Contrats aidés, la grande an­goisse

L’an­nonce par le gou­ver­ne­ment de la di­mi­nu­tion des contrats aidés, ju­gés « in­ef­fi­caces » et « coû­teux », pro­voque l’in­quié­tude des col­lec­ti­vi­tés lo­cales et des as­so­cia­tions.

Le Pays Roannais (Tarare) - - Vie Régionale - Fa­bien Gau­vin fa­bien.gau­vin@cen­tre­france.com

Un grand flou. De­puis l’an­nonce, mi­août, de la di­mi­nu­tion des contrats aidés par le gou­ver­ne­ment d’Édouard Phi­lippe, col­lec­ti­vi­tés, as­so­cia­tions et em­ployeurs se de­mandent à quelle sauce ils risquent d’être man­gés. Ces contrats, qui existent de­puis 1984 mais ont ré­gu­liè­re­ment chan­gé d’ap­pel­la­tion et pour le­quel l’em­ployeur bé­né­fi­cie d’aides de l’État, pro­fitent sur­tout aux pe­tites struc­tures, qui pou­vaient par ce biais bé­né­fi­cier de tra­vailleurs sa­la­riés.

Si le dé­bat est ou­vert quant à leur réelle ef­fi­ca­ci­té pour une insertion dé­fi­ni­tive sur le mar­ché de l’em­ploi, leur uti­li­té est lar­ge­ment dé­fen­due par ceux qui en bé­né­fi­ciaient. « Ça per­met­tait de prendre quel­qu’un

qui n’était pas tout à fait opé­ra­tion­nel et de le for­mer. Même si ce n’était pas un CDI tout de suite après, ça mène à de l’em­ploi », as­sure ain­si Thier­ry Re­ce­veur, di­rec­teur de la mis­sion lo­cale ru­rale Nord Ouest Rhône, ba­sée à Ta­rare (lire aus­si page

7). À son ini­tia­tive, un cour­rier a été en­voyé à tous les em­ployeurs qui bé­né­fi­cient de ce type de contrats, afin de leur ex­po­ser la si­tua­tion. « Ils sont tous très pré­oc­cu­pés, ils n’ont pas les moyens d’em­bau­cher des per­sonnes, en­core moins les as­so­

cia­tions, qui sont en dif­fi­cul­tés », té­moigne le res­pon­sable.

« On ne sait pas ce qu’il va ad­ve­nir… »

Les col­lec­ti­vi­tés lo­cales ne sont pas vrai­ment mieux lo­ties. À Mon­trot­tier, la mu­ni­ci­pa­li­té dis­po­sait d’une per­sonne en contrat ai­dé pour ef­fec­tuer des mé­nages et rem­pla­cer les ab­sences, à l’école ou à la gar­de­rie. Au­jourd’hui, « on ne sait pas ce qu’il va ad­ve­nir », avoue Ber­nard Cha­ve­rot. Mé­content de la ma­nière dont le gou­ver­ne­ment a pro­cé­dé dans ce dos­sier, le

maire de Mon­trot­tier, s’il re­con­naît qu’ils ame­naient « peu sou­vent à l’em­ploi en CDI », s’in­quiète de ce nou­veau coup de se­monce bud­gé­taire. « Tout ça n’est pas de bon au­gure. Je sais bien que ce n’est pas simple de re­lan­cer l’éco­no­mie mais là je pense que ce n’est pas un bon choix », ex­plique l’élu, es­ti­mant que cette dé­ci­sion « va mettre à mal cer­taines col­lec­ti­vi­tés et as­so­cia­tions », dans un contexte dé­jà dé­li­cat avec la baisse de do­ta­tions de l’État. « Ils veulent conti­nuer à bais­ser mais à un mo­ment, je ne sais plus faire, peste Ber­nard Cha­ve­rot. Quand on n’au­ra plus de marge pour in­ves­tir, qui va trin­quer ? », feint­il de s’in­ter­ro­ger.

Des­ti­nés à ou­vrir la voie du mar­ché du tra­vail aux pu­blics qui en étaient les plus éloi­gnés, tels les jeunes non qua­li­fiés, les contrats aidés ne font pas jus­qu’à pré­sent l’ob­jet de pistes de rem­pla­ce­ment de la part du gou­ver­ne­ment. Si Édouard Phi­lippe a an­non­cé vou­loir « fi­nan­cer des for­ma­tions in­di­vi­dua­li­sées qui per­mettent un re­tour du­rable à l’em­ploi », ce dis­cours peine à convaincre. « On a de moins en moins de choses à leur pro­po­ser, re­grette Thier­ry Re­ce­veur. Si l’on n’offre pas d’aide pour leur insertion, beau­coup vont res­ter sur le car­reau. Mine de rien, ça ame­nait une ex­pé­rience, ça met­tait le pied à l’étrier des jeunes », té­moigne le di­rec­teur de la Mis­sion lo­cale.

70 % de l’en­ve­loppe dé­pen­sée en six mois

Ces bé­né­fices, qui ne sont pas for­cé­ment contes­tés par le gou­ver­ne­ment, ne pèsent tou­te­fois pas as­sez lourd face au coût que re­pré­sentent les contrats aidés pour l’État. Le gou­ver­ne­ment pré­cé­dent ayant consom­mé 70 % de l’en­ve­loppe al­louée au dis­po­si­tif sur les six pre­miers mois de l’an­née, l’exé­cu­tif a dé­ci­dé de ré­duire la voi­lure quand il était jus­qu’ici de cou­tume de ral­lon­ger les cré­dits. Les contraintes bud­gé­taires en ont cette fois dé­ci­dé au­tre­ment.

Les em­ployeurs « tous très pré­oc­cu­pés », après l’an­nonce

PHO­TO ILLUSTRATION

INSERTION. Les em­plois aidés visent les per­sonnes ayant des dif­fi­cul­tés à s’in­sé­rer dans le monde du tra­vail via un contrat clas­sique, par leur manque de qua­li­fi­ca­tion no­tam­ment. Ils per­mettent à des jeunes d’ac­qué­rir une pre­mière ex­pé­rience dans des corps de mé­tiers di­vers, pour le compte de pe­tites struc­tures.

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