Été-au­tomne 2018 : vers la vic­toire !

Après des an­nées d’atro­ci­tés et de pri­va­tions, l’es­poir re­vient dans le camp al­lié à l’été 1918

Le Pays Roannais (Roanne) - - Il y a 100 ans... l' Armistice - Jean-Paul No­made jean­paul­no­made@out­look.fr

Du­rant les der­niers mois du conflit, l’es­poir re­vient pro­gres­si­ve­ment et la po­pu­la­tion en­tre­voit en­fin la fin des com­bats et le re­tour des sur­vi­vants.

La cin­quième of­fen­sive al­le­mande de mi­juillet est un échec et Le Jour­nal de Roanne titre : « L’Al­le­magne joue son va­tout ». Le ré­dac­teur rap­pelle la for­mule de l’em­pe­reur Na­po­léon 1er : « Le pas­sage de l’ordre dé­fen­sif à l’ordre of­fen­sif est une des opé­ra­tions les plus dé­li­cates de la guerre. » La ba­taille dé­ci­sive est lan­cée « pour le dé­ve­lop­pe­ment de La Vic­toire ». Le 11 août, « La vic­toire s’épa­nouit, la vic­toire est du cô­té des Al­liés ».

Ba­tailles dé­ci­sives

Le 1er sep­tembre, l’édi­to­ria­liste Jean­Claude chro­nique sur la four­ra­gère de la cou­leur de la Mé­daille mi­li­taire qui orne dé­sor­mais le dra­peau du très po­pu­laire 98e R.I. En troi­sième co­lonne, le jour­nal titre : « Ils l’ont dé­fi­ni­ti­ve­ment per­due ! ».

Le 22 sep­tembre, le Jour­nal de Roanne titre sur « la vic­toire amé­ri­caine et la grande of­fen­sive de Paix » et re­late le dis­cours de Clé­men­ceau de­vant les sé­na­teurs, qui se conclut par ces pa­roles : « Nous ne cher­chons que la Paix. Nous vou­lons la faire so­lide pour que ceux à ve­nir soient sau­vés des abo­mi­na­tions du pas­sé. Al­lez donc, en­fants de la Pa­trie ! Al­lez ache­ver de li­bé­rer les peuples des der­nières fu­reurs de la force im­monde. Al­lez à la vic­toire sans tache ! Toute la France, toute l’hu­ma­ni­té pen­sante sont avec vous ».

Le 6 oc­tobre, c’est « la ba­taille de la li­bé­ra­tion, vic­toire sur tous les fronts ». Les évé­ne­ments se pré­ci­pitent : la Bul­ga­rie de­mande la paix et ca­pi­tule, le chan­ce­lier al­le­mand Von Hert­ling est tom­bé. Le 13 oc­tobre, nou­veau coup de théâtre : « l’en­ne­mi de­mande l’ar­mis­tice ; ils s’en vont et in­cen­dient » ? Le Jour­nal de Roanne consacre deux co­lonnes aux pro­po­si­tions du Pré­sident Wil­son et re­late le so­len­nel aver­tis­se­ment du gou­ver­ne­ment fran­çais à l’Al­le­magne.

Le dé­noue­ment semble pro­ che. La ba­taille n’est pas en­core fi­nie, il y a tou­jours des morts et la ru­brique né­cro­lo­gique est tou­jours, hé­las, abon­dam­ment four­nie. Pour­tant, de­puis le 8 sep­tembre 1918, Le Jour­nal de Roanne ne pu­blie plus « Le ta­bleau d’hon­neur de la guerre, les Roan­nais morts pour la Pa­trie ». Les pho­tos de Louis La­my de Roanne, de Bar­thé­lé­my Lo­riol de La Pa­cau­dière et de Jo­seph Bros­sat de Saint­Polgues sont les der­nières de ce ter­rible ta­bleau com­men­cé en 1914.

No­vembre : joie et sou­la­ge­ment dans les com­munes

Le 3 no­vembre, les titres évoquent « les der­nières ré­sis­tances, l’ef­fon­dre­ment de l’Au­triche, les condi­tions né­ces­saires de l’ar­mis­tice » Le Jour­nal de Roanne pa­raît alors le di­manche. Le 10 no­vembre 1918, il titre : « L’Au­triche ca­pi­tule, Clé­men­ceau fait connaître à la Chambre les condi­tions de l’Ar­mis­tice et pro­clame la Vic­toire fran­çaise. »

Avant même l’ar­mis­tice, l’évo­lu­tion de la si­tua­tion sur le front semble re­don­ner es­poir et la vic­toire est presque cer­taine. Tel est le sens de la dé­cla­ra­tion du conseil mu­ni­ci­pal du Cro­zet, le 1er sep­tembre 1918 : « Le conseil adresse aux sol­dats des Ar­mées de l’En­tente, à leurs va­leu­reux chefs et à Mon­sieur Clé­men­ceau, pré­sident du Conseil des mi­nistres, leur pro­fonde re­con­ nais­sance, leurs sin­cères fé­li­ci­ta­tions pour la clair­voyance, l’éner­gie, la di­rec­tion et la confiance qu’il a su ex­pri­mer aux peuples et aux ar­mées qui sont en train de culbu­ter et chas­ser tous les bar­bares des ter­ri­toires en­va­his. Hon­neur aux sol­dats, à leurs chefs émi­nents et au gou­ver­ne­ment de la Ré­pu­blique. »

Le conseil mu­ni­ci­pal de Pa­ri­gny est l’un des rares conseils mu­ni­ci­paux, avec ceux de Ré­gny et Saint­Sym­pho­rien­deLay, à avoir évo­qué du­rant ces cinq an­nées et à chaque réunion, la si­tua­tion mi­li­taire sur le front et à rendre hom­mage à ses dis­pa­rus. Le 10 no­vembre 1918, le conseil de Pa­ri­gny dé­clare : « La com­mune est heu­reuse de sa­luer la Vic­toire et s’as­so­cie à toutes les ma­ni­fes­ta­tions faites à Pa­ris, à la Chambre et au Sé­nat en l’hon­neur du pré­sident du Conseil Clé­men­ceau et du ma­ré­chal Joffre. Plu­sieurs ci­ta­tions sont dé­cer­nées : à Sot­ton An­to­nin, ordre du ré­gi­ment n° 44 du 12 avril 1918, sol­dat au 360e R.I., « très bon sol­dat, cou­ra­geux, dis­ci­pli­né, d’une at­ti­tude exem­plaire au feu. A été tué le 28 mars au mo­ment avec sa sec­tion où il pro­gres­sait sous un feu in­tense ». Une autre à Ro­chard An­toine Au­gus­tin, ca­po­ral, et aus­si à Mon­tet Pierre, ad­ju­dant. L’ar­mis­tice est proche et nous at­ten­dons avec une cer­taine im­pa­tience nos pri­son­niers, Chaize Be­noît et Char­tier J.C. », in­dique le conseil mu­ni­ci­pal. Mon­sieur Fé­me­lat, maire, a ra­jou­té de sa main cette note mar­gi­nale : « Elle est ve­nue juste le len­de­main, le 11/11/18 ». ■

LE POI­LU PICAUD DE PERREUX. Le seul mo­nu­ment aux morts avec la date du 11 no­vembre 1918.

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