Sté­phane Marc, à la conquête des 7 som­mets

Cet ha­bi­tant de la Val­lée d’Azergues veut bou­cler l’as­cen­sion des sept points culmi­nants du globe

Le Pays Roannais (Tarare) - - La Une - Lu­do­vic Daim

Après le Ki­li­mand­ja­ro, l’Acon­ca­gua, l’El­brouz et l’Eve­rest, en mai der­nier, ce cadre su­pé­rieur amou­reux des cimes a re­pris l’en­traî­ne­ment pour s’at­ta­quer au De­na­li, dans la chaîne de l’Alas­ka.

On a ces images de bras le­vés au bout des der­nières fou­lées ex­té­nuées d’émo­tion au terme de l’im­pos­sible as­cen­sion. On ne parle ja­mais de la re­des­cente. De ces in­ter­mi­nables heures de marche pour re­joindre le camp de base dont les tentes ne forment que de mi­nus­cules points jaunes, 2.550 m plus bas. Quand l’adré­na­line d’avoir at­teint le som­met se met en som­meil, que l’on est ré­veillé de­puis 30 heures et qu’il reste en­core 10 heures à ef­fec­tuer à pied.

« C’est juste in­hu­main, ex­plique Sté­phane Marc qui a mis quinze jours à se re­mettre de son Eve­rest. J’ai per­du 6 kg dont 4 kg de muscles. La se­maine après mon re­tour à la mai­son, j’étais une larve. » Mais c’est psy­cho­lo­gi­que­ment que l’après a été le plus dur. Trois mois ont pas­sé de­puis la conquête du « toit du monde », le 19 mai, et l’al­pi­niste ama­teur de la Val­lée d’Azergues, at­ta­blé de­vant un thé dans une bras­se­rie de Ci­vrieux, re­prend tout juste le cours de sa vie. « Après notre en­tre­tien, j’ap­pelle mon pa­tron pour lui dire que je dé­mis­sionne », lâche ce di­rec­teur com­mer­cial de 51 ans, spé­cia­li­sé dans la dis­tri­bu­tion de pro­duits in­dus­triels, qui veut chan­ger d’ho­ri­zon. La mon­tagne comme la mer ne font au­cun ca­deau aux hommes et aux femmes qui les dé­fient, si ce n’est ce­lui de les ti­rer par le haut, de les plon­ger au fond d’eux­mêmes. De leur faire se po­ser les bonnes ques­tions.

Sté­phane Marc n’est pas né montagnard. Un père sous­of­fi­cier dans l’ar­mée de l’Air, une mère cou­tu­rière, il a vu le jour à An­to­ny, dans les Hauts­de­Seine, certes, mais loin des cimes. C’est son ser­vice na­tio­nal ef­fec­tué en 1989 au 159e Ré­gi­ment d’in­fan­te­rie al­pine à Brian­çon (Hautes­Alpes) qui le fe­ra dé­vier vers des che­mins es­car­pés. « Ce­la a été un émer­veille­ment », dit­il au­jourd’hui. Mais qui ne dé­bou­che­ra sur rien pen­dant dix ans. Jus­qu’à ce qu’avec un co­pain de ly­cée, ils se lancent le dé­fi de faire le MontB­lanc, qu’en spor­tifs ac­com­plis ils gra­vi­ront sans en­combre. « En 2006, le même pote est re­ve­nu me voir pour me dire : “Et si on fai­sait le Ki­li (le Ki­li­mand­ja­ro, 5.891 m, en Tan­za­nie est le plus haut som­met d’Afrique. N.D.L.R.) ?” J’ai dit “Ok”. Mais au nom d’ex­cuses bi­don, du style “J’ai des tra­vaux à faire dans ma mai­son”, il m’a plan­té. Alors j’ai dé­ci­dé de conti­nuer seul. Je suis par­ti avec une agence. Et j’ai fait le Ki­li en sep­tembre 2007. » Mais l’as­cen­sion est loin d’être une pro­me­nade de san­té. « J’étais mal ac­cli­ma­té. Je l’ai fait trop vite, en neuf jours. J’ai eu très froid au­de­dans de moi. 11.000 per­sonnes tentent le Ki­li chaque an­née, seule­ment 30 % y par­viennent. Il y a plus d’ac­ci­dents que sur l’Eve­rest. » Sté­phane Marc en­chaîne.

L’an­née sui­vante, ce se­ra l’Acon­ca­gua, « un 7.000 fa­cile », en Ar­gen­tine, puis en 2008, le Cho Oyu (8.188 m) entre Ti­bet et Né­pal. « On s’est ar­rê­té à 7.900 m. On a dû faire de­mi­tour à cause du mau­vais temps. » C’est lors de ce pre­mier contact avec l’Hi­ma­laya, que Sté­phane Marc fe­ra la connais­sance de Mi­chel Vi­so, 50 ans, un no­taire du Pays de Gex (Ain), pas­sion­né lui aus­si de mon­tagne. Et les deux quin­ quas vont vite ar­ri­ver à l’idée de gra­vir les sept som­mets les plus hauts du monde. Ils re­fe­ront le Ki­li­mand­ja­ro en­semble en août 2016, « dans de meilleures condi­tions pour moi que la pre­mière fois », dit Sté­phane Marc, pour en­chaî­ner tout de suite après une pe­tite es­cale d’un jour à Ge­nève sur l’El­brouz (5.642 m), dans le Cau­case russe. Et puis ce se­ra l’Eve­rest, donc, en mai der­nier. Par la face nord, ses trois res­sauts ro­cheux à es­ca­la­der à la fron­tale par ­ 60 ° res­sen­tis, le masque à oxy­gène qui vous donne des airs de pois­son hors de l’eau dès que vous l’ôtez pour man­ger, les dix jours d’ac­cli­ma­ta­tion, les 40 der­nières heures du pé­riple sans dor­mir entre l’as­cen­sion et la re­des­cente, le pe­tit quart d’heure ma­gique au som­met au le­ver du jour qui vous fait ou­blier l’an­née de pré­pa­ra­tion entre VTT, na­ta­tion, course à pied et ren­for­ce­ment mus­cu­laire.

« Je ne me mets ja­mais en dan­ger »

Après trois mois de re­pos, Sté­phane Marc a re­pris l’en­traî­ne­ment. Dans sa course rai­son­née vers les Se­ven sum­mits , ­ « je ne me mets ja­mais en dan­ger. Pour moi, la mon­tagne, c’est le dé­pas­se­ment de soi, ac­com­plir des choses peu com­munes, pour soi, pas pour pa­ra­der » ­, il pré­pare le De­na­li (6.190 m, Alas­ka) pour mai 2019, la py­ra­mide Cars­tensz (4.884 m, In­do­né­sie) et le Mont Kos­ciusz­ko (2.228 m, Aus­tra­lie) pour mai 2020 et le Mont Win­son (4.897 m, An­tarc­tique) pour mai 2021.■

Les Chas­seurs al­pins lui font ai­mer la mon­tagne

EVE­REST. Sté­phane Marc a conquis le toit du monde en mai der­nier. Il ra­conte son ex­pé­di­tion sur son blog www.myat­las.com/Ste­pha­neMARC/eve­rest-2018ver­sant-nord.

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