Pierre Cha­bat re­tisse l’his­toire lo­cale

Le Pays Roannais (Tarare) - - Le Portrait - Lau­rie Lyo­thier lau­rie.lyo­thier@cen­tre­france.com

Pré­sident de l’Éco-mu­sée de Thi­zy-les-Bourgs et écri­vain lo­cal, Pierre Cha­bat s’at­tache à pré­ser­ver les pa­tri­moines du Haut Beau­jo­lais. Un ter­ri­toire qui a vu naître ce fils d’ou­vriers du tex­tile et qu’il n’a ja­mais quit­té.

De­puis la ter­rasse de sa mai­son sur­plom­bant Thi­zy et bien d’autres vil­lages du Haut Beau­jo­lais, Pierre Cha­bat ne « se lasse pas de la vue ». Comment s’en­nuyer de ce pay­sage si ver­doyant, tout en re­lief, où l’Homme a su po­ser ses em­preintes, no­tam­ment les ves­tiges sou­vent res­tau­rés d’une in­dus­trie qui fit vivre la po­pu­la­tion pen­dant tant de dé­cen­nies, celle du tex­tile ?

Fils d’un fa­çon­nier et d’une fac­tu­rière, comme ses trois frères et soeur, Pierre Cha­bat a été « ber­cé par le bruit des mé­tiers à tis­ser » dans l’ate­lier de tis­sage, à Thi­zy, que son père se­ra contraint de fer­mer dans les an­nées 1970, au dé­clin de cette « mo­no­in­dus­trie » pour la­quelle les grandes en­tre­prises avaient peu à peu rem­pla­cé les pay­sans tis­seurs. Lui n’em­bras­se­ra pas une car­rière dans la li­gnée de toute sa fa­mille, ma­ter­nelle comme pa­ter­nelle. Il n’y avait « dé­jà plus de tra­vail ». Pierre Cha­bat suit une autre voie, celle des che­mins de fer. En poste à Saint­Vic­tor­surR­hins, puis à Ré­gny du­rant 28 ans, le chef de gare ter­mine son par­cours à la SNCF à Roanne en 2000, après avoir re­pris ses études à 40 ans pas­sés. Une vie à 100 à l’heure me­née par ce­lui qui se dé­crit comme « un fon­ceur » et qui aime « que ça aille vite ».

Cô­té per­son­nel aus­si, le rythme est sou­te­nu. Le Thi­ze­rot s’est très vite en­ga­gé dans la vie as­so­cia­tive. Tou­jours avec l’en­vie de par­tage et de trans­mis­sion. Après la pré­si­dence du co­mi­té lo­cal du Jar­din du che­mi­not à Ré­gny, c’est au­près de l’as­so­cia­tion Pa­tri­moines Haut­Beau­jo­lais qu’il oeuvre, dès sa créa­tion en 1987 par Da­niel La­pa­lud, et qu’il pré­side de­puis

2006. « On mi­lite pour la pré­ser­va­tion des pa­tri­moines na­tu­rel et cultu­rel de tout le ter­ri­toire, du Co­teau à Ta­rare et de Monsols à Saint­Sym­pho­rien­deLay. » Les mis­sions vont de la ré­no­va­tion d’édi­fices du pe­tit pa­tri­moine, comme les la­voirs, à l’éla­bo­ra­tion d’un ré­per­toire des grands cou­verts – bâ­ti­ments ru­raux à l’ar­chi­tec­ture ty­pique de la ré­gion roan­naise avec leurs toits à quatre pans – ou en­core à la mise en place de mul­tiples ex­po­si­tions dé­diées aux mé­tiers an­ciens, au peintre

thi­ze­rot Mau­rice Mon­tet, etc.

5.000 ob­jets la­bel­li­sés « Mu­sée de France »

Ins­tal­lée d’abord dans les lo­caux de l’en­tre­prise de fa­bri­ca­tion plas­tique Cel­lo­coup, Pa­tri­moines Haut­Beau­jo­lais in­ves­tit en 1994 la Ma­nu­fac­ture de cou­ver­tures et mol­le­tons de Thi­zy. Là même où les pa­rents de Pierre Cha­bat avaient ter­mi­né leur car­rière, après l’ar­rêt des mé­tiers à tis­ser fa­mi­liaux. Un lieu char­gé d’his­toire et d’at­ta­che­ment per­son­nel donc, où les bé­né­voles ont créé un éco­mu­sée.

Chaque mar­di, ils s’at­tachent à res­tau­rer des ma­chines don­nées par des en­tre­prises ou des par­ti­cu­liers. Les quelque 5.000 ob­jets en col­lec­tion, aux­quels s’ajoutent les ar­chives des en­tre­prises tex­tiles lo­cales, ont été la­bel­li­sés « Mu­sée de France » en 2005. Pierre Cha­bat et son équipe res­tent dé­sor­mais « dans l’at­tente d’un pro­jet glo­bal de ré­no­va­tion » dans l’an­cienne Ma­nu­fac­ture. Ce bâ­ti­ment du XIXe, dont les toits qui me­na­çaient de s’ef­fon­drer ont été re­faits en 2015, a été fer­mé au pu­blic en 2010. Seule une salle d’ex­po­si­tion flam­bant neuve est ac­ces­sible et per­met d’ins­tal­ler des ex­po­si­tions tem­po­raires. « Nous avons pour­tant tout ce qu’il faut pour re­cons­ti­tuer un ate­lier de fa­çon­nier des an­nées 1930 et toutes les étapes de fa­bri­ca­tion des cou­ver­tures », am­bi­tionne l’an­cien élu au con­seil mu­ni­ci­pal.

Au­teur de deux ou­vrages

Qu’im­porte le sen­ti­ment de « de­voir tou­jours se battre » face aux ins­ti­tu­tions, Pierre Cha­bat conti­nue d’écrire l’his­toire lo­cale. Après les pa­ru­tions de l’as­so­cia­tion, c’est en son nom propre

qu’il a si­gné deux ou­vrages, en 2010 et 2017. Le pre­mier dévoile les se­crets des rues, places et quar­tiers de sa ville na­tale. Le se­cond re­cons­ti­tue un fait di­vers réel sur­ve­nu à La Cha­pel­lede­Mar­dore au mi­lieu du XIXe. Ja­mais loin de ses ra­cines.

PAY­SAGE. De­puis sa mai­son face au bourg de Thi­zy, qui sur­plombe nombre de vil­lages des alen­tours, Pierre Cha­bat ne se « lasse pas » de cette vue sur le ter­ri­toire des monts du Beau­jo­lais dont il s’at­tache à pré­ser­ver la culture, les sa­voir-faire et les tra­di­tions. PHO­TO LAU­RIE LYO­THIER

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.