La Na­tio­nale 7 ne fait plus re­cette

Des vé­hi­cules an­ciens re­font une par­tie de l’an­cienne route des grandes va­cances, la my­thique Route bleue

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Vie Départementale - Chris­tian Ver­det chris­tian.ver­det@cen­tre­france.Com

Le Ré­tro­mo­bile club fo­ré­zien or­ga­nise la pre­mière ran­don­née de la Route bleue, entre La­pa­lisse et An­no­nay, di­manche 10 sep­tembre. Une ren­contre qui sui­vra une par­tie du tra­cé de l’an­cienne « Route des va­cances », com­mu­né­ment ap­pe­lée la Route Bleue, et pas­se­ra par Roanne, Neu­lise, Feurs… Une oc­ca­sion de re­ve­nir sur l’his­toire de cette voie em­blé­ma­tique, dont le nom est su­jet à de nom­breuses contro­verses.

«L’image que j’ai de la Route bleue dans les an­nées 60, c’est une masse de voi­tures, des ga­le­ries de toit sur­char­gées, et sur­tout des re­morques ain­si que des ca­ra­vanes en pa­gaille », se sou­vient Da­niel Fiot, pré­sident du Club roan­nais des ama­teurs d’au­to­mo­biles de col­lec­tion (CRAAC), une des as­so­cia­tions qui par­ti­ci­pe­ra à la ran­don­née du 10 sep­tembre.

Ce­lui qui n’était en­core qu’un ga­min à l’époque, se rap­pelle la dan­ge­ro­si­té des ex­pé­di­tions bal­néaires es­ti­vales : « Il y avait beau­coup d’ac­ci­dents, les voi­tures n’étaient pas aus­si fiables qu’au­jourd’hui. Nous qui rou­lons avec des voi­tures de collections, nous le voyons bien, Avec une voi­ture mo­derne, on peut né­go­cier à 90 km/h un vi­rage qu’on ne pren­drait, avec une voi­ture des an­nées 50/60, qu’à 60 km/h. Sans par­ler des freins, qui ne ré­pon­daient pas tou­jours, et des pla­tanes des bords de routes, qui ont fait beau­coup de morts. »

Da­niel Fiot garde pour­tant de ces grands dé­parts es­ti­vaux un sou­ve­nir d’in­sou­ciance, mais aus­si ce­lui d’un temps ré­vo­lu : « Une des images que je garde en tête c’est la mul­ti­tude des sta­ tions­ser­vice sur le bord de la route, com­bien ont fer­mé de­puis ? En 1968 j’ai tra­vaillé dans une sta­tion FI­NA, sur la RN7, en ré­gion pa­ri­sienne. Nous fai­sions ga­gner des ba­teaux pneu­ma­tiques avec des points dis­tri­bués aux gens qui pre­naient de l’es­sence. Ces mêmes ba­teaux que nous pou­vions voir, par la suite, at­ta­chés dé­jà gon­flés sur les ga­le­ries des voi­tures ! »

Pour­tant, cette route sy­no­nyme de calme et de dé­tente, sus­cite des dé­bats, par­fois hou­leux. Beau­coup de per­sonnes qui s’in­té­ressent de près au su­jet n’ar­rivent pas à se mettre d’ac­cord sur le tra­cé exact de la Route bleue. Pour Jean­Jacques Co­gnard, pré­sident du Ré­tro­mo­bile club fo­ré­zien, le terme Route bleue éten­du à toute la route Pa­ris­Men­ton, «est une usur­pa­tion. Pour nous, Fo­ré­ziens, la seule Route bleue est celle qui part de L’Hô­pi­tal­sur­Rhins et va jus­qu’à An­dance. » Pour­tant, il existe un Re­lais de la Route bleue à Saint­Prix, un cam­ping de la Route Bleue à La­pa­lisse, et la der­nière plaque émaillée in­di­quant Pa­ris­Côte

d’Azur­Route bleue se trouve dans cette même lo­ca­li­té de l’Allier, soit bien avant L’Hô­pi­tal surR­hins.

Thier­ry Dubois, des­si­na­teur et spé­cia­liste de la RN7, est ca­té­go­rique de son cô­té : « La Route bleue c’est la Na­tio­nale 7 en to­ta­li­té, sauf entre Roanne et Va­lence ­en fait l’Hô­pi­tal­sur­Rhins­An

dance, NDLR ­. L’ar­tiste étaye son af­fir­ma­tion avec des ar­gu­ments pro­ve­nant de ses nom­breuses re­cherches sur le su­jet : « Deux routes fai­saient Pa­ris Lyon, la RN6 et la RN7. La N7 est de­ve­nue un sym­bole avec la chan­son de Tré­net, Na­tio­nale 7, mais en fait le tra­fic le plus im­por­tant se fai­sait sur la N6. Pour une voi­ture pas­sant sur la Na­tio­nale 7, il y en avait trois sur la RN6. » Il a donc fal­lu pro­mou­voir cette route, une oc­ca­sion que Saint­Étienne ne pou­vait pas ra­ter.

« Les Sté­pha­nois ont com­men­cé à mettre en avant qu’en pas­sant par chez eux, les va­can­ciers évi­te­raient Lyon et les ca­mions, peu en­clins à prendre le Col de la Ré­pu­blique », conti­nue le des­si­na­teur. Puis, en 1933, il y a eu la créa­tion du co­mi­té de la Route bleue, avec la mise en place de 1.000 plaques bleues émaillées à des­ti­na­tion des tou­ristes. »

Trois voi­tures sur la N6 contre une sur la N7

Saint­Étienne a su prendre la balle au bond et bé­né­fi­cier de l’ex­tra­or­di­naire pro­mo­tion faite au­tour de la N7. Est­ce pour ce­la que les Fo­ré­ziens dé­fendent en­core fa­rou­che­ment ce qu’ils consi­dèrent comme une ap­pel­la­tion contrô­lée de la RN 82 ? Peu­têtre… En tout cas, la Route Bleue, ses sta­tions ser­vices et ses pla­tanes, a au­jourd’hui cé­dé la place aux au­to­routes, pri­sées de nos so­cié­tés tou­jours plus pres­sées. La route des va­cances n’évoque plus, main­te­nant, qu’une France sur­an­née, où le père de fa­mille, condui­sant la 4 CV fa­mi­liale, en­ton­nait « Na­tio­nale 7… Route des va­cances, qui tra­verse la Bour­gogne et la Pro­vence », tan­dis que les en­fants, n’en pou­vant plus de chaud à l’ar­rière re­pre­naient en choeur : « C’est quand qu’on ar­rive ? »

« La Route Bleue, c’est la N7, sauf entre Roanne et Va­lence »

PLAN. Sur cette pu­bli­ci­té des an­nées 50, le tra­jet em­prun­té par la Route Bleue est clai­re­ment ex­pli­qué.

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