­teurs qu’ali­mentent une qua­ran­taine de foyers des en­vi­rons lorsque d’autres, faute de mieux, en­terrent leur nour­ri­ture dans la neige.

Au soir du 28 no­vembre, EDF a ré­ta­bli le cou­rant de 130.000 foyers. 300.000, prin­ci­pa­le­ment si­tués dans les can­tons de SaintJust­Saint­Ram­bert, Feurs et Saint­Bon­net­le­Châ­teau en sont tou­jours pri­vés (la com­mune de Roche res­te­ra 15 jours sans ali­men­ta­tion). « Le blitz­krieg blanc nous a fait en l’es­pace d’une nuit re­mon­ter les siècles », écrit un jour­na­liste de Loire

Ma­tin. Pour­tant beau­coup gardent de cet épi­sode des sou­ve­nirs joyeux. « Quand les gens ar­ri­vaient chez nous aux Mas­sons, ils étaient contents de voir tout éclai­ré, ra­conte JeanYves Pey­ron. Du coup, ils res­taient un mo­ment avec nous, pas pres­sés de ren­trer dans le noir ».

« On pas­sait les soi­rées chez les uns et les autres à tour de rôle pour se dis­traire à la lu­mière de la chan­delle, se sou­vient Elise Ba­rou de Lé­ri­gneux. Tous les soirs, on chan­geait de mai­son pour jouer aux cartes. L’am­biance était sym­pa­thique. »

PHOTO D’ILLUS­TRA­TION.

PA­RA­LY­SÉ. Cin­quante cen­ti­mètres de neige, en moyenne, sont tom­bés sur le Fo­rez le 26 no­vembre 1982 (20 en plaine, 80 dans les monts). Une belle quan­ti­té certes, même si les en­nuis ont sur­tout été cau­sés par la consis­tance du man­teau : lourd et mouillé.

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