Grippe : les phar­ma­ciens sont prêts à vous pi­quer

Des pro­fes­sion­nels de la ré­gion ex­pé­ri­mentent, pen­dant trois ans, la vac­ci­na­tion sai­son­nière

Le Pays Roannais (Roanne) - - La Une - Au­ré­lie Mar­cha­dier au­re­lie.prud­homme@cen­tre­france.com

De­puis le lan­ce­ment de la cam­pagne de vac­ci­na­tion ven­dre­di der­nier, des phar­ma­ciens vo­lon­taires peuvent vac­ci­ner contre la grippe sai­son­nière, sous cer­taines condi­tions.

Au­vergne­Rhône­Alpes et Nou­velle Aqui­taine : ce sont les deux ré­gions re­te­nues pour l’ex­pé­ri­men­ta­tion de la vac­ci­na­tion an­ti­grip­pale en phar­ma­cies. Les pro­fes­sion­nels d’une tren­taine d’of­fi­cines du Roan­nais ont dé­jà ob­te­nu l’au­to­ri­sa­tion des au­to­ri­tés sa­ni­taires.

1 Pour­quoi cette ex­pé­ri­men­ta­tion ? Moins d’une per­sonne sur deux pour qui la grippe re­pré­sente un risque, s’est fait vac­ci­ner l’hi­ver der­nier. 47,4 % exac­te­ment, bien en de­çà des re­com­man­da­tions de l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té qui pré­co­nise 75 %. Pour aug­men­ter la cou­ver­ture vac­ci­nale, les au­to­ri­tés ont dé­ci­dé « d’élar­gir le par­cours vac­ci­nal » afin de « fa­ci­li­ter l’adop­tion de ce geste simple et pro­tec­teur qui, com­bi­né aux autres me­sures de prévention, per­met de frei­ner la cir­cu­la­tion du vi­rus et de ré­duire les risques liés à l’épi­dé­mie », ex­plique le Mi­nis­tère de la san­té. « Même si ce n’est pas notre job à la base, nous sommes des pro­fes­sion­nels de san­té. Et là, il s’agit bien d’un en­jeu de san­té pu­blique. C’est notre quo­ti­dien », re­place Yves Ro­bin, pro­fes­sion­nel ins­tal­lé à Roanne et élu à l’Ordre des phar­ma­ciens de la Loire.

La vac­ci­na­tion au­près de la po­pu­la­tion ci­blée a re­cu­lé de près de 10 % ces der­nières an­nées. La faute à « l’épi­sode de la grippe H1N1 et à la dé­fiance gé­né­rale an­ti­vac­cin », es­time Yves Ro­bin. « Au­jourd’hui, les gens ne voient plus l’in­té­rêt de se faire vac­ci­ner, mais c’est ou­blier les mil­liers de morts chaque an­née, et le fait qu’on se vac­cine

pour soi et pour pro­té­ger les autres. C’est une bar­rière aux épi­dé­mies ». L’hi­ver der­nier, près de 1,8 mil­lion de per­sonnes ont consul­té un mé­de­cin pour des symp­tômes grip­paux. Quant au bi­lan de sur­mor­ta­li­té hi­ver­nale spé­ci­fi­que­ment liée à la grippe, il a été es­ti­mé à

14.400 dé­cès.

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Quel cadre pour ce test ? Les phar­ma­ciens au­to­ri­sés à vac­ci­ner doivent ré­pondre à un ca­hier des charges et no­tam­ment at­tes­ter d’une for­ma­tion va­li­dée (d’une jour­née en­vi­ron). Ils doivent dis­po­ser de lo­caux adap­tés, dont un es­pace de confi­den­tia­li­té. Avant l’acte, il leur faut re­cueillir le consen­te­ment ex­press et éclai­ré de la per­sonne. « Nous de­vons ex­pli­quer les en­jeux »,

pré­cise le pro­fes­sion­nel roan­nais. Après l’in­jec­tion, ils doivent gar­der le pa­tient en ob­ser­va­tion 15 mi­nutes et in­for­mer son mé­de­cin trai­tant de la vac­ci­na­tion. Dans cette nou­velle mis­sion, ils peuvent s’ap­puyer sur une pla­te­forme in­ter­net mise à dis­po­si­tion par l’Ordre des phar­ma­ciens.

Pour ces actes, ces pro­fes­sion­nels per­çoivent 6,30 € en cas de bon de prise en charge d’un vac­cin an­ti­grip­pal émis par l’as­su­rance­ma­la­die, 4,50 € en cas de pres­crip­tion mé­di­cale. Chaque phar­ma­cien re­çoit aus­si la somme for­fai­taire de 100 € après les cinq pre­mières vac­ci­na­tions, au titre du dé­dom­ma­ge­ment lié aux contraintes de l’ex­pé­ri­men­ta­tion. L’in­jec­tion est gra­tuite pour la per­sonne vac­ci­née.

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Qui peut se faire vac­ci­ner en phar­ma­cie ? Les per­sonnes éli­gibles sont les adultes ci­blés par les re­com­man­da­tions vac­ci­nales en vi­gueur (no­tam­ment les plus de 65 ans), mu­nis d’un bon ou d’une or­don­nance. « On ne vac­cine pas tout le monde », in­siste Yves Ro­bin. Sont no­tam­ment ex­clues les femmes en­ceintes, les per­sonnes à risque par­ti­cu­lier ou n’ayant ja­mais été vac­ci­nées, qui doivent être orien­tées vers leur mé­de­cin trai­tant. « L’in­té­rêt est de tou­cher des po­pu­la­tions com­plé­men­taires à celles dé­jà prises en charge par les mé­de­cins et les in­fir­miers », rap­pelle l’Ordre des phar­ma­ciens.

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Quel écho après ces pre­miers jours ? « En Roan­nais, pas mal de confrères se sont dé­jà en­ga­gés dans cette ex­pé­ri­men­ta­tion », sou­ligne Yves Ro­bin. La vac­ci­na­tion est dé­jà pos­sible dans une tren­taine d’of­fi­cines du ter­ri­toire. Pour l’heure, Yves Ro­bin, lui, n’a pas en­core eu à pra­ti­quer. « Quelques per­sonnes m’ont de­man­dé si je le fai­sais, mais j’in­vite ceux qui ont leurs ha­bi­tudes avec leur mé­de­cin ou in­fir­mier à conti­nuer. Nous nous ins­cri­vons dans un es­prit de com­plé­men­ta­ri­té avec ces pro­fes­sion­nels, in­siste le phar­ma­cien. Ce qui compte, c’est de re­don­ner confiance, que les gens se fassent vac­ci­ner contre la grippe même si ce n’est pas par nous. Bref, que la po­pu­la­tion soit mieux pro­té­gée ».

« Tou­cher des po­pu­la­tions com­plé­men­taires »

ILLUS­TRA­TION D.A.

CA­LEN­DRIER. La cam­pagne de vac­ci­na­tion contre la grippe sai­son­nière pren­dra fin le 31 janvier pro­chain.

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