S’ex­pri­mer n’est pas vo­ter

Le Pays Roannais (Tarare) - - Zapping - Pierre-Oli­vier Vé­rot

Dans le brou­ha­ha qui nous en­toure, on n’en­tend plus rien ni per­sonne. De nos jours - faut-il s’en ré­jouir ou en déses­pé­rer ? - tout le monde s’ex­prime d’une fa­çon ou d’une autre. À jet continu. Nos ados passent leur temps libre à pia­no­ter sur leur té­lé­phone ou leur ta­blette, dans un lan­gage dont la forme nous échappe. Il y a aus­si les ré­seaux so­ciaux, les blogs per­son­nels, où cha­cun ex­pose ses goûts, sa vie ou laisse libre cours à sa créa­ti­vi­té. La pro­phé­tie d’An­dy Wha­rol, qui pro­met­tait que cha­cun connaî­trait dé­sor­mais son quart d’heure de gloire, est dé­pas­sée. En­ter­rée avec lui. La pa­role de cha­cun est trans­por­tée en une frac­tion de se­conde au bout du monde, même si elle n’a en fait qu’une por­tée li­mi­tée, ri­di­cule goutte d’eau dans un océan en crois­sance per­pé­tuelle. Fi­na­le­ment, il n’y a plus que dans les urnes que l’on ne s’ex­prime pas. Pour une élec­tion clé comme les lé­gis­la­tives de di­manche, la barre sym­bo­lique des 50 % d’abs­ten­tion a été fran­chie. Sans que ce­la ne nous étonne plus que ça. On pour­ra tous le dé­plo­rer. Mais sans cher­cher à culpa­bi­li­ser qui­conque car la li­ber­té est l’un des fon­de­ments de la dé­mo­cra­tie. Cha­cun au­ra son ana­lyse, le plus sou­vent in­cer­taine, du phé­no­mène : dé­con­nexion des élus, cor­rup­tions ré­vé­lées, re­lé­ga­tion de l’in­té­rêt gé­né­ral dans l’ordre des prio­ri­tés in­di­vi­duelles, sen­sa­tion que le mar­ché gou­verne bien plus que les po­li­tiques… Et bien d’autres fac­teurs. Force en tout cas est de consta­ter que l’offre ne sé­duit plus la de­mande. Que les pra­tiques po­li­tiques ne sont plus en phase avec une grande par­tie des ci­toyens, connec­tés plus que liés.

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