« Le don d’or­ganes m’a sau­vé »

Le Petit Bleu - - DINAN - Ber­na­dette RAMEL

Gref­fé des deux pou­mons et d’un rein, Steve Malherbe, 42 ans, sait ce qu’il doit au don d’or­ganes. Au­jourd’hui, il roule pour sen­si­bi­li­ser à cette cause et ai­der les en­fants en at­tente de greffe.

Steve Malherbe avait 17 ans, en Nor­man­die, lorsque les pre­miers symp­tômes se sont dé­cla­rés. « J’avais du mal à res­pi­rer. J’ai été mal soi­gné, on a pris ça pour de l’asthme. » Deux ans plus tard, à la suite d’un ac­ci­dent de voi­ture, il fait un pneu­mo­tho­rax et un ar­rêt car­diaque.

Il en ré­chappe grâce à l’in­ter­ven­tion du Sa­mu, mais on lui diag­nos­tique plus tard une ma­la­die gé­né­tique - l’em­phy­sème his­tio­cy­tose – en phase ter­mi­nale. « J’avais deux choix : soit faire en­le­ver les par­ties abî­mées de mes pou­mons, avec une es­pé­rance de vie de cinq ans ; soit la greffe… »

Il choi­sit la deuxième op­tion. Il pas­se­ra six mois sous oxy­gène, 24 heures sur 24. Six mois à at­tendre l’ap­pel « qui vous rac­croche à la vie » , à n’es­pé­rer qu’une chose, « être sau­vé » .

Re­nais­sances

Le 22 fé­vrier 1997, on lui an­nonce qu’un don­neur a été trou­vé. L’opé­ra­tion – une double greffe des pou­mons - dure huit heures. « Deux jours après, je res­pi­rais… » C’est une pre­mière re­nais­sance.

Il en fau­dra une deuxième, car les mé­di­ca­ments an­ti- re­jet fi­nissent par abî­mer ses reins. Qua­torze ans après avoir re­çu deux pou­mons, Steve se re­trouve sous dia­lyse, à nou­veau en at­tente de greffe. «À l’époque, j’ha­bi­tais à Plouër­sur- Rance, où j’étais agent tech­nique à l’école. J’ai été ap­pe­lé pour la greffe de rein le 24 juin 2011… » Un jour de chance, en­core. Steve est un double mi­ra­cu­lé.

En oc­tobre 2016, re­ve­nu en Nor­man­die, il lance son as­so­cia- tion « Ma vie mon souffle » . Le 5 mars 2017, il or­ga­nise une ran­do pé­destre pour fê­ter « ses vingt ans de greffe » et ré­col­ter de quoi ache­ter un vé­lo à as­sis­tance élec­trique. L’ac­ti­vi­té spor­tive lui est bé­né­fique car elle per­met d’amé­lio­rer sa ca­pa­ci­té vi­tale.

« Mais je vou­lais que ce vé­lo soit utile à autre chose… » , ex­plique Steve. D’où l’idée de ral­lier la Nor­man­die à la Bre­tagne, de Tan­car­ville à SaintMa­lo. Un dé­fi re­le­vé à la fin du mois de juin.

Rendre hom­mage à ses don­neurs

En rou­lant – avec une re­morque où était écrit « le don d’or­ganes m’a sau­vé, je roule pour les en­fants ma­lades » - Steve vou­lait à la fois en­cou­ra­ger les gref­fés, rendre hom­mage à ses don­neurs, sen­si­bi­li­ser au don d’or­ganes. « Ça a mar­ché. Dans les voi­tures qui me dé­pas­saient, les gens ap­plau­dis­saient… »

Steve avait aus­si en tête les amis dis­pa­rus, les ma­lades en at­tente de greffe. En par­ti­cu­lier les en­fants hos­pi­ta­li­sés à l’hô­pi­tal Ma­rie Lan­ne­longue, au Ples­six-Ro­bin­son (92). « Ils sont une quin­zaine. Ils vont faire une liste de sou­haits et l’ar­gent qu’on a ré­col­té va ser­vir à leur of­frir des ca­deaux. »

Tout au long des quelque 320 ki­lo­mètres, Steve était sou­te­nu par des amis, des clubs de vé­lo, des spon­sors, mais aus­si et sur­tout par sa femme Eli­sa­beth, qui le sui­vait en cam­ping-car avec leurs trois en­fants : Lud­mil­la, 15 ans, Mé­lis­sa, 5 ans et Lou­ka, 2 ans. « C’était beau de faire ça tous en­semble. Une belle aven­ture hu­maine. »

Leur pé­riple est pas­sé par Plouër, « où on a par­ta­gé un re­pas à la can­tine avec les élus et l’as­so­cia­tion des pa­rents d’élèves » . A Roz-Landrieux, où Steve a aus­si vé­cu, les en­fants de l’école ma­ter­nelle lui ont re­mis un don sym­bo­lique.

Le qua­dra­gé­naire a dé­jà un nou­veau dé­fi en tête : al­ler jus­qu’à Nice en pas­sant par Dreux, « où mon don­neur de rein a été pré­le­vé » , et par Lyon, « où se trou­vait mon don­neur de pou­mons » .

C’est la seule chose que Steve sache à pro­pos de ceux à qui il doit la vie. « Par­fois, je me suis dit que ce se­rait bien de connaître leur fa­mille, mais fi­na­le­ment non. C’est aus­si bien comme ça. Je n’ai pas le droit d’es­sayer de les contac­ter, juste de leur faire sa­voir, via un cour­rier à l’or­ga­nisme Bio­mé­de­cine, que je suis en­core en vie, en res­tant ano­nyme. Je vou­lais le faire pour mes vingt ans de greffe, mais je n’y ar­rive pas… » Dif­fi­cile de dire pour­quoi. Steve écri­ra peu­têtre cette lettre, un jour.

En at­ten­dant, le plus beau re­mer­cie­ment qu’il puisse faire à ses don­neurs, c’est de vivre. Tout sim­ple­ment.

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Steve Malherbe a rou­lé de Tan­car­ville à Saint-Ma­lo en pas­sant par Plouër, où il a vé­cu. Il avait avec lui une pe­tite re­morque avec un mes­sage vi­sant à sen­si­bi­li­ser au don d’or­ganes.

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