La Pass, au ser­vice des plus dé­mu­nis

L’éta­blis­se­ment rem­plit plu­sieurs mis­sions d’in­té­rêt gé­né­ral

Le Pays Roannais (Roanne) - - Vie Régionale L'actu - Etienne Chaize etienne.chaize@cen­tre­france.com ➔ Tél. 04.77.44.36.83.

Dans le cadre de ses 700 ans, le centre hos­pi­ta­lier de Roanne met l’ac­cent sur ses mis­sions de ser­vice pu­blic. En vi­trine, la Pass, une cel­lule mé­di­co-so­ciale pour­tant mé­con­nue.

Pour la plupart des gens, l’ac­cès au soin est, si­non fa­cile, au moins ba­li­sé, du mé­de­cin trai­tant à la phar­ma­cie. Pour d’autres, en si­tua­tion de grande pré­ca­ri­té, déso­cia­li­sés, ré­fu­giés, tra­vailleurs pauvres, san­sa­bri, an­ciens dé­te­nus…, la san­té peut vite re­le­ver du par­cours du com­bat­tant. Pour les ai­der et les ac­com­pa­gner, de­puis le dé­but des an­nées 2000, il existe, à Roanne comme ailleurs, des Pass (pour Per­ma­nences d’ac­cès aux soins de san­té) ; des cel­lules mé­di­co­so­ciales plu­ri­dis­ci­pli­naires, com­po­sées de mé­de­cins, d’in­fir­miers et d’as­sis­tants so­ciaux prêts à ne « lais­ser per­sonne sur le bord de la route ».

Pour ce­la, le ser­vice lo­cal in­ter­vient dans di­verses struc­tures telles que le Foyer vers l’ave­nir, Notre Abri, la Bou­tique san­té ou en­core le Centre d’ac­cueil des de­man­deurs d’asile. « Les trois in­fir­miers du ser­vice y vont à des mo­ments bien dé­fi­nis de la se­maine, à la ren­contre des per­sonnes. Ça nous per­met de re­pé­rer des si­tua­tions qu’on peut en­suite re­di­ri­ger vers les as­sis­tantes so­ciales, les consul­ta­tions ou l’équipe mo­bile de psy­chia­trie et pré­ca­ri­té (lire encadré )», dé­taille Ro­land Co­viz­zi, cadre de san­té. Cer­tains mé­de­cins trai­tants du sec­teur, au fait de l’exis­tence de la Pass, ou bien les ur­gences, tra­vaillent éga­le­ment en lien avec ce ser­vice, mal­heu­reu­se­ment peu vi­sible. « On n’ar­rive pas ici par ha­sard », ap­puie le Dr Tu­du­ri, à la Pass de­puis 2008, à rai­son de trois de­mi­jour­nées de consul­ta­tions par se­maine.

« Notre fonc­tion pre­mière est de per­mettre à tous nos pa­tients de re­trou­ver des droits, qu’ils sortent du dis­po­si­tif et re­tournent dans le cir­cuit clas­sique, ex­plique­t­elle. Après, il y a ceux qui sont dans des si­tua­tions in­ex­tri­cables, comme les SDF, qui partent, re­viennent… ». En tout, chaque an­née, 30 % des per­sonnes concer­nées par la Pass sont ain­si cen­sées re­joindre le sys­tème de san­té tra­di­tion­nel grâce au tra­vail des deux as­sis­tantes so­ciales du ser­vice. « Le pro­blème, c’est qu’il n’y a pas as­sez de mé­de­cins trai­tants de­hors et c’est le ser­pent qui se mord la queue… 50 % des gens qui ne de­vraient plus faire par­tie du sys­tème sont tou­jours pris en charge par la Pass ». Avec cette don­née dans la balance et les nou­veaux pa­tients à trai­ter, en quelques an­

nées, le nombre de ren­dez­vous a consi­dé­ra­ble­ment aug­men­té. Ajou­tez à ce­la un pu­blic étran­ger à 80 %, la bar­rière de la langue et des dé­marches ad­mi­nis­tra­tives com­plexi­fiées et vous ob­te­nez des jour­nées bien rem­plies. Un peu trop au goût de l’an­cienne ur­gen­tiste.

Prévention avant tout

Si l’ac­tion so­ciale, au coeur de la Pass, à tra­vers les pu­blics ac­cueillis et le tra­vail me­né pour la re­con­nais­sance de leurs droits, prend du temps, elle est as­sor­tie d’un vo­let mé­di­cal très pre­nant lui aus­si, mi­sant gros sur la prévention. Les in­fir­miers, par exemple, mènent, dans les struc­tures par­te­naires, des ac­tions d’édu­ca­tion à la san­té, concer­nant l’hygiène, les MST, la toxi­co­ma­nie… En consul­ta­tion aus­si : « On fait beau­coup de dé­pis­tage. On a ac­cès au pla­teau de l’hô­pi­tal pour des ra­dios, la phar­ma­cie, les scan­ners… On peut gé­rer, comme ça, 90 % des pro­blèmes de san­té, dé­fend le Dr Tu­du­ri. Et au bout du bout, ça coûte moins d’ar­gent à la so­cié­té puisque tout ce tra­vail qu’on peut faire avant, per­met d’évi­ter des hos­pi­ta­li­sa­tions, coû­teuses ». ■

« On n’ar­rive pas ici par ha­sard »

PHOTO : E. C.

EF­FEC­TIFS. La Pass est com­po­sée d’un mé­de­cin (0,35 équi­valent temps plein), d’un cadre de san­té, de trois in­fir­miers à mi­temps et de deux as­sis­tantes so­ciales à mi-temps.

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