Des nou­velles des com­munes nou­velles

Le point sur les pro­jets dans le Pays de Ta­rare, le Haut Beau­jo­lais et la Val­lée d’Azergues

Le Pays Roannais (Tarare) - - Vie Régionale L'actu - Lu­do­vic Daim (Avec Ch­ris­tine Gesse)

La vo­lon­té de pe­ser plus aux yeux de l’État et face aux autres col­lec­ti­vi­tés se heurte sou­vent à la crainte d’une perte d’iden­ti­té.

Ilya­moinsd’ en­goue­ment, moins d’em­pres­se­ment. Pour­tant, il ne se­ra plus pos­sible de créer une com­mune nou­velle après le 1er jan­vier 2019, élec­tions mu­ni­ci­pales de 2020 obligent. Sub­sides de l’État en berne, on au­rait pu pen­ser que les mu­ni­ci­pa­li­tés se pré­ci­pi­te­raient sur les in­ci­ta­tions fi­nan­cières d’un gou­ver­ne­ment qui ne rêve que de ré­duire le nombre de com­munes (main­tien de la Do­ta­tion glo­bal de fonc­tion­ne­ment pen­dant trois et bo­nus). Mais non.

« Prendre son temps »

« L’ef­fet d’au­baine ne dure qu’un temps, af­firme Pa­trice Ver­chère, dé­pu­té LR du Rhône, an­cien maire de Cours et à ce titre grand ar­ti­san de la fu­sion avec Thel et Pont­Tram­bouze, en 2016, dans le Beau­jo­lais vert. Il faut être très pru­dent, prendre son temps, se po­ser, ré­flé­chir à la mu­tua­li­sa­tion, à la struc­tu­ra­tion de la com­mune nou­velle. On ne doit pas s’ar­rê­ter aux do­ta­tions. On doit avoir une vi­sion com­mune, des pro­jets com­muns. » « Ce­la fait trois ans que l’on tra­vaille sur le su­jet, ex­pose Ber­nard Roux, maire de Da­rei­zé, qui planche sur un rap­pro­che­ment avec ses col­lègues des Ol­ mes, de Pont­char­ra­sur­Tur­dine et de Saint­Loup. Il n’est pas évident ac­tuel­le­ment de me­ner des pro­jets pour les pe­tites com­munes de moins de 1.000 ha­bi­tants. » La nou­velle en­ti­té, à la­quelle Saint­For­geux a re­non­cé à s’as­so­cier en­traî­nant l’aban­don for­cé d’Af­foux pour cause de rup­ture ter­ri­to­riale, comp­te­ra 5.115 ad­mi­nis­trés. Elle bé­né­fi­cie­ra d’un bo­nus gou­ver­ne­men­tal de 26.000 à 27.000 € an­nuel sur trois ans et « of­fri­ra des ser­vices amé­lio­rés à la po­pu­la­tion en s’ap­puyant sur l’ar­chi­tec­ture ad­mi­nis­tra­tive dé­jà so­lide de Pont­char­ra », ex­plique M. Roux. Elle pè­se­ra aus­si plus lourd au sein de la Com­mu­nau­té d’ag­glo­mé­ra­tion de l’ouest rho­da­nien (34 com­munes, 50.000 ha­bi­tants). « Sans vou­loir être dans l’af­fron­te­ment, on est plus en­ten­du quand est 5.000 que quand on est 500 », pose le maire de Da­rei­zé. Des réunions pu­bliques sont pro­gram­mées dans les quatre com­munes du Pays de Ta­rare afin de pré­sen­ter le pro­jet à la po­pu­la­tion et de l’in­vi­ter à choi­sir un nom d’ici le 21 sep­tembre.

La ques­tion du nom

La ques­tion de l’ap­pel­la­tion, de l’iden­ti­té ap­pa­raît cen­trale dans la cons­ti­tu­tion d’une com­mune nou­velle. Les deux Grosnes, Val des deux Grosnes, Val des Grosnes, Gros­ne­val (La Grosne orien­tale et la Grosne oc­ci­den­tale sont deux af­fluents de la Saône qui trouvent leur source dans le Haut Beau­jo­lais)... Mon­sols, Ou­roux, SaintCh­ris­tophe, Saint­Jacques­desAr­rêts, Saint­Ma­mert, Trades et Ave­nas, qui sont sur le point de s’as­so­cier, ont pro­po­sé une di­zaine de noms au pré­fet du Rhône. Créée par Mi­chel Mer­ cier, qui a mis en mu­sique lo­ca­le­ment la Ré­forme des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales qu’il a ins­pi­rée, la com­mune nou­velle for­mée par Thi­zy, Bourg­de­Thi­zy, Mar­nand, Mar­dore et la Cha­pelle­de­Mar­dore, a pris le nom de Thi­zy­les­Bourgs.

Prise de hau­teur

« C’est toute la qua­dra­ture du cercle. Il faut que la com­mune nou­velle trouve son iden­ti­té sans faire dis­pa­raître celles des com­munes qui la com­posent. Il faut faire at­ten­tion à mé­na­ger les sus­cep­ti­bi­li­tés », dé­clare Anne Reym­baut, con­seillère mu­ni­ci­pale d’une op­po­si­tion qui n’au­rait ja­mais exis­té, se­lon elle, sans la cons­ti­tu­tion de la com­mune nou­velle. « On a pris de la hau­teur au sein du con­seil mu­ni­ci­pal. On tra­vaille dif­fé­rem­ment. Nos pro­jets ont plus d’en­ver­gure, note le jeune maire cen­triste de Thi­zy­les­Bourgs (6.400 ha­bi­tants, 14,5 M€ de bud­get), Mar­tin Sot­ton, dont la ges­tion est sa­luée par la Cour ré­gio­nale des comptes et la gauche mu­ni­ci­pale. Thi­zy­lesBourgs s’est consti­tuée en 2013 sans les ca­rottes fi­nan­cières qui sont ar­ri­vées en 2015 avec la Loi Pé­lis­sard. Nous avons per­du 150.000 € de do­ta­tions de l’État en 2018 mais nous al­lons pou­voir conser­ver une ca­pa­ci­té d’au­to­fi­nan­ce­ment in­té­res­sante. Je pense que la ma­jo­ri­té des gens qui étaient op­po­sés ou scep­tiques au dé­part ne vou­draient pas re­ve­nir au­jourd’hui en ar­rière. Nous avons su mu­tua­li­ser, éco­no­mi­ser, or­ga­ni­ser la gou­ver­nance tout en res­tant à taille hu­maine et en pré­ser­vant l’iden­ti­té des vil­lages. » La peur de la perte d’iden­ti­té reste l’écueil es­sen­tiel dans une France des clo­chers.

Re­jets dans la Haute Azergues

C’est d’ailleurs ce qui est en passe de faire échouer le pro­jet de fu­sion de Cham­bost­Al­lières, La­mure, Saint­Ni­zier et Cla­vei­solles dans la Haute val­lée d’Azergues. Si les conseils mu­ni­ci­paux des deux pre­mières lo­ca­li­tés ont sui­vi, lun­di, le vote de leurs ad­mi­nis­trés fa­vo­rables à plus de 70 %, en se pro­non­çant pour la com­mune nou­velle, ce­lui de Cla­vei­solles, plus par­ta­gé que les ha­bi­tants (56 % pour) s’est dé­chi­ré sur la ques­tion (sept pour, sept contre) et du coup a dé­ci­dé de re­non­cer alors que les élus de Saint ­Ni­zierd’ Azergues avaient em­boî­té le pas de leurs élec­teurs op­po­sés au pro­jet à 80 % en se re­ti­rant dès juillet. « C’est tou­jours dur de ne pas avoir gain de cause quand on pense que c’est bien pour sa com­mune, ex­pose Do­mi­nique Des­pras, maire de Cla­vei­solles et vice­pré­sident cen­triste d’Au­vergne Rhône­Alpes en charge de la San­té. Mais c’est aus­si l’ex­pres­sion de la dé­mo­cra­tie. Je per­siste à pen­ser que les com­munes nou­velles re­pré­sentent quelque chose d’in­té­res­sant pour l’évo­lu­tion de nos col­lec­ti­vi­tés en terme de sé­cu­ri­sa­tion des ser­vices de pu­blics, du main­tien des écoles et de ra­tio­na­li­sa­tion de nos moyens. » La­mure et Cham­bost­Al­lières vont conti­nuer à ré­flé­chir à l’op­por­tu­ni­té de se ma­rier à deux. ■

D’ILLUSTRATION PHO­TO

RECOMPOSITION. Il ne se­ra plus pos­sible de créer une com­mune nou­velle après le 1er jan­vier 2019, élec­tions mu­ni­ci­pales de 2020 obligent.

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