Mgr Go­billiard, l’évêque qui s’af­fran­chit des ta­bous

Em­ma­nuel Go­billiard se confie au Pays avant sa ve­nue à Roanne pour une séance de dé­di­caces

Le Pays Roannais (Roanne) - - La Une - Pro­pos re­cueillis par J.-M. Pouxe ➔ Pra­tique. Ren­contre et dé­di­caces ven­dre­di 18 mai à la li­brai­rie Mayol, 12 rue Charles-de-Gaulle de 17 h 30 à 19 h 30.

« Dire que des choses ont chan­gé dans la for­ma­tion des prêtres »

Em­ma­nuel Go­billiard, évêque auxi­liaire de Lyon de­puis 2016, vient de pu­blier consé­cu­ti­ve­ment deux livres. Ven­dre­di, il se­ra à Roanne pour une séance de si­gna­tures à la li­brai­rie Mayol. En­tre­tien.

■ Dieu a be­soin de toi… oui, toi ! (*)

est un re­cueil d’ho­mé­lies « to­ni­fiantes », les vôtres, pui­sées au cours des dif­fé­rents temps li­tur­giques. Di­manche, c’est la Pen­te­côte, que dites-vous aux fi­dèles au mo­ment de cé­lé­brer la ve­nue de l’Es­prit Saint ?

Quand je pré­pare mes ho­mé­lies, j’es­saie de m’ins­pi­rer de la Pa­role de Dieu, pour ne pas avoir d’idées pré­con­çues. Ça peut jaillir de fa­çon sur­pre­nante. L’an der­nier, j’avais prê­ché sur com­ment les apôtres le soir du Ven­dre­di Saint avaient pu se re­trou­ver réunis alors qu’ils étaient dis­per­sés par leur honte et n’avaient pas été fi­dèles à leur ami mort sur la croix ? La ques­tion, c’est celle de la dif­fé­rence. On peut avoir des sou­cis à s’en­tendre et pour­tant il y a une uni­té à réa­li­ser. Dieu a be­soin de cha­cun d’entre nous. ■ Aime et ce que tu veux, fais-le ! est sous ti­tré « Re­gards croi­sés sur

l’Église et la sexua­li­té ». Pour­quoi avoir ac­cep­té un tel exer­cice chez un grand édi­teur ?

J’ai sur­tout ac­cep­té parce que c’était Al­bin Mi­chel, et un en­tre­tien avec une sexo­logue non ca­tho­lique et un jour­na­liste pas du tout de tra­di­tion chré­tienne. On a trop pris l’ha­bi­tude de par­ler de ces su­ jets entre nous et j’ai pen­sé né­ces­saire, dans les cir­cons­tances ac­tuelles, de dire que des choses ont chan­gé dans la for­ma­tion des prêtres. On aborde au­jourd’hui ces ques­tions beau­coup plus fa­ci­le­ment. La se­maine der­nière, je me suis ex­pri­mé de­vant tout un dio­cèse sur la ques­tion de la sexua­li­té. Ce n’est plus un ta­bou comme avant. Les ré­ponses que nous don­nons sont pui­sées dans l’Évan­gile. À la dif­fé­rence d’un psy­cho­logue ou d’un sexo­logue, notre rôle n’est pas d’al­ler dans les su­jets in­times.

Cé­li­bat, conti­nence avant le ma­riage, pé­do­phi­lie… Rien n’est élu­dé. Le di­vorce se­lon vous est-il pré­fé­rable à un ma­riage mal­heu­reux ?

Mon point de vue, c’est qu’il faut que les gens soient heu­reux. Par­fois on cherche à les ré­duire à des qua­li­fi­ca­tifs : les bons, les mé­chants, les di­vor­cés, les ma­riés, les ho­mo­sexuels. Non ! Ce sont des per­sonnes avec des par­cours, avec des souf­frances, avec des dif­fi­cul­tés. Il n’y a pas qu’un seul mo­dèle de di­vor­cés, de re­ma­riés et de fa­milles re­com­po­sées. La pas­to­rale du pape Fran­çois nous dit : ac­com­pa­gnez d’abord les si­tua­tions concrètes et per­son­nelles. C’est aus­si le mes­sage très im­por­tant que je donne.

La sé­pa­ra­tion ca­no­nique

Et j’ajoute aus­si une dis­po­si­tion du droit ca­non que les gens ne connaissent ab­so­lu­ment pas. Si un couple va mal, il est tout à fait pos­sible pour l’Église de pro­non­cer ce qu’on ap­pelle la sé­pa­ra­tion ca­no­nique, en lui ac­cor­dant la pos­si­bi­li­té de ne plus me­ner une vie com­mune. On peut donc ac­com­pa­gner les fa­milles dans des si­tua­tions di­verses, contrai­re­ment à ce qu’on pour­rait croire.

Ven­dre­di à Roanne, vous ren­con­trez des confir­mands du ly­cée et du col­lège Saint-Paul. Cette gé­né­ra­tion est celle des ré­seaux so­ciaux. Com­ment voyez-vous cette nou­velle fa­çon d’avoir des amis, d’en­voyer des « like », des « J’aime » ?

Je la vois symp­to­ma­tique d’un monde nar­cis­sique. La réus­site est vé­cue comme une mise en va­leur pour ne pas dire une mise en scène de soi­même. Or pour moi, la réus­site est da­van­tage à vivre dans la ren­contre. Si les ré­seaux so­ciaux servent à ce­la tant mieux, mais c’est par­fois mal­heu­reu­se­ment une fa­çon de mas­quer une très grande so­li­tude. En même temps que je dis ça, je suis pré­sent sur Fa­ce­book et Twit­ter. Mais der­rière, ce n’est pas moi, c’est une équipe du dio­cèse qui anime mes comptes, non pas pour ra­con­ter ma vie, mais pour dif­fu­ser soit ce que j’ai écrit, soit pour avoir une in­ten­tion de com­mu­ni­ca­tion.

(*) Dieu a be­soin de toi… oui, toi ! est pu­blié aux Édi­tions Em­ma­nuel ; Aime et

ce que tu veux, fais­le !, chez Al­bin Mi

chel

ÉVÊQUE. Mgr Go­billiard est l’un des plus jeunes évêques de France.

J.-M.P.

LIBRE. Em­ma­nuel Go­billiard s’ex­prime à tra­vers deux ou­vrages pa­rus ces der­niers jours.

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