Comment l’ac­cord a tour­né au fias­co

La dis­so­lu­tion de l’an­cienne CCPSG (com­mu­nau­té de com­munes du pays de Saint-Gal­mier), au point mort de­puis trois mois, fait cou­ler beau­coup d’encre. Quelles in­ci­dences pour les ha­bi­tants et plus lar­ge­ment pour tous les ré­si­dents de Fo­rez Est et Saint-Étie

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Vie départementale - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

Le tré­so­rier de Mont­bri­son, Pierre­Louis Fré­con, se­ra seul juge. À lui de gé­rer le di­vorce, les par­ties n’ayant pu s’en­tendre. Pour­tant, après six mois d’âpres né­go­cia­tions, Saint­Étienne Mé­tro­pole (SEM) et Fo­rez Est avaient abou­ti à un par­tage « équi­li­bré » de l’ac­tif (biens, tré­so­re­rie) et du pas­sif (dettes) de l’ex CCPSG. « On avait rai­son­né de bloc à bloc pour fa­ci­li­ter la tâche, ex­plique Her­vé Rey­naud, man­da­té par SEM. Les sept com­munes par­ties à Fo­rez Est re­pre­naient 70 % de l’ac­tif/pas­sif, Saint­Gal­mier, Cham­boeuf et Saint­Bon­net, 30 % ». Tous les joyaux fa­mi­liaux fi­gu­raient à l’in­ven­taire. À SEM, par exemple, le siège de la CCPSG et les parts des zones éco­no­miques, en com­pen­sa­tion des­quels il lui fau­drait in­dem­ni­ser Fo­rez Est. En­core fal­lait­il faire vo­ter le pro­to­cole à toutes les par­ties pre­nantes et ob­te­nir l’una­ni­mi­té des voix… * Ri­vas, le vil­lage d’ir­ré­duc­tibles.

En­traî­né contre son gré (et à l’évi­dence au mé­pris de son bas­sin de vie) à Fo­rez Est, le maire de Ri­vas, Mi­chel Cham­bon­net avait an­non­cé la cou­leur dès le prin­temps : il ne se­rait ja­mais ques­tion d’ac­cord dans pa­reilles condi­tions. Car les an­ciennes com­munes de la CCPSG avaient pris soin de né­go­cier leurs propres ga­ran­ties. Fo­rez Est s’en­ga­geait à leur ver­ser une do­ta­tion de so­li­da­ri­té et leur aban­don­nait les 6 mil­lions d’eu­ros de fonds de concours vo­tés dans des condi­tions ir­ré­gu­lières en 2016 (Le Pays du 19 jan­vier 2017). Six mil­lions pro­mis à Veauche, Mon­trondles­Bains, Saint­An­dré­le­Puy, Bel­le­garde, Avei­zieux et Cu­zieu mais pas à Ri­vas, en froid avec ses an­ciens par­te­naires. « En ac­cep­tant le “bloc à bloc”, nous étions les grands per­dants de l’équa­tion, as­sène Mi­chel Cham­bon­net. J’ai de­man­dé une com­pen­sa­tion pour tout ce qui n’avait pas été in­ves­ti chez nous ces six der­nières an­nées. » Sans ré­ponse, les élus lo­caux ont pré­fé­ré tout mettre à bas pour que soit dres­sé le bi­lan com­mune par com­mune. « Dé­sor­mais, on est sur un pied d’éga­li­té et on ne pour­ra plus rien me ca­cher », se ré­jouit le maire.

Mais la pe­tite com­mune de 608 ha­bi­tants n’a pas été la seule à re­je­ter le pro­to­cole. * Quand Veauche est sor­tie du bois.

28 juin 2017. Mo­nique Gi­rar­don sonde les élus de son con­seil mu­ni­ci­pal. D’ici 24 heures, tous de­vront se pro­non­cer sur la dis­so­lu­tion en bloc à bloc de la CCPSG. Jus­qu’ici, le maire a tou­jours prô­né la par­ti­tion in­di­vi­duelle. « C’était une fa­çon, pour moi, de pe­ser dans les né­go­cia­tions », ex­plique­t­elle. Un épou­van­tail bran­di comme une me­nace qui lui a per­mis d’ob­te­nir le ver­se­ment des fonds de concours, de la do­ta­tion de so­li­da­ri­té, mais aus­si la prise en charge de l’ex di­rec­teur gé­né­ral des ser­vices de la CCPSG, Phi­lippe We­ber (lire par ailleurs).

« Il a fal­lu fer­railler pen­dant des mois. »

Ce 28 juin, les in­té­rêts des Veau­chois sont saufs. Elle change donc son fu­sil d’épaule. Son jeu di­plo­ma­tique com­porte une faille : son ap­pa­rente né­bu­lo­si­té. Plu­sieurs ad­joints l’in­ter­rogent. « Ce chan­ge­ment d’orien­ta­tion était pour le moins sur­pre­nant, af­firme Ch­ris­tophe Be­gon, au­jourd’hui dé­mis­sion­naire. Mme Gi­rar­don, pen­dant six mois, nous avait ex­pli­qué que la dis­so­lu­tion com­mune par com­mune se­rait plu­tôt fa­vo­rable à la ville de Veauche et ce jour­là, il était sur­tout ques­tion de ne pas mettre en dif­fi­cul­té les pe­tites com­munes. Ja­mais il n’a été fait men­tion d’une quel­conque stra­té­gie. »

Le 29 juin, douze dis­si­dents pri­vi­lé­gient la po­li­tique de la chaise vide à une op­po­si­tion fron­tale. Le quo­rum n’étant pas at­teint, le con­seil est re­por­té au 4 juillet. Nou­velle date, même ré­sul­tat : Ch­ris­tian Sa­py et son équipe se pro­noncent contre le pro­to­cole avant de dé­mis­sion­ner de leurs fonc­tions. « Notre ob­jec­tif n’était pas de cas­ser un sys­tème, ex­plique­t­il. Nous étions dans la ligne conduc­trice de notre ex­pré­si­dente sur la ma­nière de dis­soudre. » * Six mois de tra­vail ré­duits à néant.

Le ré­sul­tat, quoi qu’il en soit, est sans ap­pel : tout le tra­vail doit être re­pris à zé­ro. « C’est une forme de gâ­chis, dé­plore Her­vé Rey­naud. Et c’est hu­mai­ne­ment dé­ce­vant. Nous avions réus­si à me­ner les échanges dans une am­biance dé­lé­tère re­flé­tant les ten­sions de l’ex CCPSG, cha­cun fai­sant ap­pel à son self­control et nous échouons si près du but pour des rai­sons qui, me semble­t­il, ne sont pas for­cé­ment liées au contexte fi­nan­cier. »

Sen­ti­ment que par­tage le pré­sident de Fo­rez Est, Jean­Mi­chel Merle. « C’est un nou­veau coup d’ar­rêt et nos sept com­munes se trouvent en­core plus mar­gi­na­li­sées. Notre pacte fi­nan­cier, éta­bli sur les quatre pro­chaines an­nées est com­plè­te­ment re­mis en cause. » * Les consé­quences pour les ha­bi­tants.

Tous les comptes étant blo­qués dans l’at­tente du ju­ge­ment, bon nombre de com­munes vont de­voir ajus­ter leur bud­get dans les se­maines à ve­nir. La me­sure ne de­vrait pas nuire au fonc­tion­ne­ment des ser­vices au quo­ti­dien, mais plu­sieurs gros in­ves­tis­se­ments sont sus­pen­dus. « Le pro­jet de crèche à Mon­trond­les­Bains, par exemple, est en stand­by, note Jean­Mi­chel Merle. Il ne s’agit pas d’une me­sure de ré­tor­sion mais d’une réelle im­passe ad­mi­nis­tra­tive. » Mal­heur, dès lors, aux com­munes ayant dé­jà en­ga­gé des tra­vaux…

À Veauche, le manque à ga­gner se monte à 1,61 M€ pour 2017. La Ville a pré­vu de ro­gner sur les charges à ca­rac­tère gé­né­ral (­83.000 €), les dé­penses im­pré­vues (­17.000 €), les autres charges ex­cep­tion­nelles (­50.000 €), son au­to­fi­nan­ce­ment (­285.000 €). 1,175 M€ se­ra éga­le­ment re­ti­ré à la ré­ha­bi­li­ta­tion du foyer des tra­vailleurs ou de la nou­velle mai­rie. « Ces fonds man­quants s’ajoutent à la di­mi­nu­tion des do­ta­tions de l’État », sou­ligne Mo­nique Gi­rar­don, qui ne pré­cise pas, ce­pen­dant, ce que la ville pour­rait ob­te­nir à l’is­sue de la sé­pa­ra­tion. « Pour la bonne et simple rai­son, rap­pelle Ch­ris­tian Sa­py, que per­sonne ne le sait ! »

Par quel bout Pierre­Louis Fré­con dé­noue­ra­t­il la pe­lote de laine ? Le tré­so­rier dis­pose d’un an re­nou­ve­lable pour tran­cher dans le vif. Avant que cha­cun puisse en­fin tour­ner la page.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.