1.100 han­di­ca­pés pri­vés de va­cances

La so­cié­té spé­cia­li­sée Rêves et dé­cou­vertes a dû an­nu­ler ses sé­jours, faute d’agré­ment. Plu­sieurs cen­taines de per­sonnes de la ré­gion n’ont ain­si pas pu par­tir en sé­jour adap­té.

Le Pays Roannais (Tarare) - - La Une - Etienne Chaize etienne.chaize@cen­tre­france.com

Jusqu’au bout, les di­ri­geants au­ront ten­té de sau­ver les meubles. Le 10 juillet, la pré­fec­ture de Corse, où est si­tué le siège so­cial de Rêves et dé­cou­vertes (nom com­mer­cial de la SARL Des­ti­na­tion adré­na­line), no­ti­fiait Ré­gis Combe et Pa­trick Re­pi­quet, les di­rec­teurs, du re­trait de leur agré­ment, ob­te­nu en 2015 et de­vant cou­rir pour cinq ans. Un dé­lai d’un mois leur était ac­cor­dé pour ré­pondre aux re­proches for­mu­lés dans l’ar­rê­té pré­fec­to­ral.

Pas de re­gret

En pleine pré­pa­ra­tion des sé­jours du mois d’août, les res­pon­sables n’ont pas pour au­tant stop­pé leur ac­ti­vi­té, comme leur de­man­dait l’État. Jusqu’à cette lettre, du 28 juillet, les som­mant de no­ti­fier les va­can­ciers de l’an­nu­la­tion des sé­jours, toute af­faire ces­sante. Ré­sul­tat, à la veille du dé­part, plus d’un mil­lier d’adultes han­di­ca­pés ont ap­pris qu’ils ne par­ti­raient pas. « On ne re­grette pas d’avoir conti­nué à tra­vailler. À Ajac­cio, le 12 juillet, on nous a lais­sé un grand es­poir. On n’al­lait pas tout an­nu­ler… Cer­taines va­cances étaient déjà en cours, on avait eu le feu vert pour les faire. Même deux jours avant, les échos étaient po­si­tifs », jus­ti­fie Pa­trick Re­pi­quet. En clair, Rêves et dé­cou­vertes a pris des risques et l’a payé très cher. Outre les sommes en­ga­gées pour les sé­jours pré­vus (plus d’un mil­lion d’eu­ros), il s’agit main­te­nant de rem­bour­ser les va­can­ciers mal­heu­reux. « On dé­pose le bi­lan, les as­su­rances vont payer », as­sure Pa­trick Re­pi­quet.

Ce sont des si­gna­le­ments né­ga­tifs adressés à l’Agence ré­gio­nale de san­té (ARS) au prin­temps qui ont mis le feu aux poudres. Dif­fé­rents dys­fonc­tion­ne­ments sont ain­si ci­tés par la pré­fec­ture de Corse : « fugue non si­gna­lée », lo­caux in­sa­tis­fai­sants, mau­vaise mise sous clef des mé­di­ca­ments, for­ma­tions du per­son­nel in­com­plètes, di­rec­teurs de sé­jours in­ex­pé­ri­men­tés, condi­tions de trans­port fa­ti­gante, rup­ture dans la conti­nui­té des soins… « On nous re­proche des choses ahu­ris­santes. Si en­core il y avait eu des mises en dan­ger… », peste Pa­trick Re­pi­quet, convain­cu « qu’on veut [les] éli­mi­ner », suite no­tam­ment à un pro­cès op­po­sant la so­cié­té à l’ARS en dé­but d’an­née. « On l’avait rem­por­té et de­puis ils veulent ta­per sur nous ». Ce qui ex­pli­que­rait, se­lon lui, le ti­ming de ce re­trait : le 10 juillet, au pire mo­ment pour l’or­ga­ni­sa­teur de voyages.

À chaque attaque, le co­di­rec­teur a une ré­ponse. Si les convoyages sont longs et fa­ti­guant, « c’est nor­mal. Un tra­jet en bus, for­cé­ment, à 70 km/h en moyenne, ça prend du temps, mais on ne peut pas faire au­tre­ment. Quand les tra­jets durent plus de 24 heures, on met en place des étapes. Que peut­on faire de plus ? ». Les for­ma­tions in­com­plètes ? « On passe par un or­ga­nisme, l’Ofe­sa et chaque sa­la­rié et for­mé pendant trois jours pleins. On est obli­gé d’avoir du per­son­nel com­pé­tent », as­sure­t­il.

Une an­cienne sa­la­riée, sou­hai­tant res­ter ano­nyme, in­dique ce­pen­dant qu’au­cune ex­pé­rience n’est re­quise au mo­ment du re­cru­te­ment et que la for­ma­tion est « plus que light » par rap­port à la réa­li­té du ter­rain. « On nous montre comment marche un pi­lu­lier en gros. J’ai eu af­faire à une va­can­cière avec une ma­chine à oxy­gène. Heu­reu­se­ment qu’elle était as­sez au­to­nome pour s’en ser­vir seule, car on ne nous a ja­mais mon­tré ce genre de choses ». À l’en­tendre, entre les en­ga­ge­ments théo­riques de ceux que cer­tains sur­nomment « Cau­che­mars et dé­cou­vertes » et les pra­tiques, il exis­te­rait un gouffre. C’est d’ailleurs le prin­ci­pal grief for­mu­lé par la pré­fec­ture : le non­res­pect d’en­ga­ge­ments pris lors de la de­mande d’agré­ment.

« Cau­che­mars et dé­cou­vertes »

« Après, il faut re­con­naître que cer­taines exi­gences de l’État sont dif­fi­ciles à te­nir », pon­dère l’em­ployée. « Le pro­blème c’est que d’une Ré­gion à l’autre, les ser­vices ne sont pas sur la même lon­gueur d’onde », souffle Pa­trick Re­pi­quet qui as­sure mi­li­ter pour une cla­ri­fi­ca­tion de la loi en­ca­drant ce genre de sé­jours.

En at­ten­dant, après près de 20 ans d’ac­ti­vi­tés, Rêves et dé­cou­vertes s’ap­prête à bais­ser le rideau. Au­de­là des va­can­ciers et des sai­son­niers, ce sont dix em­plois per­ma­nents qui prennent fin.

« On dé­pose le bi­lan, les as­su­rances vont payer »

PHO­TO D’ILLUS­TRA­TION

L’en­tre­prise, ba­sée à Riorges, près de Roanne, devrait dé­po­ser le bi­lan.

ILLUS­TRA­TION : LE PO­PU­LAIRE DU CENTRE

VA­CANCES ADAP­TÉES. La so­cié­té Rêves et dé­cou­vertes, ba­sée à Riorges, or­ga­ni­sait des sé­jours adap­tés à des­ti­na­tion d’adultes han­di­ca­pés, dans toute la France, en Eu­rope et au Magh­reb.

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