Pe­tite his­toire de la Grande Guerre

Ch­ris­tophe Gui­chard, 42 ans, a amas­sé un vé­ri­table tré­sor sur l’his­toire de la Grande Guerre

Le Pays Roannais (Roanne) - - La Une - Ch­ris­tian Verdet

EXPERT. Ch­ris­tophe Gui­chard, un ha­bi­tant de Pouilly­sous­-Char­lieu, s’est consti­tué une in­croyable col­lec­tion d’ob­jets de la guerre de 1914­1918.

PU­BLIC. Il pré­sen­te­ra le fruit de ses re­cherches à la mai­rie de Pouilly­les­ No­nains, lors d’une ex­po­si­tion pré­vue du 10 au 12 no­vembre.

Ch­ris­tophe Gui­chard ex­po­se­ra son im­pres­sion­nante col­lec­tion d’ob­jets sur la guerre de 14-18, à la mai­rie de Pouilly-les-No­nains, du 10 au 12 no­vembre. Ren­contre avec un pas­seur de mé­moire.

C’est presque une image d’Épi­nal : l’en­fant est dans la chambre de ses grands­pa­rents, au pied d’un très haut lit de fer, un ob­jet que tous les qua­dra­gé­naires d’au­jourd’hui ont connu lors des en­trées em­preintes d’émo­tion dans la chambre de leurs aî­nés, un lieu fré­quem­ment en­com­bré de sou­ve­nirs trô­nant sur des nap­pe­rons, et bien sûr de cartes pos­tales. Mais ce n’est pas l’image du Mont­Saint­Mi­chel, ni peut­être celle de la Ba­si­lique du Sa­cré­Coeur­deMont­martre, dont l’inau­gu­ra­tion a été re­por­tée en 1919 à cause de la Grande Guerre, qui fas­cinent le môme Ch­ris­tophe. Au­cune de ces pho­to­gra­phies, au dos de la­quelle fi­gure sans nul doute, d’une écri­ture ap­pli­quée, la fa­meuse phrase, « Pen­sons bien à vous », n’hyp­no­tise au­tant le ga­min que celle, ac­cro­chée au mur, de son grand­père, « né en 1893 à Me­lay, exer­çant la pro­fes­sion de culti­va­teur », comme men­tionnent ces pa­piers soi­gneu­se­ment conser­vés par Ch­ris­tophe Gui­chard. L’an­cêtre, en uni­forme mi­li­taire, le re­garde droit dans les yeux. Il semble dé­jà lui ra­con­ter l’His­toire que Ch­ris­tophe se don­ne­ra pour mis­sion de trans­mettre des an­nées plus tard.

« Mes deux grands­pères, pa­ter­nel et ma­ter­nel, ont fait la Grande Guerre. Ils sont morts suite aux gaz re­çus du­rant celle­ci », ex­plique ce­lui qui a com­men­cé sa col­lec­tion il y a

16 ans, à la nais­sance de sa fille. De­puis, ce feu le dé­vore et de­mande à être ali­men­té sans cesse : « J’aime beau­coup l’His­toire en gé­né­ral, mais par­ti­cu­liè­re­ment celle de la guerre de

1914­18 ». Ch­ris­tophe, qui exerce la pro­fes­sion d’agent de sé­cu­ri­té de­puis 1999 ­ « J’au­rais vou­lu en­

trer dans la po­lice mais un ac­ci­dent m’en a em­pê­ché »­, n’ar­rête plus de se do­cu­men­ter sur la Grande Guerre et d’écu­mer les bro­cantes. « Je cherche les bro­cantes, in­siste le col­lec­tion­neur, pas les bourses aux armes qui res­semblent à un su­per­mar­ché et où on sert un ba­ra­tin de ven­deur. Ce que j’aime, c’est quand quel­qu’un me ra­conte l’his­toire de l’ob­jet, bien sou­vent re­trou­vé dans le gre­nier fa­mi­lial, qu’il s’ap­prête à cé­der. »

« J’ai peut-être été Poi­lu dans une vie an­té­rieure »

Le qua­dra­gé­naire ad­met « y al­ler au pe­tit bon­heur la chance ». Il se dé­fend aus­si d’être un col­lec­tion­neur ex­clu­sif : « Je ne suis pas de ceux qui re­cherchent la pièce chère ; je ne suis pas non plus uni­que­ment adepte du casque Adrian ­ casque mi­li­taire qui a équi­pé les troupes fran­çaises pen­dant la Pre­mière Guerre

mon­diale à par­tir de sep­tembre 1915, N.D.L.R. ­ et mes re­cherches, même si elles concernent les ob­jets de 14­18, vont plus loin que la fin de la guerre, avec les pa­piers mi­li­taires, d’in­va­li­di­té, de créa­tion d’as­so­cia­tions, etc.

Quand on lui de­mande d’où lui vient cette ob­ses­sion de re­trou­ver ces ob­jets de la Grande Guerre, Ch­ris­tophe sou­rit ­ fait rare chez lui ­ et ré­pond qu’il n’en sait rien. Jean­Pierre Jeu­net, réa­li­sa­teur roan­nais du Fa­bu­leux des­tin d’Amé­lie Pou­lain, mais sur­tout, avec la même ac­trice, Au­drey Tau­tou, du ma­gis­tral Un long di­manche de fian­çailles, qui se dé­roule lors des mu­ti­ne­ries de 1917, ex­pli­quait, lors du tour­nage, qu’en re­gar­dant les tran­chées, il était cer­tain d’avoir dé­jà vé­cu cette scène dans une autre vie. « Peu­têtre moi aus­si ai­je été Poi­lu dans une vie an­té­rieure », avance pru­dem­ment le col­lec­tion­

neur, en ou­vrant avec émo­tion le jour­nal d’un sol­dat dans le quel, à la date du jeu­di 30 mai 1917, est écrit : « Vers mi­di on ap­prend qu’une di­vi­sion a re­fu­sé de mon­ter aux tran­chées, il y a en­vi­ron 5.000 fan­tas­sins […] On les fait mon­ter dans des ca­mions après les avoir préa­la­ble­ment désar­més. Chaque groupe de ca­mions est sui­vi d’une au­to­mi­trailleuse ayant ordre de ti­rer à la moindre vel­léi­té. » Le triste sort des mu­tins que l’on em­me­nait de force sur la pre­mière ligne du front. Leur choix se ré­su­mait à la mort… Ou à la mort.

Prio­ri­té aux ob­jets lo­caux

Ch­ris­tophe Gui­chard a choi­si de ne col­lec­tion­ner que les ob­jets fran­çais et re­cherche par­ti­cu­liè­re­ment les ob­jets lo­caux. « J’en ai de par­tout, bien sûr, mais aus­si de Per­reux, Cou­touvre, Char­lieu », s’en­thou­sias­met­il en ex­hi­bant une pho­to des an­ciens com­bat­tants de Per­reux prise lors de leur réunion du 11 no­vembre 1930. Mais sa joie reste de mon­trer l’im­pres­sion­nante quan­ti­té d’ob­jets qu’il a dé­ni­chée au fil des ans lors d’ex­po­si­tions : « Je suis trop content quand on me de­mande d’ex­po­ser. Je fais ça bé­né­vo­le­ment ; ma seule re­con­nais­san­

ce, c’est le con­tact avec les gens. Je leur ex­plique à ma fa­çon, car je ne suis pas his­to­rien, j’ai tout ap­pris tout seul. J’adore quand des gens me disent qu’ils ont res­sor­ti des car­nets des an­ciens après avoir vu ma col­lec­tion. ■

➔ Ex­po­si­tion sur la Grande Guerre. Du 10 au 12 no­vembre, salle du conseil de la mai­rie de Pouilly-les-No­nains, au 1er étage. Ou­vert le ven­dre­di 10 de 13 heures à

16 heures pour les sco­laires et de 16 heures à

20 heures au pu­blic. Sa­me­di 11 no­vembre de

9 heures à 20 heures et di­manche 12 de

9 heures à 17 heures. Inua­gu­ra­tion sa­me­di

11 no­vembre à 11 heures.

« J’aime quand on me ra­conte l’his­toire d’un ob­jet re­trou­vé dans le gre­nier fa­mi­lial »

PHO­TO : CH­RIS­TIAN VERDET

PHO­TO CH­RIS­TIAN VERDET

MÉ­MOIRE. « Je ne sais pas com­bien j’ai de pièces, mais je les connais toutes. Un jour, pour faire un test, ma fille s’est amu­sée à dé­pla­cer un ob­jet dans la pièce où j’en­tre­pose ma col­lec­tion. Je l’ai re­mar­qué tout de suite », af­firme Ch­ris­tophe Gui­chard.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.