Pi­gnard, un ar­bitre ca­la­dois en L1

À tout juste 30 ans, Jé­ré­mie Pi­gnard fait par­tie des 50 meilleurs ar­bitres fran­çais. Le Ca­la­dois a connu une ful­gu­rante as­cen­sion, qu’il es­père bien voir se pour­suivre dans les pro­chaines an­nées.

Le Pays Roannais (Tarare) - - La Une - Fa­bien Gau­vin fa­bien.gau­vin@cen­tre­france.com

À seule­ment 30 ans, Jé­ré­mie Pi­gnard a of­fi­cié pour la pre­mière fois en Ligue 1 cette sai­son et est pro­mis à un ave­nir do­ré.

Le jeune ar­bitre est is­su du FC Ville­franche qui vise la mon­tée en Na­tio­nal quand MDA Chas­se­lay a des am­bi­tions plus me­su­rées.

«Un truc de fou ! » C’est ain­si que Jé­ré­mie Pi­gnard ne peut s’em­pê­cher de qua­li­fier sa soi­rée du 13 août der­nier. À l’oc­ca­sion de la deuxième jour­née de Ligue 1 de football, le jeune ar­bitre na­tif de Ville­franche­sur­Saône a connu son bap­tême du feu au plus haut ni­veau fran­çais, en tant que quatrième ar­bitre lors du match entre Stras­bourg et Lille. « Un club my­thique, Biel­sa en face… Il y a beau­coup de pres­sion avec la té­lé­vi­sion, les en­jeux fi­nan­ciers, mais ce n’était que du bon­heur », sa­voure­t­il. Dans un stade de la Mei­nau en fu­sion pour le re­tour de Stras­bourg en Ligue 1 et avec un match fou mar­qué par une ex­clu­sion et l’en­trée d’un joueur de champ à la place de gar­dien (3­0), il a été gâ­té. « C’était un beau ca­deau pour une pre­mière », re­con­naît­il dans un grand sou­rire.

Ce ca­deau, il était en­core loin de l’ima­gi­ner lorsque, gui­dé par son père qui voyait en l’ar­bi­trage une bonne école de la vie, il se lance dans l’ob­ten­tion de son pre­mier di­plôme d’ar­bitre à Ar­nas, à seule­ment 14 ans. Le gar­dien s’en­gage par la suite au FC Ville­franche, avec le­quel il gra­vit pa­ral­lè­le­ment les éche­lons jusqu’à de­ve­nir gar­dien rem­pla­çant de l’équipe fa­nion, en Na­tio­nal 2. Ar­rive alors l’heure du choix cor­né­lien. En res­tant joueur, Jé­ré­mie ne peut ar­bi­trer qu’au ni­veau dis­trict. Ob­ser­va­teur des ar­bitres pour la Ligue Rhône­Alpes, Jean­Claude Le­franc va faire pen­cher la ba­lance du cô­té des hommes en noir. « Il m’a par­lé cash, m’a dit qu’il fal­lait que je fasse un choix. Sur­tout, il es­ti­mait que j’avais de l’ave­nir en tant qu’ar­bitre », se re­mé­more Jé­ré­mie. Il n’avait vi­si­ble­ment pas tort.

En 2013, le dé­sor­mais

an­cien gar­dien dé­cide donc de se consa­crer en­tiè­re­ment à l’ar­bi­trage. Passe dans la fou­lée ses exa­mens pour ar­bi­trer au ni­veau ré­gio­nal, qu’il réus­sit brillam­ment. Un an plus tard, il fait par­tie des huit ar­bitres seule­ment à avoir été sé­lec­tion­nés pour de­ve­nir ar­bitres fé­dé­raux, soit le ni­veau na­tio­nal. Une as­cen­sion ful­gu­rante que le Ca­la­dois doit à ses ta­lents sif­flet en bouche, au tra­vail ac­com­pli pour réus­sir les exi­geants exa­mens théo­riques, mais aus­si à des coups de pouce bien­ve­nus. « J’ai eu la chance de ren­con­trer les bonnes per­sonnes. Ils m’ont fait bos­ser et au lieu d’un par­cours de cinq ou six ans, je l’ai pas­sé en un an et demi », ne cache pas le jeune homme à la voix grave et au dé­bit de pa­role im­pres­sion­nant. La pas­sion, sans au­cun doute.

Il of­fi­cie en Na­tio­nal cette sai­son

Déjà brillant, son par­cours de­vient fran­che­ment ex­cep­tion­nel quand, après avoir échoué de peu dès sa pre­mière an­née, il ter­mine ma­jor des ar­bitres de son ni­veau à l’is­sue de la sai­son 2016­2017. Di­rec­tion donc le Na­tio­nal, troi­sième éche­lon du football fran­çais, qu’il dé­couvre cette an­née. Un ni­veau qui lui per­met éga­le­ment d’of­fi­cier en Ligue 1 en tant que quatrième ar­bitre… en at­ten­dant mieux ? « Ce n’est que du bon­heur ! Main­te­nant, je vais es­sayer de ne pas m’ar­rê­ter là mais tout peut al­ler très vite, dans un sens

comme dans l’autre », me­sure­t­il. Rieur lors­qu’on lui sug­gère qu’il com­mence à em­prun­ter la langue de bois des foot­bal­leurs, le fa­meux “On prend les matchs les uns après les autres”, le tout frais tren­te­naire n’en dé­mord pas pour au­tant. « Tout ce­la, c’est très va­lo­ri­sant mais il faut gar­der la tête sur les épaules ».

« On court plus que les joueurs »

C’est aus­si pour cette rai­son que Jé­ré­mie a conser­vé son em­ploi à L’Es­cale, le com­plexe spor­tif flam­bant neuf si­tué à Ar­nas. Une sta­bi­li­té né­ces­saire mais qui lui oc­ca­sionne des se­maines bien char­gées, l’en­traî­ne­ment d’un ar­bitre s’avé­rant aus­si in­ten­sif que ce­lui d’un joueur pro­fes­sion­nel. « On s’en­traîne quatre à cinq fois par se­maine, comme un pro. En Na­tio­nal, on fait plus de 12 km pendant un match, on court plus que les joueurs pour être tou­jours au plus près de l’ac­tion », as­sure­t­il, sta­tis­tiques de la Fé­dé­ra­tion à l’ap­pui.

Rien n’est en ef­fet lais­sé

au ha­sard et le tra­vail four­ni en amont et en aval d’un match est im­pres­sion­nant : étude des équipes ar­bi­trées et de ses com­por­te­ments, vi­sion­nage et ana­lyse des matchs avec un dé­cryp­tage sé­quence par sé­quence, au­to­éva­lua­tion… Tout est mis en oeuvre afin de réus­sir la meilleure sai­son pos­sible. Un objectif réus­si jusqu’à pré­sent bien que l’édition 2017­2018 ne vienne de com­men­cer. Jé­ré­my peut être sa­tis­fait : il n’a pas in­flué sur le score de la ren­contre lors de ses deux pre­mières pres­ta­tions en tant qu’ar­bitre cen­tral en Na­tio­nal.

Loin de l’image cas­sante par­fois vé­hi­cu­lée par les ar­bitres, lui met un point d’hon­neur à désa­mor­cer les conflits en pri­vi­lé­giant le dia­logue avec les dif­fé­rents acteurs de la ren­contre. « On a deux grands ob­jec­tifs : lais­ser vivre le jeu au maxi­mum, et ga­ran­tir l’in­té­gri­té phy­sique des joueurs », dé­taille­t­il avant de re­ve­nir sur la patte Jé­ré­mie Pi­gnard. « Du fait que j’ai été joueur, j’ai une re­la­tion

par­ti­cu­lière avec eux. Je fais ap­pli­quer les lois mais je les res­pec­te­rai tou­jours. Il faut bien sûr que ça marche des deux cô­tés, mais c’est cette re­la­tion que j’es­saye d’ins­tau­rer. On est là pour être des par­te­naires de jeu », ar­gu­mente avec convic­tion ce­lui qui est tou­jours ar­bitre li­cen­cié du FC Ville­franche Beau­jo­lais.

Mal­gré les en­jeux qui aug­mentent à me­sure qu’il gra­vit les éche­lons, l’an­cien por­tier me­sure la chance qui est la sienne et tient à re­la­ti­vi­ser. « Je ne suis pas du genre à stres­ser, ce n’est que du foot », glisse­t­il dans un sou­rire. Que du foot mais des émo­tions in­com­pa­rables, à l’image donc de cette pre­mière en Ligue 1 dans le rôle més­es­ti­mé de quatrième ar­bitre. « Les gens ne connaissent pas ce rôle, ils pensent qu’il ne sert qu’à le­ver le pan­neau pour in­di­quer les chan­ge­ments », re­grette­t­il d’abord avant d’en dire plus sur la fonc­tion. « Il faut être tout le temps concen­tré, il doit voir tout ce que l’ar­bitre ne peut pas re­gar­der. À Stras­bourg, j’ai fi­ni épui­sé alors que j’ai dû faire 10 mètres », avoue­t­il.

Une fa­tigue psy­cho­lo­gique com­pré­hen­sible mais qui n’est évi­dem­ment pas de na­ture à re­fré­ner les ar­deurs de ce vé­ri­table pas­sion­né. S’il garde la tête sur les épaules, Jé­ré­mie Pi­gnard a, comme tout un cha­cun, « le droit de rê­ver », alors qu’il vit déjà un rêve éveillé. « C’est tel­le­ment de bon­heur. L’ar­bi­trage m’ap­porte tous les jours, c’est une école de la vie. J’ai tou­jours ai­mé la com­pé­ti­tion, je vais es­sayer d’ar­ri­ver le plus haut pos­sible », confie ce­lui qui est sui­vi par Fred­dy Fau­trel, un ar­bitre in­ter­na­tio­nal fran­çais dé­sor­mais re­ti­ré des ter­rains. Un bel exemple à suivre pour Jé­ré­mie, dont les coups de sif­flet n’ont pas fi­ni de ré­son­ner sur les pe­louses fran­çaises ces pro­chaines an­nées.

Gar­dien rem­pla­çant en Na­tio­nal 2, il ar­rête pour l’ar­bi­trage « L’ar­bi­trage m’ap­porte tous les jours, c’est une école de la vie »

PHO­TO FC ST-LOUIS NEUWEG

PAR­COURS.

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