À chaque époque ses gueules cas­sées

Le Pays Roannais (Roanne) - - Zapping - Pierre-Olivier Vé­rot Ré­dac­teur en chef

Ils sont des noms gra­vés, presque ef­fa­cés, sur des mo­nu­ments en gra­nit. Ils sont pous­sière au ci­me­tière. Même sans la guerre, ils se­raient dé­cé­dés de­puis long­temps. Si long­temps que même leurs pe­tit­sen­fants ne sont au­jourd’hui plus tout jeunes. Morts dans les tran­chées, la moi­tié du corps ar­ra­chée par un obus ou le ventre trans­per­cé par une baïon­nette. Sans doute ne sont-ils pas nés à la bonne époque, mais il n’est même pas sûr qu’ils se soient fait la réflexion avant de pas­ser l’arme à gauche. Chaque gé­né­ra­tion a ses bon­heurs, ses drames et ses es­poirs. Par dé­fi­ni­tion, elle se com­pare aux pré­cé­dentes et non aux sui­vantes. Ain­si, on peut ima­gi­ner que ceux qui nous suc­cé­de­ront sur terre re­gar­de­ront avec hor­reur les tra­gé­dies des ac­ci­dents de la route, les corps broyés dans les amas de fer­raille, alors que leurs vé­hi­cules se pi­lo­te­ront seuls, sans risque de col­li­sion. Si science et conscience font des pro­grès, nos des­cen­dants se de­man­de­ront com­ment on pou­vait ac­cep­ter de lais­ser les ma­lades ago­ni­ser lorsque la gué­ri­son n’était plus une op­tion. Com­pren­dront-ils que cer­tains se soient fait ex­plo­ser le corps, en même temps que leurs contem­po­rains, en ac­tion­nant une cein­ture d’ex­plo­sifs pour un pa­ra­dis ha­sar­deux ? Sû­re­ment pas, mais eux aus­si au­ront leurs mi­sères, hé­las. Le cli­mat se­ra leur en­ne­mi et la terre se­ra-t-elle tou­jours nour­ri­cière ? Les ré­fu­giés convoi­te­ront tous les ter­ri­toires res­pi­rables. Pour la pre­mière fois dans l’His­toire, on peut le pré­dire à dé­faut de l’an­ti­ci­per. Et on ne fait rien. Ou pas grand-chose, pas en­semble. Pour sûr, on risque de nous voir d’un sale oeil dans le fu­tur.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.