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Il a fait du pe­tit dé­pôt fa­mi­lial une en­tre­prise flo­ris­sante d’en­ver­gure ré­gio­nale

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Pierre-Oli­vier Vé­rot pierre-oli­vier.ve­rot@cen­tre­france.com

Le pa­tron de Pa­put Bois­sons est un homme de contact qui n’aime pour­tant guère s’af­fi­cher. En un de­mi-siècle d’ac­ti­vi­té, il a fait du pe­tit dé­pôt fa­mi­lial une en­tre­prise pros­père dans le do­maine de la dis­tri­bu­tion de « tout ce qui se boit ».

Pa­put, c’est un nom qui compte dans le Roan­nais. Et une en­tre­prise qui rayonne bien au­de­là des fron­tières du nord de la Loire. Pa­put Bois­sons, ce sont d’abord des chiffres élo­quents. 13,5 mil­lions d’eu­ros de chiffre d’af­faires cette an­née, en hausse de 5,5 %. 45 sa­la­riés ré­par­tis sur les sites de Roanne, Mont­lu­çon et Pont­du­Châ­teau, près de Cler­mont­Fer­rand. En­vi­ron 1.000 clients, li­vrés dans un rayon d’en­vi­ron 70 km au­tour de Roanne, de La­pa­lisse au nord jus­qu’aux portes du Fo­rez au sud, en pas­sant par le Beau­jo­lais vert et la plaine du Fo­rez. Et une ac­ti­vi­té so­li­de­ment im­plan­tée en Au­vergne et jus­qu’à Bourges et Ne­vers.

Aux bars, hô­tels et res­tau­rants, Pa­put livre « tout ce qui se boit… sauf le lait ! ». 70 tonnes de ca­fé par an au to­tal, 16.000 hec­to­litres de bière pres­ sion et à peu près au­tant de vin em­bou­teillé à Roanne, le prin­ci­pal site lo­gis­tique du groupe.

Mais Alain Pa­put, s’il connaît bien les chiffres pour avoir sui­vi des cours de comp­ta­bi­li­té au dé­but de son par­cours au cô­té de son père, mise avant tout sur l’hu­main. S’il n’est pas du genre à s’af­fi­cher par­tout en ville ou à frayer avec les po­li­tiques, il est un homme de contact. « J’en ai pous­sé des portes et j’en ai ser­ré des mains dans les bis­trots », ex­plique­t­il au mo­ment d’évo­quer ses dé­buts dans la pro­fes­sion. Ga­gner des clients était son ob­ses­sion. « J’avais les yeux et les oreilles par­tout. Il n’y avait pas beaucoup d’in­for­ma­tions qui m’échap­paient. Dès qu’un éta­blis­se­ment chan­geait de pro­prié­taire, j’étais au cou­rant et j’al­lais le voir. Notre tra­vail passe aus­si par de bons ré­seaux », dé­crit­il. Et voi­là com­ment la pe­tite af­faire créée en 1954 par son père, Ro­bert, après le ra­chat du dé­pôt Pi­ge­ron, rue Pierre­ Dé­pierre, à Roanne, est de­ve­nue une en­tre­prise pros­père qui s’est dé­ve­lop­pée en gri­gno­tant peu à peu des parts de mar­ché et, à par­tir des an­nées 1990, par l’ac­qui­si­tion de concur­rents ou de pe­tits dé­pôts clients (Au­ber­ger, Ron­dard…). « Le bu­si­ness, c’est une ques­tion d’op­por­tu­ni­tés », dé­crit Alain Pa­put, qui a le don de flai­rer les bonnes af­faires et de les faire gran­dir. Comme la cé­lèbre bras­se­rie de la place de l’Hô­tel­de­Ville de Roanne, La Ta­verne al­sa­cienne, ra­che­tée en 1995 dans une situation dé­li­cate et de­ve­nue un éta­blis­se­ment ren­table réa­li­sant 1,3 mil­lion d’eu­ros de chiffre d’af­faires se ré­par­tis­sant à parts égales entre res­tau­ra­tion et bar. En face, le Ba­ker street (au­tre­fois Le Fo­rum, N.D.L.R.) ap­par­tient éga­le­ment à la hol­ding Pa­put qui a re­ven­du, il y a deux ans, la bras­se­rie du même nom, ins­tal­lée der­rière la place de Jaude, à Cler­mont­Fer­rand.

L’Au­vergne est d’ailleurs une terre de conquête pour ce­lui dont la fa­mille est ori­gi­naire de Fer­rières­sur­Si­chon, dans l’Al­lier. Après le ra­chat de Sim­mat à Mont­lu­çon en 2003, puis de Roche, à Pont­du­Châ­teau, en 2007, Pa­put Bois­sons a pro­gres­si­ve­ment éten­du son rayon de li­vrai­son pour an­ti­ci­per la di­mi­nu­tion du nombre des clients. « C’est vrai, beaucoup de bis­trots ont fer­mé, constate Alain Pa­put. Alors, il nous faut aller plus loin, étendre notre ré­seau, pour com­pen­ser cette baisse. Quand je pense que quand j’avais 22 ou 23 ans, mon père m’avait en­gueu­lé parce que j’avais si­gné un nou­veau client à Char­lieu et qu’il trou­vait que c’était trop loin… Il faut bien suivre le mou­ve­ment. »

Troi­sième gé­né­ra­tion

Avec ses trois sites lo­gis­tiques, Pa­put Bois­sons est or­ga­ni­sé pour of­frir une bonne ré­ac­ti­vi­té par rap­port aux be­soins de ses clients. « Il faut veiller à ne pas perdre la proxi­mi­té qui nous dif­fé­ren­cie par rap­port à des groupes plus grands. Cette di­men­sion hu­maine, c’est aus­si ce qui fait notre force », es­time le PDG.

Sur le plan hu­main, jus­te­ment, l’an­cien­ne­té moyenne est plu­tôt éle­vée chez Pa­put. Ce qui est plu­tôt bon signe. En plus de l’am­biance fa­mi­liale, liée à l’his­toire de l’en­tre­prise. Et pour cause. En plus d’Alain Pa­put, à la suite de leur père, Ro­bert, Bob et Pierre ont in­té­gré l’af­faire fa­mi­liale. Da­vid, « l’homme vin » de la mai­son, et Céline, comp­table, les en­fants d’Alain, re­pré­sentent la troi­sième gé­né­ra­tion au sein de l’en­tre­prise. Alain Pa­put ne semble pas pour au­tant dis­po­sé pour l’ins­tant à jouir d’une re­traite pour­tant bien mé­ri­tée. Il a tout connu dans cette en­tre­prise qu’il a fait gran­dir, avec la fier­té d’y avoir exer­cé tous les mé­tiers, à tous les éche­lons. « Je trouve que c’est une chance de faire ce que j’aime et de m’y être in­té­res­sé. » Avec la soif d’en­tre­prendre et le goût des autres. ■

« Dans les bis­trots, les yeux et les oreilles par­tout… »

PHO­TO P.-O. VÉ­ROT

SITES. Outre le siège so­cial, quai du ca­nal à Roanne, Pa­put compte deux dé­pôts en Au­vergne, à Mont­lu­çon et près de Cler­mont-Fer­rand.

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