Faites-vous peur à l’hô­tel de l’épou­vante pour Hal­lo­ween

Un hô­tel de l’épou­vante a ou­vert ses portes sur la com­mune de Cer­vières dans le Haut Fo­rez

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

Por­té par deux pas­sion­nés et une as­so­cia­tion, le Shin­ning hos­tel ac­cueille le temps d’une nuit les ama­teurs d’hor­ri­fique san­glant. Dé­cor, scé­na­rios, tout est pen­sé pour que per­sonne ne ferme l’oeil.

Le grave ac­cord du ca­rillon ré­sonne dans la pièce. Le froid court sur les dalles. Et l’on s’alarme d’un épi­so­dique grin­ce­ment de porte. Étrange comme le dé­cor sor­dide joue à plein. Pour­tant le jour est en­core clair. Le vrom­bis­se­ment des vé­hi­cules, sur la dé­par­te­men­tale 1.089 et la fré­quence des pas­sages at­testent que l’on n’a pas to­ta­le­ment per­du pied avec la réa­li­té.

Tho­mas Ne­veu, al­lure dé­gin­gan­dée et bon­net vis­sé sur la tête, nous dé­coche un sou­rire ré­joui. « La mai­son est han­tée. Je peux vous as­su­rer que, croyante ou pas, vous ne pas­se­riez pas une nuit seule ici. » Sa com­pagne, et pré­si­dente de l’as­so­cia­tion, Anaïs Moi­roud, le désa­voue d’un re­gard car­té­sien. « Je suis comme Saint­Tho­mas, confie­t­elle. Je ne crois que ce que je vois. »

Le couple, ori­gi­naire de l’Isère, a po­sé ses ba­gages dans les monts du Fo­rez à l’été 2016. Après avoir tra­vaillé dix ans dans le monde de la nuit, Tho­mas cher­chait une bi­coque « qui ait du vé­cu » pour s’adon­ner à l’une de ses pas­sions : l’hor­reur “gore” (c’est­à­dire tein­tée de sang). L’an­cien hô­tel du Pré fleu­ri, bra­dé sur le Bon coin après dix­sept an­nées d’aban­don, l’a dé­ci­dé à quit­ter Saint­Quen­tin Fal­la­vier pour les bois noirs. À deux, ils ont mon­té une so­cié­té ci­vile im­mo­bi­lière, créé une as­so­cia­tion et lan­cé un concept in­édit en France : le Shin­ning hos­tel. Une cen­taine de per­sonnes ve­nues de Pa­ris, Mar­seille, Bé­ziers, Tou­louse, Lyon ou Cler­mont ont de­puis adhé­ré au mou­ve­ment et goû­té à l’hos­pi­ta­li­té du site le temps d’une nuit.

Meu­blées dans le style 1900, toutes les pièces sont res­tées dans leur jus. Lam­beaux de ta­pis­se­rie, par­quet cra­quant, pen­dules bran­lantes… Les chambres vieillottes ont cha­cune leurs dé­tails hor­ri­fiques et Tho­mas Ne­veu ré­pand, ru­sé, les grandes lé­gendes du coin : « une pe­tite fille au­rait été em­mu­rée vi­vante dans l’une des pièces à l’étage », mur­mure­t­il. L’hôte jure avoir sen­ti son souffle une nuit et les in­ves­ti­ga­tions du NGI (Nu­clear ghost in­ves­ti­ga­tion) de Tou­lon cor­ro­borent ses dires. Le dé­cor, c’est cer­tain, se prête à de mé­mo­rables frousses d’au­tant que l’as­so­cia­tion a ses propres ar­ti­fices pour faire mon­ter la ten­sion.

Ac­cueillis au cré­pus­cule, les vi­si­teurs re­çoivent un py­ja­ma mol­le­ton­né en échange de leur montre et té­lé­phone por­table. Ain­si pri­vés de leurs re­pères tem­po­rels, ils s’adonnent à quelques tests psy­cho­lo­giques dans une an­cienne salle de classe avant de par­ta­ger un re­pas et de vi­sion­ner un film, d’hor­reur évi­dem­ment, dans l’un des pe­tits sa­lons. Cinq ou six membres d’hon­neur animent la soi­rée (tous ont si­gné des clauses de confi­den­tia­li­té), gri­més en ré­cep­tion­niste, en pro­fes­seur, en chi­rur­gien, en pê­cheur ou en égor­geur, les scé­na­rios em­prun­tant aux grands clas­siques du genre. Im­pos­sible, par consé­quent, de fer­mer l’oeil aux heures sombres, l’imagination ga­lo­pant à la maigre lueur des chan­delles élec­triques.

22 ca­mé­ras ins­tal­lées dans les chambres

L’as­so­cia­tion, ce­pen­dant, reste consciente des li­mites. Et le jeu prend fin si­tôt fran­chie la fron­tière de la ter­reur. « 22 ca­mé­ras filment les par­ti­ci­pants en per­ma­nence, pré­cise Tho­mas Ne­veu. Lors­qu’un par­ti­ci­pant se mure dans la pros­tra­tion, se met en re­trait, ou fond en larmes, c’est le signe qu’il faut ar­rê­ter là. » Ce mar­di 31 oc­tobre, le vieux ma­noir se tein­te­ra de rouge. Les toiles d’arai­gnées en­va­hi­ront pla­fonds et rampes d’es­ca­lier. Hal­lo­ween : pre­mier grand évé­ne­ment au ca­len­drier d’une as­so­cia­tion qui a pré­vu, pour le coup, une se­maine de pré­pa­ra­tifs. Fris­sons ga­ran­tis.

Une pe­tite fille em­mu­rée vi­vante à l’étage

CONCEPT. Anaïs Moi­roud et Tho­mas Ne­veu ont ra­che­té l’hô­tel du Pré fleu­ri en 2016. Le shin­ning hos­tel ac­cueille au­jourd’hui les pas­sion­nés d’hor­reur et de pa­ra­nor­mal sur un concept unique en France.

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