Ma­rion Grange, an­cienne élève de la Maî­trise de la Loire de­ve­nue so­pra­no ly­rique

La jeune so­pra­no ly­rique sté­pha­noise a fait ses gammes à la Maî­trise de la Loire, à Montbrison

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Jean-Fran­çois Ver­net jean-francois.ver­net@cen­tre­france.com

« Pas­ser de la joie à la tris­tesse la plus pro­fonde, c’est une ex­pé­rience de vie »

L‘élève du col­lège Ma­rioMeu­nier et de la Maî­trise de la Loire, à Montbrison, s’est muée en so­pra­no ly­rique qui sillonne le globe à l’as­saut des plus grands opé­ras. À 32 ans, Ma­rion Grange compte bien faire en­tendre sa voix dans le monde du ly­rique.

«Ma­rion fai­sait par­tie de ces élèves qu’on re­père im­mé­dia­te­ment. Elle pré­sen­tait un très bon ni­veau de vio­lon­celle mais on s’est tout de suite dit “cette ga­mine est faite pour chan­ter” », se re­mé­more Jacques Ber­tho­lon, di­rec­teur de la Maî­trise de la Loire jus­qu’en 2011. « Igor Stra­vins­ky di­sait que pour réus­sir, il fal­lait 1 % d’ins­pi­ra­tion et 99 % de trans­pi­ra­tion. Mais si on n’a pas ce pe­tit pour cent, ce n’est pas la peine », sou­rit­il.

Le par­cours de Ma­rion Grange, so­pra­no ly­rique lar­ge­ment re­con­nue dans le mi­lieu de l’opé­ra, parle en sa fa­veur. Cette Sté­pha­noise de 32 ans par­court l’Eu­rope de­puis son pas­sage au Centre na­tio­nal d’in­ser­tion pro­fes­sion­nelle des ar­tistes ly­riques (Cni­pal), à Mar­seille, en 2013. « J’ai eu l’oc­ca­sion de par­ti­ci­per à de nom­breuses au­di­tions qui m’ont per­mis d’ef­fec­tuer mes pre­miers pas sur scène en tant que chan­teuse. Je me pro­duis prin­ci­pa­le­ment en Suisse où j’ai

ter­mi­né mes études (elle est di­plô­mée du Mas­ter de so­liste de la haute école de mu­sique de Ge

nève, N.D.L.R.) et en France. J’ai même eu l’oc­ca­sion d’al­ler chan­ter dans une ma­gni­fique salle à Sao Pau­lo, au Bré­sil, grâce à mon pro­fes­seur de chef de choeur de Ge­nève. J’ai aus­si par­ti­ci­pé à plu­sieurs re­prises au fes­ti­val « Un vio­lon sur le sable », à Royan. Là, on évo­lue sur scène de­vant 50.000 per­sonnes. C’est fou ! Quand on a vé­cu ça, on n’a qu’une en­vie c’est d’y re­tour­ner. Je vis des ex­pé­riences ex­tra­or­di­naires grâce à ma pas­sion », s’ex­clame l’ar­tiste qui semble ne ja­mais se dé­par­tir de son sou­rire lors­qu’elle évoque le chant.

De­puis 2014, Ma­rion, qui est éga­le­ment di­plô­mée en mu­si­co­lo­gie, vio­lon­celle et di­rec­tion de choeur, mul­ti­plie les prix en so­lo ou en duo, avec son aco­lyte, le pia­niste Am­broise de Rancourt. « Par­ti­ci­per à des concours, c’est l’oc­ca­sion de tra­vailler tou­jours plus. J’ai en moi cette vo­lon­té de pro­gres­ser. C’est aus­si un bon moyen de se faire en­tendre par des pro­fes­sion­nels », ré­sume celle qui a rem­por­té en 2017 le concours in­ter­na­tio­nal de lied (poèmes ger­ma­niques chan­tés, N.D.L.R.) de Karls­ruhe et le prix de la meilleure pro­duc­tion du concours Ar­mel com­pé­ti­tion avec l’opé­ra Die weisse rose.

Cette pé­riode faste est le fruit d’un long tra­vail et d’un par­cours mû­re­ment ré­flé­chi qui a dé­bu­té entre les murs du centre mu­si­cal Pierre­Bou­lez de Montbrison, en 1996.

« So­pra­no, je me suis sen­tie pous­ser des ailes »

« J’étais à l’in­ter­nat, au col­lège Ma­rio­Meu­nier. J’ai ado­ré cette pé­riode de ma vie. Là­bas, on vi­vait dans un pe­tit co­con. On dis­po­sait d’un lieu calme, se­rein, idéal pour tra­vailler, dans un cadre de vie très agréable », se sou­vient Ma­rion qui est res­tée à Montbrison jus­qu’en pre­mière, avant de par­tir deux ans en Ita­lie dans le cadre du Uni­ted

word col­lege qui réunit des jeunes du monde en­tier.

Vir­tuose du vio­lon­celle, Ma­rion opte pour le chant vers 19 ans, à une époque où elle res­sent « le be­soin de [se] spé­cia­li­ser. J’ai com­men­cé comme mez­zo et à 22 ans, on m’a sug­gé­ré de m’es­sayer au ré­per­toire de so­pra­no. Là, je me suis sen­tie pous­ser des ailes. » Rien ne semble dès lors pou­voir frei­ner l’en­vol de l’ar­tiste.

Pour ac­cep­ter un rôle, Ma­rion a be­soin d‘être convain­cue par le per­son­nage in­car­né. « Il faut que ça me plaise car dans les opé­ras, on mé­lange le théâtre et la mu­sique. On entre dans la peau du per­son­nage. Avec la puis­sance de l’or­chestre der­rière nous, le fait de pas­ser de la joie à la tris­tesse la plus pro­fonde re­pré­sente à chaque fois une ex­pé­rience de vie, dé­crit­elle, en­thou­siaste. Le per­son­nage, c’est ce qui m’in­té­resse le plus. J’es­saye de com­prendre pour­quoi le com­po­si­teur a écrit tel mor­ceau de telle fa­çon. Je suis dans le mou­ve­ment pour trou­ver la jus­tesse à chaque mot. »

Épa­nouie en ap­pa­rence, la so­pra­no sté­pha­noise vit ce suc­cès « avec des mo­ments de joie très in­tenses. Mais je ren­contre aus­si des pé­riodes plus dif­fi­ciles, où je vou­drais que ça aille plus vite, avoue­t­elle. J’ai ap­pris à gé­rer ces mo­ments de stress en tra­vaillant beau­coup sur la mé­di­ta­tion. J’ai ap­pris à me dire que j’avais le droit à l’er­reur, que nous ne sommes pas des ro­bots et que de toute fa­çon, le jour de la re­pré­sen­ta­tion, avec l’adré­na­line du mo­ment, ça se pas­se­ra bien. » Hors de scène aus­si, la voix est as­su­rée…

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