Mais pour qui sonne le glas ?

Deux frères de Saint­Ro­main­d’Ur­fé ne sont ja­mais re­ve­nus à la ferme fa­mi­liale de La Gra­bi­lière

Le Pays Roannais (Roanne) - - Il y a 100 ans... l' Armistice - Jé­rôme Co­has et Yann Ter­rat

De la mort d’An­toine et Louis Co­has au champ d’hon­neur, ne res­tent plus que les élé­ments fac­tuels de deux ex­traits d’his­to­rique. À moins que de simples bols en terre cuite n’ali­mentent un ré­cit plus hu­ma­niste.

Pour qui sonne le glas en cette ma­ti­née de 1er oc­tobre 1918, alors que l’ar­mis­tice est sur le point d’être si­gnée ? Les 23 coups ré­sonnent à la mé­moire de Louis Co­has

(23 ans) qui vient de tom­ber au champ d’hon­neur. En ce mar­di d’au­tomne, c’est son père, de­ve­nu veuf, et quelques­uns de ses en­fants et pe­tits­en­fants qui ap­prennent la ter­rible nou­velle trans­mise par le maire de Saint­Ro­main­d’Ur­fé et le garde cham­pêtre. Dans un ex­trait de l’His­to­rique du 23e Ba­taillon de Chas­seurs à pied, à la date où Louis Co­has est tom­bé, il est écrit : « Le mar­di 20 août, le 23e Ba­taillon, en liai­son à gauche avec le 15e B.C.A., doit at­ta­quer le village de Cra­peau­mes­nil. Le ter­rain d’at­taque com­ prend un vaste gla­cis, plat et nu, de près de 400 mètres de lar­geur, abou­tis­sant à une pre­mière or­ga­ni­sa­tion en­ne­mie, très puis­sante, à block­haus blin­dés, cou­verte par un large ré­seau de fils de fer. Mal­gré l’heure tar­dive de ré­cep­tion de l’ordre d’at­ta­ que, la 1re Com­pa­gnie (Lieu­te­nant Ser­von­nat) à gauche, la 2e Com­pa­gnie (Lieu­te­nant Ta­ver­nier) à droite, réus­sissent à sor­tir à l’heure pres­crite. Les mi­trailleuses et les ti­reurs de la pre­mière ligne en­ne­mie non in­quié­tés, rentrent en ac­tion. De nom­breux gra­dés et chas­seurs tombent. »

La mort de Louis Co­has en­deuille un peu plus cette fa­mille ins­tal­lée à la ferme de La Gra­bi­lère, qui a vu An­toine Co­has (22 ans), le frère de Louis, tom­ber lui aus­si, un mois seule­ment après le dé­but de la Grande Guerre. Un ex­trait de l’His­to­rique du 5e Ba­taillon de Chas­seurs Al­pins rap­porte : « Le mar­di 1er sep­tembre, à 5 heures du ma­tin, le com­bat s’en­gage. Il s’agit de dé­lo­ger l’en­ne­mi de la crête et le re­je­ter sur Pro­ven­chère et l’an­cienne ligne fron­tière. Pen­dant 12 heures, les chas­seurs se sont bat­tus sans ar­rêt, ne cé­dant le ter­rain à l’en­ne­mi que contraints par une su­pé­rio­ri­té nu­mé­rique in­dis­cu­table. Les pertes de cette dure jour­née sont lourdes : un ca­pi­taine et deux sous­lieu­te­nants tués ; un ca­pi­taine, un sous­lieu­te­nant, 300 chas­seurs bles­sés et en­vi­ron 100 chas­seurs morts ou dis­pa­rus. »

Louis ne sut ja­mais que son frère An­toine était mort en 1914, car il n’avait ja­mais eu de per­mis­sion en quatre ans et, mal­gré les lettres qu’il re­ce­vait, per­sonne n’avait osé lui écrire la vé­ri­té. Jeanne Ro­chette, la mère de fa­mille, dé­cé­da à La Gra­bi­lière le sa­me­di 3 mars 1917, sans avoir re­vu ses deux fils An­toine et Louis. Elle avait eu 15 en­fants.

Deux bols en sou­ve­nir

Cette his­toire tra­gique de deux frères tom­bés au champ d’hon­neur et qui fait écho à tant d’autres, sub­siste en­core dans les sou­ve­nirs de Re­né Co­has, le pe­tit­fils d’un des frères d’An­toine et Louis. Un sou­ve­nir ra­vi­vé pour la pre­mière fois en 1968 lorsque le fé­ru d’His­toire ré­so­lut l’énigme des deux bols. Ceux en terre cuite et re­tour­nés de­puis 50 ans sur le re­bord en bois de la grande che­mi­née à La Gra­bi­lière. Deux ré­ci­pients qu’au­cun n’avait vou­lu dé­pla­cer et qui at­tendent, peut­être en­core au­jourd’hui, le re­tour de leurs pro­prié­taires, An­toine et Louis Co­has, pour qu’ils puissent man­ger la soupe en fa­mille. ■

PHO­TO R.C.

LA FERME. « La Gar­bille­ry », à La Gra­bi­lière, mai­son na­tale des deux sol­dats : An­toine Co­has (11/08/1892 - 01/09/1914) et Louis Co­has (01/04/1895 - 20/08/1918).

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