L’ac­cu­sa­trice de Ta­riq Ra­ma­dan est une ex-Roan­naise

Hen­da Aya­ri, qui a ha­bi­té Roanne de 1998 à 2006, a por­té plainte pour viol contre Ta­riq Ra­ma­dan

Le Pays Roannais (Roanne) - - La Une - Ch­ris­tian Verdet (Avec AFP)

L‘ex Roan­naise, pré­si­dente de « Li­bé­ra­trices », une as­so­cia­tion de dé­fense des droits des femmes, ré­clame jus­tice pour le viol dont elle af­firme avoir été la vic­time en 2012.

In­ter­ro­gé par l’AFP le 20 oc­tobre, suite au dé­pôt de plainte pour « des faits cri­mi­nels de viol, agres­sions sexuelles, vio­lences vo­lon­taires » contre Ta­riq Ra­ma­dan, Me Jo­nas Had­dad, conseil de la plai­gnante a dé­cla­ré : « Hen­da Aya­ri n’avait pas en­vie de com­mu­ni­quer sur ce su­jet par peur. Avec la li­bé­ra­tion de la pa­role à la­quelle on as­siste de­puis quelques jours, elle a dé­ci­dé de dire ce qu’elle a su­bi et d’en ti­rer les consé­quences ju­di­ciaires. »

Le cou­rage de dé­non­cer

Dans la fou­lée, une autre femme a, elle aus­si, por­té plainte contre l’is­la­mo­logue suisse pour des faits qui se se­raient dé­rou­lés dans un grand hô­tel de Lyon, en oc­tobre 2009. Et cer­taines de ses élèves, dont plu­sieurs étaient mi­neures au mo­ment des faits,

com­mencent à par­ler de pra­tiques sem­blables qui au­raient eu lieu dans les an­nées 1980­90.

Mais qui est Hen­da Aya­ri, la

pre­mière à avoir ac­cu­sé l’in­tel­lec­tuel ? La jeune femme est née en 1976 à Rouen. Ma­riée en 1998 à Ba­chir (le nom qu’elle donne à son ma­ri dans son livre, J’ai choi­si d’être libre, N.D.L.R.), elle ar­rive à Roanne, la ville dont son époux est ori­gi­naire, cette même an­née. De Rouen­naise à Roan­naise, il n’y a qu’un pas. « Nous ar­ri­vâmes dans la ban­lieue de Roanne à 5 heures du ma­tin, ses pa­rents ha­bi­taient une pe­tite ci­té HLM au Parc des Sports dans un pe­tit im­meuble d’en­vi­ron 10 étages. Il y avait de la ver­dure, c’était un en­droit agréable (*) », dé­crit Hen­da Aya­ri dans le cha­pitre IV. Mais très vite, la pro­mis­cui­té va po­ser des pro­blèmes entre le jeune couple et les pa­rents de l’époux. Hen­da et son ma­ri ha­bitent quelque temps « dans un hô­tel For­mule 1 de la ban­lieue roan­naise. C’est dans une de ces chambres sans âme que j’ai fait le test de gros­sesse qui a confir­mé les symp­tômes qui m’aler­taient. »

Elle est en­ceinte, il faut donc trou­ver un ap­par­te­ment en ur­gence. Ba­chir est un sa­la­fiste (**), sa femme doit donc adop­ter cet Is­lam ri­go­riste. Elle est croyante, certes, mais pas au point de son ma­ri. Elle se plie mal­gré tout à la vo­lon­té de son époux et de­vient, elle aus­si, une sa­la­fiste. Ba­chir fré­quente la mos­quée, a des dis­cus­sions pas­sion­nées sur l’Is­lam avec ses amis à la mai­son et, par­fois, « donne un coup de main à un ami sa­la­fiste qui te­nait une épi­ce­rie ». Mais l’époux est de­ve­nu violent : un jour, sa femme, qui lui de­mande d’avoir, elle aus­si, une carte ban­caire, re­çoit un coup violent dans le ventre alors qu’elle est en­ceinte de cinq mois. Nous sommes alors en 1999. La jeune femme at­ten­dra jus­qu’en juin 2006, époque où son ma­ri « l’a di­vor­cé », pour quit­ter Roanne et l’ap­par­te­ment du Parc des Sports afin de re­ga­gner Rouen.

Une cor­res­pon­dance in­ten­sive

C’est peu après qu’elle en­tame une cor­res­pon­dance via les ré­seaux so­ciaux avec « Zou­beyr » : « Une cor­res­pon­dance en tout bien tout hon­neur, je sa­vais qu’il était ma­rié. » Mais Zou­beyr n’est pas tout à fait un in­con­nu pour elle. Alors qu’elle était étu­diante en psy­cho­lo­gie, plu­sieurs an­nées au­pa­ra­vant, des amis proches des Frères mu­sul­mans lui avaient fait connaître les livres de cet in­tel­lec­tuel qu’elle ad­mire « de­puis [ses] 18 ans, qui [lui] a don­né le dé­sir d’être une bonne mu­sul­mane ».

Elle lui confie ses re­mords de ne pas faire ses prières ré­gu­liè­re­ment : « Je l’ad­mi­rais de loin, je lui de­man­dais des conseils. J’au­rais ado­ré le ren­con­trer. » Tout bas­cule quand la jeune ma­man, qui vient de ré­cu­pé­rer, en 2011, ses en­fants qui lui avaient été en­le­vés par leur père, poste sur son Fa­ce­book© une pho­to d’elle ma­quillée, sans voile et por­tant une veste en cuir. La ré­ac­tion de « Zou­beyr » est im­mé­diate : « Ce n’est pas bien ce que tu as fait, tu risques d’at­ti­rer l’at­ten­tion. »

La dis­cus­sion, vive au dé­but, s’adou­cit pro­gres­si­ve­ment, jus­qu’à ce que « Zou­beyr » pro­pose une ren­contre à la jeune femme. « J’al­lais en­fin pou­voir lui dire à quel point ses écrits m’avaient mar­quée, mais il fal­lait que je fasse très at­ten­tion, je ris­quais de tom­ber folle amou­reuse de lui. Or, pas ques­tion… Il était ma­rié. »

« La nuit la plus hor­rible de toute ma vie »

Le ren­dez­vous est fixé à Pa­ris, où « Zou­beyr » in­ter­vient en cette an­née 2012. Le confé­ren­cier en­voie le nu­mé­ro de ses ap­par­te­ments à la jeune femme, qui s’étonne un peu de de­voir le re­joindre dans sa chambre d’hô­tel, mais « com­prend son dé­sir de dis­cré­tion ». La suite tourne vite à l’hor­reur : « Zou­beyr », qui l’a ac­cueillie « un pla­teau de pâ­tis­se­ries orien­tales à la main » ­ une pâ­tis­se­rie qu’elle dit avoir ac­cep­tée dans son livre, mais re­fu­sée dans ses der­niers té­moi­gnages ­ l’em­brasse im­mé­dia­te­ment. Elle se laisse faire, et tout de suite, il en veut beau­coup plus. Il se jette sur elle, la frappe, es­saye même de l’étran­gler, pré­tend Hen­da Haya­ri, qui vit « la nuit la plus hor­rible de sa vie ». Après « avoir fait ce qu’il avait à faire », il de­mande à la jeune femme de par­tir dis­crè­te­ment et glisse un billet dans son sac, « pour le taxi », lui lance­til.

Trau­ma­ti­sée, Hen­da Aya­ri a en­foui ce lourd se­cret du­rant des an­nées, jus­qu’à ce que l’af­faire Har­vey Wein­stein, pro­duc­teur hol­ly­woo­dien ac­cu­sé de har­cè­le­ment sexuel par plu­sieurs cé­lé­bri­tés, ne donne lieu à des mou­ve­ments en­cou­ra­geant la dé­non­cia­tion de ces actes. Là, elle a en­fin trou­vé le cou­rage de par­ler et de por­ter plainte, le 20 oc­tobre der­nier. ■

(*) Toutes les ci­ta­tions sont ex­traites du livre d’Hen­da Aya­ri J’ai choi­si d’être

libre, pa­ru en no­vembre 2016 chez Flam­ma­rion.

(**) Mou­ve­ment re­li­gieux de l’Is­lam sun­nite, prô­nant un re­tour aux pra­tiques en vi­gueur dans la com­mu­nau­té mu­sul­mane à l’époque du pro­phète Ma­ho­met et de ses pre­miers dis­ciples.

PEUR.

Dans un livre pa­ru en no­vembre 2016, la jeune femme avait ex­pli­qué avoir été abu­sée sexuel­le­ment. Elle ne dé­si­gnait alors pas ex­pli­ci­te­ment son vio­leur, qu’elle ap­pe­lait « Zou­beyr ».

CAP­TURE ÉCRAN HEN­DA AYA­RI

TWEET. L’ex-Roan­naise a ré­vé­lé le vrai nom de son agres­seur, Ta­riq Ra­mam­dan, le 20 oc­tobre der­nier sur Fa­ce­book©.

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