Le clas­se­ment « Fi­ga­ro » créait la po­lé­mique

Le Petit Journal - Catalan - - La Une - AC66

Per­pi­gnan, comme d’autres villes de même conte­nance, pas­sée au crible à par­tir de cri­tères so­cio-éco­no­miques, se re­trouve en queue de pe­lo­ton. Dé­mo­gra­phie en baisse comme la créa­tion d’ac­ti­vi­tés éco­no­miques, mal­gré le bé­ton­nage de la ré­gion pour ins­tal­ler des temples de la consom­ma­tion de qua­li­té dis­cu­table, mal­gré la des­truc­tion de terres agri­coles en pé­ri­phé­rie pour construire des lo­tis­se­ments.

Sans même dis­cu­ter la per­ti­nence de tels clas­se­ments, consta­tons qu’une ville comme Per­pi­gnan se re­trouve stig­ma­ti­sée dans l’es­prit de cer­tains et de­vient l’une des villes les moins dy­na­miques de France, sur le même prin­cipe que ce­lui des pe­tites phrases iso­lées de leur contexte dans les mé­dias. On ima­gine une ville terne, triste, à l’aban­don, à l’in­verse de la réa­li­té la plus évi­dente. Per­pi­gnan est une ville cha­leu­reuse, joyeuse, libre, vi­vante. Et d’un charme sans pa­reil.

Les Rous­sillon­nais ne se lais­se­ront pas prendre à ce sys­tème de me­sure qui dé­forme la réa­li­té pour un idéal dis­cu­table. Beau­coup es­pèrent que Per­pi­gnan ne de­vien­dra pas ce vil­lage de la

Soupe au choux dont le maire n’a que ce mot d’ordre à la bouche : « le dé­ve­lop­pe­ment é-co-no-mi-que ! »

Les Per­pi­gna­nais savent ce que Da­li, Pi­cas­so et bien d’autres ont gra­vé dans le marbre à pro­pos de l’an­cienne ca­pi­tale du royaume de Ma­jorque et ce­la de­vrait suf­fire à ne pas se lais­ser dé­sta­bi­li­ser par ces clas­se­ments qui ne pré­tendent d’ailleurs au­cu­ne­ment au gé­nie. Au XIXe siècle, les Ro­man­tiques comme Sten­dhal, Mé­ri­mée, Du­mas, Gau­tier dé­plo­raient la dis­pa­ri­tion du pit­to­resque, de l’au­then­tique au pro­fit d’une uni­for­mi­té in­si­pide. C’est pour­quoi ils al­lèrent cher­cher dans le Mi­di, no­tam­ment dans le Rous­sillon, en Es­pagne, en Afrique du Nord (De­la­croix par exemple), en Grèce, la vraie vie, la beau­té que la France leur re­fu­sait dé­sor­mais. Il faut re­lire les ré­cits de voyage, les cor­res­pon­dances, les oeuvres de ces écri­vains d’un ordre su­pé­rieur pour com­prendre que des contrées at­tar­dées (dans le bon sens du terme!) sont aus­si celles qui sont les plus spi­ri­tuelles, les plus au­then­tiques.

Dans la ca­té­go­rie «gé­nie », Per­pi­gnan fait fi­gure de ville sin­gu­liè­re­ment belle, em­plie de joyaux ar­chi­tec­tu­raux, d’un centre consti­tué de pe­tites rues qui de­vraient être conser­vées re­li­gieu­se­ment. Dans cette ca­té­go­rie, on ne compte pas le nombre d’ha­bi­tants, on dit qu’une ville est ha­bi­tée, qu’elle a une âme.

Une rue de Per­pi­gnan

Une rue pit­to­resque du centre

Loge de Mer

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.