La double peine des mar­tyrs de Vin­gré

Le Pays Roannais (Roanne) - - Roanne Vivre Sa Ville - P.-F. C.

Dans le quar­tier de l’Ar­se­nal, la rue des Mar­tyrs-deVin­gré per­met de se sou­ve­nir de six Poi­lus in­jus­te­ment tués par leur hié­rar­chie.

Le 27 novembre 1914, après une pré­pa­ra­tion d’ar­tille­rie qui dé­mo­lit une par­tie de leur tran­chée, les sol­dats du 298e ré­gi­ment d’in­fan­te­rie (RI) sont sur­pris par une at­taque al­le­mande, qui fait plu­sieurs pri­son­niers. Une de­mi­sec­tion fran­çaise doit alors se re­plier dans les boyaux.

Le bom­bar­de­ment ter­mi­né, elle re­tourne dans la tran­chée conquise par les Al­le­mands et les en dé­loge, re­pre­nant le contrôle

de son em­pla­ce­ment. Mais pour avoir mo­men­ta­né­ment aban­don­né la tran­chée, les 24 hommes la com­po­sant sont pré­ve­nus d’aban­don de poste en pré­sence de l’en­ne­mi ! Le 3 décembre, à l’is­sue d’un ti­rage au sort mor­bide, un con­seil de guerre spé­cial dé­signe six d’entre

eux qui sont fu­sillés pour l’exemple le len­de­main « pour ai­der les com­bat­tants à re­trou­ver le goût de l’obéis­sance ».

« C’est hon­teux », s’in­digne en­core au­jourd’hui Abel Du­ran­tet, le plus jeune des pe­tits­fils de Fran­cisque (l’un des six mal­heu­reux tués par leur propre pays ce 4 décembre 1914). Ma grand­mère avait deux en­fants en bas âge à l’époque. Elle a beau­coup souf­fert et était vue comme une femme de traître. Au ci­me­tière, son ma­ri n’était pas en­ter­ré avec les autres morts de la guerre. À Am­bierle, on ne la lais­sait pas ren­trer dans les com­merces. Elle de­vait tra­vailler toute seule à la ferme. Je me de­mande comment elle a fait pour sur­vivre ! » Car pen­dant des an­nées, elle n’a pas pu tou­cher non plus la pen­sion at­tri­buée aux veuves de guerre. Jus­qu’à ce qu’une ré­vi­sion du pro­cès ait lieu du­rant l’hi­ver 1920 grâce à l’achar­ne­ment d’un an­cien du 298e RI. Celle­ci a ré­ta­bli les fa­milles des in­jus­te­ment fu­sillés dans leur plein droit, y com­pris pour le paie­ment des ar­rié­rages de pen­sion. ■

« Comment ma grand­mère a pu sur­vivre ? »

« HON­TEUX ». Abel Du­ran­tet, ici à cô­té d’Yves Ni­co­lin, est le pe­tit-fils de Fran­cisque, in­jus­te­ment fu­sillé pour l’exemple. G. B.

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