Que­relle de clo­cher à l’an­cienne cure

Le pro­jet de la mu­ni­ci­pa­li­té de dé­mo­lir le bâ­ti­ment sus­cite la contes­ta­tion

Le Pays Roannais (Roanne) - - Vie Régionale L'actu - Au­ré­lie Mar­cha­dier au­re­lie.prud­homme@cen­tre­france.com HU­GUETTE BURELIER.

Dans ce pe­tit vil­lage du Pays d’Ur­fé, un col­lec­tif se mo­bi­lise contre la « des­truc­tion in­jus­ti­fiée » du bâ­ti­ment joux­tant l’église, et dé­nonce un manque d’in­for­ma­tion. La mai­rie, elle, avance l’état de dé­té­rio­ra­tion de l’édi­fice clas­sé in­sa­lubre et as­sume ses prio­ri­tés.

Si­tuée au coeur du bourg, l’an­cienne bâ­tisse en pierre en im­pose avec ses 420m2. Pro­prié­té de la com­mune, ce lieu va­cant, qui ac­cueillait des lo­ca­taires jus­qu’en

2009, sus­cite de­puis quelques se­maines toutes les at­ten­tions. En cause : le pro­jet de la mu­ni­ci­pa­li­té de la dé­mo­lir. Une pers­pec­tive qui a fait ré­agir des ha­bi­tants qui ont lan­cé une pé­ti­tion.

« Nous avons re­cueilli

206 si­gna­tures en dix jours, avancent les membres du col­lec­tif. Nous l’avons en­voyée en mai­rie le 12 oc­tobre der­nier, mais le conseil a vo­té à l’una­ni­mi­té sa des­truc­tion lors du conseil mu­ni­ci­pal sui­vant, le 27 oc­tobre ». Les tra­vaux pour­raient dé­bu­ter au pre­mier se­mestre 2018.

La dé­mo­li­tion consti­tue « une so­lu­tion de fa­ci­li­té », es­time ce col­lec­tif. « On nous dit que ce bâ­ti­ment se­rait vé­tuste et trop cher à res­tau­rer. Certes, il y a des pro­blèmes d’eau dans la cave, qu’on re­trouve dans beau­coup de mai­

Une par­tie du col­lec­tif qui s’est consti­tué, de­vant l’an­cienne cure et l’église. Il y a quelques an­nées, dans ce même bourg, le ra­va­le­ment de fa­çade de l’édi­fice re­li­gieux avait dé­jà fait cou­ler beau­coup d’encre.

sons du sec­teur, et des moi­sis­sures en bas des murs qui re­montent par ca­pil­la­ri­té. Pour évi­ter sa dé­té­rio­ra­tion, il au­rait fal­lu conti­nuer à chauf­fer et aé­rer. Mais l’édi­fice est en bon état gé­né­ral et dé­jà uti­li­sable. On pré­fé­re­rait que le coût de la des­truc­

tion et de l’amé­na­ge­ment d’un par­king soit in­ves­ti dans sa res­tau­ra­tion ». Pour ces ha­bi­tants, ce bâ­ti­ment fait en ef­fet par­tie in­té­grante du pa­tri­moine com­mu­nal « qui n’est dé­jà pas très riche. Le peu qu’on a, on veut le gar­der ».

« In­ves­tir au­tant d’ar­gent dans ce pro­jet, mais pour faire quoi ? »

Maire

« Nous ré­flé­chis­sons de­puis des an­nées au de­ve­nir de cette an­cienne cure, ex­plique de son cô­té le maire Hu­guette Burelier. Dé­jà, quand nous avons ré­no­vé l’église voi­sine, on s’était in­ter­ro­gé sur l’uti­li­sa­tion de ce bâ­ti­ment qui ré­clame des ré­pa­ra­tions énormes et qui a les pieds dans l’eau. On ne voyait pas à quoi il pou­vait ser­vir. Nous l’avions alors mis en vente mais nous n’avons pas trou­vé pre­neur ». Une vente pas­sée in­aper­çue, ré­torque le col­lec­tif. « Nous avons aus­si un autre lo­cal que l’on tient à sau­ve­gar­der et sur le­quel nous tra­vaillons », ajoute l’élue.

Et l’an­cienne Poste ?

La mu­ni­ci­pa­li­té a en ef­fet in­ves­ti dans l’an­cienne Poste pour y amé­na­ger, dans une par­tie, la bi­blio­thèque, avec un ac­cès pour han­di­ca­pés. « On va ré­no­ver l’en­semble, mais nous ne sa­vons pas en­core ce que nous fe­rons des deux tiers res­tants. Si nous avons pris cette dé­li­bé­ra­tion con­cer­nant la cure, c’est parce que nous sommes per­sua­dés d’agir pour l’in­té­rêt de la com­mune : il n’est pas en­vi­sa­geable de lais­ser ce bâ­ti­ment à l’aban­don plus long­temps. Et in­ves­tir au­tant d’ar­gent ­ au mi­ni­mum 300.000 € ­ dans ce pro­jet, mais pour faire quoi ? » La mai­rie as­sume donc ses prio­ri­tés : l’an­cienne Poste, mais aus­si la ré­no­va­tion de son parc lo­ca­tif de huit lo­ge­ments. « 150.000 € vont être in­ves­tis dans les trois pro­chaines an­nées pour amé­lio­rer les ca­pa­ci­tés éner­gé­tiques ».

Pour le col­lec­tif, plu­sieurs af­fec­ta­tions se­raient pour­tant en­vi­sa­geables pour cette an­cienne bâ­tisse : « Pour­quoi ne pas y créer une mai­son des as­so­cia­tions, in­exis­tante dans la com­mune, ou en­core des lo­ge­ments des­ti­nés aux an­ciens des vil­lages qui sou­hai­te­raient se rap­pro­cher du bourg ? »

« Per­mettre à une as­so­ cia­tion de se rendre dans ce lieu se­rait ir­res­pec­tueux et in­digne, car il est in­sa­lubre », ré­torque l’élue, qui rap­pelle que la salle du conseil et la salle des fêtes sont ou­vertes aux clubs. « Et con­cer­nant les be­soins lo­ca­tifs, le parc exis­tant est suf­fi­sant ».

La dé­mo­li­tion, « une so­lu­tion de fa­ci­li­té »

Le col­lec­tif l’as­sure : « Il ne s’agit pas d’une po­lé­mique contre la mai­rie, ni d’une que­relle d’opi­nion. On veut sim­ple­ment sau­ve­gar­der ce pa­tri­moine. On dé­plore, dans ce dos­sier, un manque d’in­for­ma­tion ». Une ri­ve­raine, dont l’ha­bi­ta­tion est mi­toyenne à la cure, ne cache d’ailleurs pas ses craintes. « Je suis in­quiète quant aux consé­quences pour ma mai­son. Je me pose beau­coup de ques­tions ».

Au­jourd’hui, le col­lec­tif sou­haite la te­nue d’une réunion pu­blique. « Nous n’avons pas eu de de­mande of­fi­cielle en ce sens », s’étonne le maire, qui pré­cise : « Je peux com­prendre qu’on ne soit pas d’ac­cord. Si cer­taines per­sonnes veulent nous ren­con­trer, il n’y a pas de pro­blèmes. Nous sommes tous ac­ces­sibles », ré­pond Hu­guette Burelier. ■

A.M.

MO­BI­LI­SÉS.

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