4ème par­tie et fin du ré­cit

L’his­toire se passe entre les deux der­nières guerres

Le Petit Journal - Catalan - - Département -

Epi­logue .Pour­tant, il est né­ces­saire de com­plé­ter ce vé­ri­dique ré­cit que me fit l’in­tré­pide chas­seur mon­ta­gnard, et je vais vous don­ner quelques ex­pli­ca­tions. A cette époque la chasse ou­vrait très tôt en sai­son. La fe­melle d’isard n’était pas pro­té­gée, il n’y avait pas de plan de chasse et la plu­part des chas­seurs uti­li­saient des pé­toires à ca­nons lisses avec des car­touches de che­vro­tines pous­sées par de la poudre noire qu’ils fa­bri­quaient souvent eux­mêmes. Tuer deux isards d’un seul coup de fu­sil avec de telles « pé­toires » et même à che­vro­tines ; et faire un tri­plé ! est une chose très rare. Ce n’était ja­mais ar­ri­vé à Jor­di Bor­rat qui a pour­tant dé­jà tué plus de soixante isards. Ce­la peut s’ex­pli­quer par le brouillard épais qui lui a per­mis de s’ap­pro­cher des isards sans être vu, par les averses de pluie et de gré­sil qui trom­paient l’odo­rat des isards; et en­fin par les coups de ton­nerre et le bruit de l’orage qui at­té­nuait leur ouïe. Outre d’être un bon ti­reur, Jor­di Bor­rat uti­li­sait un Le­fau­cheux ca­libre 12, avec des ca­nons Ber­nart longs et ren­for­cés, qu’il avait choi­sis spé­cia­le­ment pour chas­ser les loups et les isards. Ce jour là il avait dans chaque ca­non des car­touches de huit che­vro­tines, comme on fai­sait à l’époque et, vu la courte dis­tance, trente pas, les isards fuyant en groupe ser­ré, il ti­ra au coup de bras. Seize che­vro­tines à trente pas oc­cupent un es­pace de tout juste un mètre car­ré. Ce­pen­dant, le troi­sième il le tua à plus de soixante pas, et pour moi il eut plus de mé­rite pour ce­lui-là que pour les deux autres, car il faut avoir vu cou­rir un isard ef­fa­rou­ché pour ima­gi­ner la grande dif­fi­cul­té qu’il y a de le mettre en joue sur ces terres dé­fon­cées, quand l’ani­mal saute les pré­ci­pices et les barres ro­cheuses, on peut dire qu’on le tire presque au vol ! Les chas­seurs d’isards qui li­ront ce ré­cit au­ront cer­tai­ne­ment de belles images qui re­vien­dront à leur mé­moire, mais n’au­ront cer­tai­ne­ment pas eu la chance de connaître cette mer­veilleuse pé­riode d’entre les deux guerres où les isards pâ­tu­raient souvent en trou­peaux de plu­sieurs di­zaines d’in­di­vi­dus sur les cimes de nos mon­tagnes et où les loups ve­nant d’Es­pagne fai­saient en­core quelques in­cur­sions sur les som­mets.

J.P. Mar­tin a tra­duit du ca­ta­lan une his­toire de chasse rap­por­tée par son ami Yvan Mo­li an­cien Lt de lou­ve­te­rie qui nous a quit­té trop tôt pour chas­ser avec le grand St Hu­bert

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