Pre­mière ren­trée pour la prof’ sta­giaire

Avec éner­gie et bien­veillance, Em­ma­nuelle Lièvre vient d’ac­cueillir ses tout pre­miers élèves en cette ren­trée sco­laire. Nour­rie de son ex­pé­rience à l’étranger, elle em­brasse avec fougue son mé­tier et me­sure aus­si les at­tentes at­ta­chées à sa pro­fes­sion.

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Au­ré­lie Mar­cha­dier au­re­lie.prudhomme@cen­tre­france.com

Dans la va­lise d’Em­ma­nuelle ce lun­di, quelques pe­luches, de pe­tits livres co­lo­rés et lu­diques et sur­tout un large sou­rire. Tout pour ac­cueillir au mieux les bouts de chou, dans cette salle de classe agré­men­tée de bal­lons mul­ti­co­lores. 14 élèves de Toute Pe­tite Sec­tion (TPS) et (Pe­tite Sec­tion), dé­cou­vrant, pour l’es­sen­tiel, l’uni­vers sco­laire. Une pre­mière aus­si pour leur « maî­tresse ». Pro­fes­seur sta­giaire, la tren­te­naire ef­fec­tue, à Am­ple­puis, sa pre­mière ren­trée. Avec en­vie et sé­ré­ni­té.

Point d’ap­pré­hen­sion en ef­fet pour la jeune femme qui s’ap­puie dé­jà sur un so­lide ba­gage. Du­rant des an­nées, elle a fait ses gammes à Du­blin (Ir­lande), dans une struc­ture dis­pen­sant un cur­sus fran­çais. Celle qui se des­ti­nait alors au mé­tier d’en­sei­gnant­cher­cheur cô­toie des élèves, d’abord comme sur­veillante, puis as­sis­tante, avant d’at­tra­per le vi­rus de l’enseignement. « On m’a pas­sé la flamme en me lais­sant beau­coup de li­ber­té et d’ini­tia­tives. On m’a lais­sé ma chance ».

Be­soin de sta­bi­li­té, d’une qua­li­fi­ca­tion re­con­nue, Em­ma­nuelle dé­cide de pas­ser, en France, le my­thique « CRPE » (Concours de Re­cru­te­ment de Pro­fes­seurs des Écoles). Un acro­nyme bar­bare pour un Éve­rest. Là où les re­ca­lés se ra­massent à la pelle, la bonne élève fait mouche au pre­mier es­sai. « Une part de chance. L’éloi­gne­ment m’a sans doute aus­si pro­té­gée du stress am­biant », ana­lyse avec mo­des­tie cette in­fa­ti­gable tra­vailleuse. Une pause bé­bé plus tard, la voi­là dé­sor­mais plon­gée dans le grand bain, de l’autre cô­té de la Manche cette fois.

« L’édu­ca­tion, une arme »

La mis­sion est en­thou­sias­mante pour cette « grande op­ti­miste » qui voit dans l’édu­ca­tion « une arme à dé­truire les pré­ju­gés, les bar­rières so­ciales et faire écla­ter les pla­fonds de verre. L’école, c’est don­ner sa chance à cha­cun. Tout le monde à un po­ten­tiel, un rôle à jouer dans la so­cié­té. Per­sonne n’est des­ti­né à être ex­clu, à la marge ». Aus­si, le dis­cours pro­non­cé par les res­pon­sables de l’Aca­dé­mie lors de l’ac­cueil des nou­veaux en­sei­gnants sta­giaires, la se­maine pas­sée, a­t­il ré­son­né en elle. « On nous a rap­pe­lé la prio­ri­té don­née à la bien­veillance, que l’élève soit bien dans sa classe pour qu’il puisse ex­ploi­ter au mieux son po­ten­tiel ». Une ver­tu car­di­nale. « L’en­fant doit se sen­tir ac­cueilli pour ce qu’il est, trou­ver sa place, son rythme », in­siste Em­ma­nuelle. La mis­sion parle d’au­tant plus à la jeune femme qu’elle confie avoir été « trau­ma­ti­sée », ado­les­cente, par des an­nées col­lège « dif­fi­ciles », vé­cues « la boule au ventre ». « On a tous connu des bons profs et aus­si des mau­vais… C’est un bou­lot dif­fi­cile », concède­t­elle au­jourd’hui avec le re­cul.

C’est au­près des plus jeunes qu’elle a dé­ci­dé d’oeu­vrer pour l’ins­tant. « Il y a un âge avec le­quel ça passe plus fa­ci­le­ment. Avec les col­lé­giens, il faut beau­coup d’hu­mour, de confiance en soi, être ca­pable d’ac­cep­ter leur co­lère, leurs frus­tra­tions aus­si. Avec les pe­tits, c’est fa­cile. Ils t’aiment et t’ac­cordent d’en­trée leur confiance », sou­rit la mère de fa­mille.

« Un bi­jou à pro­té­ger mais qui de­mande des moyens »

Cette vo­ca­tion, elle l’évoque avec fougue. « C’est une très belle école que notre ma­ter­nel­ le. Ce­la n’existe nulle part ailleurs. C’est un bi­jou à pro­té­ger, mais qui de­mande des moyens. 30 pe­tits par classe par exemple, c’est dif­fi­ci­le­ment gé­rable ». Les ef­fec­tifs : l’une des clefs de la réus­site sco­laire es­time Em­ma­nuelle. Aus­si per­çoi­telle fa­vo­ra­ble­ment l’ins­tau­ra­tion du dé­dou­ble­ment en CP. « Mais il fau­drait le gé­né­ra­li­ser à toutes les classes ! ». Et de poin­ter du doigt un autre chal­lenge pour l’école de la Ré­pu­blique : se dé­ta­cher de la « sanction de l’échec ». « Les études in­ter­na­tio­nales montrent qu’ailleurs, quand les élèves ne connaissent pas les ré­ponses, ils tentent quand même, alors qu’en France, ils se re­tiennent. N’osent pas ! Certes, on hé­rite, dans notre sys­tème sco­laire, d’un pas­sé glo­rieux, avant­gar­diste même à une époque, mais il y a tou­jours des pos­si­bi­li­tés de s’amé­lio­rer. Tout n’est pas à je­ter, mais tout n’est pas à gar­der non plus. On voit tou­te­fois que la France a ar­rê­té de se re­gar­der le nom­bril, et qu’elle ob­serve aus­si ce qui se fait de bien ailleurs. On suit un bon che­min », ob­serve­t­elle, ren­voyant à l’in­di­vi­dua­li­sa­tion gran­dis­sante des par­cours. « L’école, c’est une grosse ma­chine, un “tube”. On y est tous pas­sés et on voit bien que, fi­na­ le­ment, on en res­sort tous dif­fé­rents à l’âge adulte », image­telle.

Au­jourd’hui, Em­ma­nuelle sa­voure ses pre­miers pas. « Si je de­vais mettre une note, ce se­rait un 20 sur 20 pour cette ren­trée ! Je peux m’ap­puyer sur une équipe sou­dée. Je n’ai res­sen­ti au­cun sno­bisme des ti­tu­laires en­vers la “pe­tite sta­giaire”. Je ne suis pas épui­sée, et je n’ai pas les mains qui tremblent ! », sou­rit­elle. « Quant aux pre­miers re­tours des pa­rents, ils montrent que les en­fants sont contents et se­reins. C’est bien l’es­sen­tiel ».

A.M.

PRE­MIÈRE. Em­ma­nuelle vient de vivre sa pre­mière ren­trée of­fi­cielle, à l’école La Ma­relle d’Am­ple­puis. En cette ren­trée 2017, l’aca­dé­mie de Lyon (cou­vrant les dé­par­te­ments du Rhône, de la Loire et de l’Ain) ac­cueille plus de 1.500 pro­fes­seurs sta­giaires, dont 913 pro­fes­seurs des écoles.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.